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	<title>Cinematheque du Rhin superieur - Kinemathek Oberrhein - Contributions de l’utilisateur [fr]</title>
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-02-16T22:27:52Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
|dateFin=1968&lt;br /&gt;
|video=0003FH0008_2&lt;br /&gt;
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|son=Muet&lt;br /&gt;
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|genre=Documentaire&lt;br /&gt;
|format_original=8 mm&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
|userrealname=Lola Romieux&lt;br /&gt;
|datesignature=2021-01-05&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est [[Albert,_Jean|Jean Albert]] (1935-2015), installé avec sa femme et ses trois enfants à Strasbourg, dans le nouveau quartier de l’Esplanade au début des années 1960. Il travaille en tant que moniteur d’auto-école jusqu'à en ouvrir une à son nom, place de Zurich, en janvier 1966. Il adhère à l’ARES et le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Degaulle.jpg|vignette|1962 : le long de la future avenue De Gaulle sort de terre (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Dès les premières secondes (min. 00:01 - 00:03), Jean Albert filme quelques bâtiments symboliques de l’Esplanade, quartier flambant neuf en construction depuis une dizaine d’années à peine. C'est en effet au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au futur quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la Ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
Immédiatement après avoir filmé les bâtiments de l’Esplanade, la caméra s’arrête sur une banderole portant le libellé ''ARES'' (min. 00:03 - 00:10), une association qui existe depuis trois ans à peine mais qui tente déjà de se présenter comme un acteur incontournable du nouveau quartier. L’impact social de l’Opération Esplanade provoque en effet une volonté d’engagement des résidants à travers la création d'une association de promotion du quartier. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité-U Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995 (M. Lorentz est filmé aux min. 02:29 - 02:34). Sa priorité est de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l'ARES revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale », faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont les éléments constitutifs sont inextricablement liés et ont des impacts mutuels. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un modèle propre de rapports aux pouvoirs publics. Un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Un principe de ''do ut des'' : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». Elle conçoit ainsi son rôle comme d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ''ante litteram'', afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur le bénévolat de ses adhérents et leurs contributions (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an). Faute de locaux suffisants, ses activités bénéficient de l'accueil d'autres structures ou se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens auxquels nous assistons tout au long de la première partie du film. Mais les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure, se dotant de sections spécialisées et d’un Comité de direction représentatif des six secteurs du quartier (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisir, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée en plein air le 19 juin 1966, dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie » au cours duquel se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs en tant qu'occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. Forte du succès de cette 1e édition, l’ARES décide de la reconduire l’année suivante, les Jeux devenant désormais une initiative à part entière. La 2e édition, dont il est question dans le film Jean Albert, est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit. Le programme définitif, publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires), est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre des nombreux partenaires privés apercevables tout au long du film, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets d'Alsace et du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont gratuits et « ouverts à tous les Esplanadiens », mais, comme nous le voyons dans le film, les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Même si en 1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique elle appelle à « un concours de bonnes volontés » parmi ses sympathisants, priés de se manifester auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive), filmés respectivement aux min. 01:26 - 01:29 et min. 00:32 - 00:34. Il est question notamment de trouver 30 adultes pour constituer le jury, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels (le jury est filmé aux min. 00:35 - 00:38).&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. D'abord, de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe des « jeux à caractère éducatif » (min. 01:29 - 02:20). Ensuite, de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle » (non filmée). Enfin, de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition » (min. 03:06 - 04:39). Comme l’année précédente, les épreuves sont commentées au microphone par d'une ''Radio-Ares-Flash'' improvisée à cet effet. Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectués en mixité garçons/filles, alors que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux - ce qui se conforme finalement avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier -. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux épreuves des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées (min. 02:05). En amont du jeu sont distribuées des brochures explicatives des règles de base du Code la route, ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises (min. 00:51 - 00:59). C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné pour assurer « les fonctions de conseiller technique » pour le circuit automobile, alors qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installée aux abords du circuit symbolisant son patronage de l'épreuve (min. 00:22). Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme nous le voyons aux min. 05:25 - 06:58, des mesures sont prises pour distribuer des prix ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Nous assistons à l'annonce des résultats : tout le monde est groupé et à l’écoute, et le moment recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Grille.png|vignette|Bilan et grille de classement des Jeux Esplanadiens de 1967 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Après la fin des Jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs (min. 04:39 - 04:59). Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' relate aussi la tenue d'une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ''ex aequo'' : Jean Albert et M. Haas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond au constat émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier. Les enquêtes et études technico-comparatives que mène l'ARES relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose de multiplier les lieux, les infrastructures et les occasions de rencontre et de loisir, réaffirmant l'engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » se voulant un « paradis des enfants ». L’intérêt pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1967. La prise en compte des besoins diversifiés de ce public est perceptible dans la conception même du programme des Jeux, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de contact entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Chimie.jpg|vignette|1963 : la Tour de Chimie est achevée, tandis que les travaux se poursuivent aux alentours (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Le choix du lieu pour les Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université étant fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Toutes deux ayant été réalisées dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux elles constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillies par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme symbolise une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est achevée en 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zones universitaire et résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». Elle souligne d'ailleurs que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Mais c’est également le choix de tenir les Jeux sur un parking qui est symbolique. En effet, même si l’ARES manifeste son adversité aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits auraient un vaste potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peuvent se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’espace libre est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les ''Dernières Nouvelles d’Alsace'' sont installées aux abords du parking avec une fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée. D'une part, assurer le bon déroulement des Jeux sans mettre en péril son équilibre budgétaire. D'autre part, promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements et soit choisie pour des installations d'entreprises. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, elle se saisit fortement du développement économique du quartier, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse véritable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Conçus prioritairement comme un moment récréatif, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit : au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle de l'ARES par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que ses sections démultiplient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et ainsi devenir un interlocuteur incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon des problèmes de l’Esplanade. C’est ensuite autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de figures institutionnelles nationales et locales, dont le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans la seconde partie du film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600m de longueur et 10m de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’ingénieur Edmond Maennel, fend en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques introduits dans l’application du système ''Freyssinet'' au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause du chantier d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant (il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse). Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
L’ARES participe à cette cérémonie et profite du fait que les yeux soient rivés sur son quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication de la brochure ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problématiques ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement au Maire au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’association parvient ainsi à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM. Elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La « phase officieuse » de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la CNAF le 1er janvier 1975, ce qui lui assure l’attribution de subventions publiques et lui permet d’engager des salariés, gagnant en visibilité et efficacité. Cinquante-sept ans après sa fondation, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport final'', Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php?title=Jeux_esplanadiens_(0003FH0008)&amp;diff=17328</id>
		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-02-16T22:00:25Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
|dateFin=1968&lt;br /&gt;
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|duree=00:07:49&lt;br /&gt;
|genre=Documentaire&lt;br /&gt;
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|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
|userrealname=Lola Romieux&lt;br /&gt;
|datesignature=2021-01-05&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est [[Albert,_Jean|Jean Albert]] (1935-2015), installé avec sa femme et ses trois enfants à Strasbourg, dans le nouveau quartier de l’Esplanade au début des années 1960. Il travaille en tant que moniteur d’auto-école jusqu'à en ouvrir une à son nom, place de Zurich, en janvier 1966. Il adhère à l’ARES et le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Degaulle.jpg|vignette|1962 : le long de la future avenue De Gaulle sort de terre (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Dès les premières secondes, Jean Albert filme quelques bâtiments symboliques de l’Esplanade, quartier flambant neuf en construction depuis une dizaine d’années à peine. C'est en effet au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au futur quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la Ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
Immédiatement après avoir filmé les bâtiments de l’Esplanade, la caméra s’arrête sur une banderole portant le libellé ''ARES'', une association qui existe depuis trois ans à peine mais qui tente déjà de se présenter comme un acteur incontournable du nouveau quartier. L’impact social de l’Opération Esplanade provoque en effet une volonté d’engagement des résidants à travers la création d'une association de promotion du quartier. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité-U Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. Sa priorité est de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l'ARES revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale », faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont les éléments constitutifs sont inextricablement liés et ont des impacts mutuels. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un modèle propre de rapports aux pouvoirs publics. Un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Un principe de ''do ut des'' : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». Elle conçoit ainsi son rôle comme d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ''ante litteram'', afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur le bénévolat de ses adhérents et leurs contributions (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an). Faute de locaux suffisants, ses activités bénéficient de l'accueil d'autres structures ou se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens auxquels nous assistons tout au long de la première partie du film. Mais les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure, se dotant de sections spécialisées et d’un Comité de direction représentatif des six secteurs du quartier (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisir, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée en plein air le 19 juin 1966, dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie » au cours duquel se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs en tant qu'occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. Forte du succès de cette 1e édition, l’ARES décide de la reconduire l’année suivante, les Jeux devenant désormais une initiative à part entière. La 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit. Le programme définitif, publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires), est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre des nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets d'Alsace et du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont gratuits « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Même si en 1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique elle appelle à « un concours de bonnes volontés » parmi ses sympathisants, priés de se manifester auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de trouver 30 adultes pour constituer le jury, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. D'abord, de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe des « jeux à caractère éducatif ». Ensuite, de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». Enfin, de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, les épreuves sont commentées au microphone par d'une ''Radio-Ares-Flash'' improvisée à cet effet. Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectués en mixité garçons/filles, alors que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux - ce qui se conforme finalement avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier -. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux épreuves des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont du jeu sont distribuées des brochures explicatives des règles de base du Code la route, ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné pour assurer « les fonctions de conseiller technique » pour le circuit automobile, alors qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installée aux abords du circuit symbolisant son patronage de l'épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer des prix ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à l'annonce des résultats : tout le monde est groupé et à l’écoute, et le moment recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Grille.png|vignette|Bilan et grille de classement des Jeux Esplanadiens de 1967 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Après la fin des Jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' relate aussi la tenue d'une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ''ex aequo'' : Jean Albert et M. Haas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond au constat émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier. Les enquêtes et études techniques-comparatives que mène l'ARES relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose de multiplier les lieux, les infrastructures et les occasions de rencontre et de loisir, réaffirmant l'engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » se voulant un « paradis des enfants ». L’intérêt pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1967. La prise en compte des besoins diversifiés de ce public est perceptible dans la conception même du programme des Jeux, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de contact entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Chimie.jpg|vignette|1963 : la Tour de Chimie est achevée, tandis que les travaux se poursuivent aux alentours (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Le choix du lieu pour les Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université étant fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Toutes deux ayant été réalisées dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux elles constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillies par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme symbolise une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est achevée en 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zones universitaire et résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». Elle souligne d'ailleurs que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Mais c’est également le choix de tenir les Jeux sur un parking qui est symbolique. En effet, même si l’ARES manifeste son adversité aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits auraient un vaste potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peuvent se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’espace libre est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les ''Dernières Nouvelles d’Alsace'' sont installées aux abords du parking avec une fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée. D'une part, assurer le bon déroulement des Jeux sans mettre en péril son équilibre budgétaire. D'autre part, promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements et soit choisie pour des installations d'entreprises. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, elle se saisit fortement du développement économique du quartier, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse véritable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Conçus prioritairement comme un moment récréatif, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit : au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle de l'ARES par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que ses sections démultiplient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et ainsi devenir un interlocuteur incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon des problèmes de l’Esplanade. C’est ensuite autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de figures institutionnelles nationales et locales, dont le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600m de longueur et 10m de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’ingénieur Edmond Maennel, fend en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques introduits dans l’application du système ''Freyssinet'' au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause du chantier d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant (il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse). Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
L’ARES participe à cette cérémonie et profite du fait que les yeux soient rivés sur son quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication de la brochure ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problématiques ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement au Maire au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’association parvient ainsi à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM. Elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La « phase officieuse » de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la CNAF le 1er janvier 1975, ce qui lui assure l’attribution de subventions publiques et lui permet d’engager des salariés, gagnant en visibilité et efficacité. Cinquante-sept ans après sa fondation, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport final'', Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-02-16T21:58:14Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
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|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
|userrealname=Lola Romieux&lt;br /&gt;
|datesignature=2021-01-05&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est [[Albert,_Jean|Jean Albert]] (1935-2015), installé avec sa femme et ses trois enfants à Strasbourg, dans le nouveau quartier de l’Esplanade au début des années 1960. Il travaille en tant que moniteur d’auto-école jusqu'à en ouvrir une à son nom, place de Zurich, en janvier 1966. Il adhère à l’ARES et le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Degaulle.jpg|vignette|1962 : le long de la future avenue De Gaulle sort de terre (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Dès les premières secondes, Jean Albert filme quelques bâtiments symboliques de l’Esplanade, quartier flambant neuf en construction depuis une dizaine d’années à peine. C'est en effet au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au futur quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la Ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
Immédiatement après avoir filmé les bâtiments de l’Esplanade, la caméra s’arrête sur une banderole portant le libellé d’&amp;quot;ARES&amp;quot;. L’impact social de l’Opération Esplanade provoque en effet une volonté d’engagement des résidants à travers la création d'une association de promotion du quartier. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité-U Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. Sa priorité est de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l'ARES revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale », faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont les éléments constitutifs sont inextricablement liés et ont des impacts mutuels. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un modèle propre de rapports aux pouvoirs publics. Un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Un principe de ''do ut des'' : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». Elle conçoit ainsi son rôle comme d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ''ante litteram'', afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur le bénévolat de ses adhérents et leurs contributions (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an). Faute de locaux suffisants, ses activités bénéficient de l'accueil d'autres structures ou se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens auxquels nous assistons tout au long de la première partie du film. Mais les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure, se dotant de sections spécialisées et d’un Comité de direction représentatif des six secteurs du quartier (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisir, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée en plein air le 19 juin 1966, dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie » au cours duquel se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs en tant qu'occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. Forte du succès de cette 1e édition, l’ARES décide de la reconduire l’année suivante, les Jeux devenant désormais une initiative à part entière. La 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit. Le programme définitif, publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires), est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre des nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets d'Alsace et du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont gratuits « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Même si en 1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique elle appelle à « un concours de bonnes volontés » parmi ses sympathisants, priés de se manifester auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de trouver 30 adultes pour constituer le jury, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. D'abord, de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe des « jeux à caractère éducatif ». Ensuite, de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». Enfin, de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, les épreuves sont commentées au microphone par d'une ''Radio-Ares-Flash'' improvisée à cet effet. Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectués en mixité garçons/filles, alors que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux - ce qui se conforme finalement avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier -. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux épreuves des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont du jeu sont distribuées des brochures explicatives des règles de base du Code la route, ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné pour assurer « les fonctions de conseiller technique » pour le circuit automobile, alors qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installée aux abords du circuit symbolisant son patronage de l'épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer des prix ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à l'annonce des résultats : tout le monde est groupé et à l’écoute, et le moment recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Grille.png|vignette|Bilan et grille de classement des Jeux Esplanadiens de 1967 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Après la fin des Jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' relate aussi la tenue d'une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ''ex aequo'' : Jean Albert et M. Haas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond au constat émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier. Les enquêtes et études techniques-comparatives que mène l'ARES relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose de multiplier les lieux, les infrastructures et les occasions de rencontre et de loisir, réaffirmant l'engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » se voulant un « paradis des enfants ». L’intérêt pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1967. La prise en compte des besoins diversifiés de ce public est perceptible dans la conception même du programme des Jeux, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de contact entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Chimie.jpg|vignette|1963 : la Tour de Chimie est achevée, tandis que les travaux se poursuivent aux alentours (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Le choix du lieu pour les Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université étant fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Toutes deux ayant été réalisées dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux elles constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillies par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme symbolise une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est achevée en 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zones universitaire et résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». Elle souligne d'ailleurs que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Mais c’est également le choix de tenir les Jeux sur un parking qui est symbolique. En effet, même si l’ARES manifeste son adversité aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits auraient un vaste potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peuvent se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’espace libre est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les ''Dernières Nouvelles d’Alsace'' sont installées aux abords du parking avec une fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée. D'une part, assurer le bon déroulement des Jeux sans mettre en péril son équilibre budgétaire. D'autre part, promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements et soit choisie pour des installations d'entreprises. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, elle se saisit fortement du développement économique du quartier, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse véritable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Conçus prioritairement comme un moment récréatif, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit : au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle de l'ARES par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que ses sections démultiplient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et ainsi devenir un interlocuteur incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon des problèmes de l’Esplanade. C’est ensuite autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de figures institutionnelles nationales et locales, dont le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600m de longueur et 10m de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’ingénieur Edmond Maennel, fend en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques introduits dans l’application du système ''Freyssinet'' au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause du chantier d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant (il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse). Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
L’ARES participe à cette cérémonie et profite du fait que les yeux soient rivés sur son quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication de la brochure ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problématiques ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement au Maire au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’association parvient ainsi à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM. Elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La « phase officieuse » de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la CNAF le 1er janvier 1975, ce qui lui assure l’attribution de subventions publiques et lui permet d’engager des salariés, gagnant en visibilité et efficacité. Cinquante-sept ans après sa fondation, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport final'', Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php?title=Jeux_esplanadiens_(0003FH0008)&amp;diff=17326</id>
		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-02-16T21:39:58Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
|dateFin=1968&lt;br /&gt;
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|coloration=Couleur&lt;br /&gt;
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|genre=Documentaire&lt;br /&gt;
|format_original=8 mm&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
|userrealname=Lola Romieux&lt;br /&gt;
|datesignature=2021-01-05&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est [[Albert,_Jean|Jean Albert]] (1935-2015), installé avec sa femme et ses trois enfants à Strasbourg, dans le nouveau quartier de l’Esplanade au début des années 1960. Il travaille en tant que moniteur d’auto-école jusqu'à en ouvrir une à son nom, place de Zurich, en janvier 1966. Il adhère à l’ARES et le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Degaulle.jpg|vignette|1962 : le long de la future avenue De Gaulle sort de terre (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la Ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté d’engagement des résidants à travers la création d'une association de promotion du quartier. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité-U Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. Sa priorité est de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l'ARES revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale », faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont les éléments constitutifs sont inextricablement liés et ont des impacts mutuels. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un modèle propre de rapports aux pouvoirs publics. Un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Un principe de ''do ut des'' : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». Elle conçoit ainsi son rôle comme d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ''ante litteram'', afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur le bénévolat de ses adhérents et leurs contributions (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an). Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Mais les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure, se dotant de sections spécialisées et d’un Comité de direction représentatif des six secteurs du quartier (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisir, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée en plein air le 19 juin 1966, dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie » au cours duquel se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs en tant qu'occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. Forte du succès de cette 1e édition, l’ARES décide de la reconduire l’année suivante, les Jeux devenant désormais une initiative à part entière. La 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit. Le programme définitif, publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires), est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre des nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets d'Alsace et du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont gratuits « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Même si en 1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique elle appelle à « un concours de bonnes volontés » parmi ses sympathisants, priés de se manifester auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de trouver 30 adultes pour constituer le jury, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. D'abord, de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe des « jeux à caractère éducatif ». Ensuite, de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». Enfin, de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, les épreuves sont commentées au microphone par d'une ''Radio-Ares-Flash'' improvisée à cet effet. Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectués en mixité garçons/filles, alors que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux - ce qui se conforme finalement avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier -. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux épreuves des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont du jeu sont distribuées des brochures explicatives des règles de base du Code la route, ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné pour assurer « les fonctions de conseiller technique » pour le circuit automobile, alors qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installée aux abords du circuit symbolisant son patronage de l'épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer des prix ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à l'annonce des résultats : tout le monde est groupé et à l’écoute, et le moment recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Grille.png|vignette|Bilan et grille de classement des Jeux Esplanadiens de 1967 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Après la fin des Jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' relate aussi la tenue d'une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ''ex aequo'' : Jean Albert et M. Haas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond au constat émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier. Les enquêtes et études techniques-comparatives que mène l'ARES relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose de multiplier les lieux, les infrastructures et les occasions de rencontre et de loisir, réaffirmant l'engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » se voulant un « paradis des enfants ». L’intérêt pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1967. La prise en compte des besoins diversifiés de ce public est perceptible dans la conception même du programme des Jeux, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de contact entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Chimie.jpg|vignette|1963 : la Tour de Chimie est achevée, tandis que les travaux se poursuivent aux alentours (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Le choix du lieu pour les Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université étant fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Toutes deux ayant été réalisées dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux elles constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillies par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme symbolise une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est achevée en 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zones universitaire et résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». Elle souligne d'ailleurs que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Mais c’est également le choix de tenir les Jeux sur un parking qui est symbolique. En effet, même si l’ARES manifeste son adversité aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits auraient un vaste potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peuvent se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’espace libre est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les ''Dernières Nouvelles d’Alsace'' sont installées aux abords du parking avec une fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée. D'une part, assurer le bon déroulement des Jeux sans mettre en péril son équilibre budgétaire. D'autre part, promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements et soit choisie pour des installations d'entreprises. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, elle se saisit fortement du développement économique du quartier, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse véritable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Conçus prioritairement comme un moment récréatif, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit : au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle de l'ARES par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que ses sections démultiplient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et ainsi devenir un interlocuteur incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon des problèmes de l’Esplanade. C’est ensuite autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de figures institutionnelles nationales et locales, dont le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600m de longueur et 10m de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’ingénieur Edmond Maennel, fend en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques introduits dans l’application du système ''Freyssinet'' au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause du chantier d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant (il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse). Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
L’ARES participe à cette cérémonie et profite du fait que les yeux soient rivés sur son quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication de la brochure ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problématiques ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement au Maire au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’association parvient ainsi à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM. Elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La « phase officieuse » de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la CNAF le 1er janvier 1975, ce qui lui assure l’attribution de subventions publiques et lui permet d’engager des salariés, gagnant en visibilité et efficacité. Cinquante-sept ans après sa fondation, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport final'', Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
	</entry>
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		<id>https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php?title=Jeux_esplanadiens_(0003FH0008)&amp;diff=17311</id>
		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-02-15T08:24:05Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
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|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
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|datesignature=2021-01-05&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est [[Albert,_Jean|Jean Albert]] (1935-2015), installé avec sa femme et ses trois enfants à Strasbourg, dans le nouveau quartier de l’Esplanade au début des années 1960. Il travaille en tant que moniteur d’auto-école jusqu'à en ouvrir une à son nom, place de Zurich, en janvier 1966. Il adhère à l’ARES et le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Degaulle.jpg|vignette|1962 : le long de la future avenue De Gaulle sort de terre (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la Ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté d’engagement des résidants à travers la création d'une association de promotion du quartier. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité-U Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. Sa priorité est de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l'ARES revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale », faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont les éléments constitutifs sont inextricablement liés et ont des impacts mutuels. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un modèle propre de rapports aux pouvoirs publics. Un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Un principe de ''do ut des'' : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». Elle conçoit ainsi son rôle comme d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ''ante litteram'', afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur le bénévolat de ses adhérents et leurs contributions (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an). Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Mais les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure, se dotant de sections spécialisées et d’un Comité de direction représentatif des six secteurs du quartier (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisir, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée en plein air le 19 juin 1966, dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie » au cours duquel se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs en tant qu'occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. Forte du succès de cette 1e édition, l’ARES décide de la reconduire l’année suivante, les Jeux devenant désormais une initiative à part entière. La 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit. Le programme définitif, publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires), est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre des nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets d'Alsace et du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont gratuits « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Même si en 1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique elle appelle à « un concours de bonnes volontés » parmi ses sympathisants, priés de se manifester auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de trouver 30 adultes pour constituer le jury, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. D'abord, de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe des « jeux à caractère éducatif ». Ensuite, de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». Enfin, de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, les épreuves sont commentées au microphone par d'une ''Radio-Ares-Flash'' improvisée à cet effet. Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectués en mixité garçons/filles, alors que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux - ce qui se conforme finalement avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier -. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux épreuves des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont du jeu sont distribuées des brochures explicatives des règles de base du Code la route, ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs [[https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php/Albert,_Jean|Jean Albert]] lui-même qui est désigné pour assurer « les fonctions de conseiller technique » pour le circuit automobile, alors qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installée aux abords du circuit symbolisant son patronage de l'épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer des prix ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à l'annonce des résultats : tout le monde est groupé et à l’écoute, et le moment recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Grille.png|vignette|Bilan et grille de classement des Jeux Esplanadiens de 1967 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Après la fin des Jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' relate aussi la tenue d'une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ''ex aequo'' : [[https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php/Albert,_Jean|Jean Albert]] et M. Haas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond au constat émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier. Les enquêtes et études techniques-comparatives que mène l'ARES relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose de multiplier les lieux, les infrastructures et les occasions de rencontre et de loisir, réaffirmant l'engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » se voulant un « paradis des enfants ». L’intérêt pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1967. La prise en compte des besoins diversifiés de ce public est perceptible dans la conception même du programme des Jeux, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de contact entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Chimie.jpg|vignette|1963 : la Tour de Chimie est achevée, tandis que les travaux se poursuivent aux alentours (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Le choix du lieu pour les Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université étant fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Toutes deux ayant été réalisées dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux elles constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillies par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme symbolise une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est achevée en 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zones universitaire et résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». Elle souligne d'ailleurs que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Mais c’est également le choix de tenir les Jeux sur un parking qui est symbolique. En effet, même si l’ARES manifeste son adversité aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits auraient un vaste potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peuvent se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’espace libre est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les ''Dernières Nouvelles d’Alsace'' sont installées aux abords du parking avec une fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée. D'une part, assurer le bon déroulement des Jeux sans mettre en péril son équilibre budgétaire. D'autre part, promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements et soit choisie pour des installations d'entreprises. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, elle se saisit fortement du développement économique du quartier, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse véritable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Conçus prioritairement comme un moment récréatif, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit : au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle de l'ARES par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que ses sections démultiplient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et ainsi devenir un interlocuteur incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon des problèmes de l’Esplanade. C’est ensuite autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de figures institutionnelles nationales et locales, dont le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600m de longueur et 10m de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’ingénieur Edmond Maennel, fend en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques introduits dans l’application du système ''Freyssinet'' au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause du chantier d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant (il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse). Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
L’ARES participe à cette cérémonie et profite du fait que les yeux soient rivés sur son quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication de la brochure ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problématiques ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement au Maire au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’association parvient ainsi à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM. Elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La « phase officieuse » de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la CNAF le 1er janvier 1975, ce qui lui assure l’attribution de subventions publiques et lui permet d’engager des salariés, gagnant en visibilité et efficacité. Cinquante-sept ans après sa fondation, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport final'', Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-02-15T07:27:12Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
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|datesignature=2021-01-05&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est [[Albert,_Jean|Jean Albert]] (1935-2015), qui s'installe avec sa femme et ses trois enfants à Strasbourg, dans le nouveau quartier de l’Esplanade au début des années 1960. Il travaille en tant que moniteur d’auto-école jusqu'à en ouvrir une à son nom, place de Zurich, en janvier 1966. Il adhère à l’ARES et le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Degaulle.jpg|vignette|1962 : le long de la future avenue De Gaulle sort de terre (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la Ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif immédiat est de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale », faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un modèle propre de rapports aux pouvoirs publics. Premièrement, un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Deuxièmement, un principe de ''do ut des'' : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». Elle conçoit ainsi son rôle comme d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ''ante litteram'', afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Les débuts de l'association sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de plusieurs sections spécialisées et d’un Comité de direction de 30 membres représentatifs des six secteurs du quartier (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisir, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée en plein air le 19 juin 1966 en coïncidence avec la Fête des pères et dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs en tant qu'occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. Forte du succès de la 1e édition, l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux deviennent désormais une initiative à part entière et leur 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique elle appelle à « un concours de bonnes volontés » parmi ses sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. D'abord, de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe des « jeux à caractère éducatif ». Ensuite, de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». Enfin, de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, les épreuves sont commentées au microphone dans le cadre d'une ''Radio-Ares-Flash'' improvisée à cet effet. Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectués en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux - ce qui se conforme finalement avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier -. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux épreuves des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont du jeu sont distribuées des brochures explicatives des règles de base du Code la route, ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique » pour le circuit automobile, alors qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installée aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer des prix ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à l'annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et le moment recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Grille.png|vignette|Bilan et grille de classement des Jeux Esplanadiens de 1967 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Après la fin des Jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ''ex aequo'' : Jean Albert et M. Haas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier. Les enquêtes de terrain et les études techniques-comparatives que mène l'ARES au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Plus encore, elle entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques des jeunes. L’intérêt pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés de ce public est perceptible dans la conception même du programme des Jeux, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de contact entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Chimie.jpg|vignette|1963 : la Tour de Chimie est achevée, tandis que les travaux se poursuivent aux alentours (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Le choix du lieu pour les Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Toutes deux ayant été réalisées dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux elles constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillies par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un vaste potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peuvent se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’espace libre est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les ''Dernières Nouvelles d’Alsace'' sont installées aux abords du parking avec une fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée. D'une part, assurer le bon déroulement des Jeux sans mettre en péril son équilibre budgétaire. D'autre part, promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, elle se saisit fortement du développement économique du quartier, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse véritable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçus prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fend en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système ''Freyssinet'' au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause du chantier d’extension du tramway. Le film montre la phase finale d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent du fait que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problématiques ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement au Maire au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport final'', Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
	</entry>
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		<id>https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php?title=Jeux_esplanadiens_(0003FH0008)&amp;diff=16423</id>
		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-06T00:34:18Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
|dateFin=1968&lt;br /&gt;
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|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
|userrealname=Lola Romieux&lt;br /&gt;
|datesignature=2021-01-05&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie et ne revient qu'après l'indépendance de 1962. Il s’installe à Strasbourg, dans le nouveau quartier de l’Esplanade, et commence à travailler en tant que moniteur d’auto-école jusqu'à en ouvrir une à son nom, place de Zurich, en janvier 1966. Il adhère à l’ARES et le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Degaulle.jpg|vignette|1962 : le long de la future avenue De Gaulle sort de terre (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la Ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif immédiat est de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale », faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un modèle propre de rapports aux pouvoirs publics. Premièrement, un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Deuxièmement, un principe de ''do ut des'' : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». Elle conçoit ainsi son rôle comme d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ''ante litteram'', afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Les débuts de l'association sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de plusieurs sections spécialisées et d’un Comité de direction de 30 membres représentatifs des six secteurs du quartier (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisir, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée en plein air le 19 juin 1966 en coïncidence avec la Fête des pères et dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs en tant qu'occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. Forte du succès de la 1e édition, l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux deviennent désormais une initiative à part entière et leur 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique elle appelle à « un concours de bonnes volontés » parmi ses sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. D'abord, de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe des « jeux à caractère éducatif ». Ensuite, de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». Enfin, de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, les épreuves sont commentées au microphone dans le cadre d'une ''Radio-Ares-Flash'' improvisée à cet effet. Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectués en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux - ce qui se conforme finalement avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier -. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux épreuves des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont du jeu sont distribuées des brochures explicatives des règles de base du Code la route, ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique » pour le circuit automobile, alors qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installée aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer des prix ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à l'annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et le moment recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Grille.png|vignette|Bilan et grille de classement des Jeux Esplanadiens de 1967 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Après la fin des Jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ''ex aequo'' : Jean Albert et M. Haas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier. Les enquêtes de terrain et les études techniques-comparatives que mène l'ARES au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Plus encore, elle entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques des jeunes. L’intérêt pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés de ce public est perceptible dans la conception même du programme des Jeux, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de contact entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Chimie.jpg|vignette|1963 : la Tour de Chimie est achevée, tandis que les travaux se poursuivent aux alentours (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Le choix du lieu pour les Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Toutes deux ayant été réalisées dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux elles constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillies par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un vaste potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peuvent se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’espace libre est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les ''Dernières Nouvelles d’Alsace'' sont installées aux abords du parking avec une fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée. D'une part, assurer le bon déroulement des Jeux sans mettre en péril son équilibre budgétaire. D'autre part, promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, elle se saisit fortement du développement économique du quartier, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse véritable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçus prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fend en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système ''Freyssinet'' au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause du chantier d’extension du tramway. Le film montre la phase finale d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent du fait que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problématiques ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement au Maire au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport final'', Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-06T00:30:34Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
|dateFin=1968&lt;br /&gt;
|video=0003FH0008_2&lt;br /&gt;
|coloration=Couleur&lt;br /&gt;
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|duree=00:07:49&lt;br /&gt;
|genre=Documentaire&lt;br /&gt;
|format_original=8 mm&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
|userrealname=Lola Romieux&lt;br /&gt;
|datesignature=2021-01-05&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie et ne revient qu'après l'indépendance de 1962. Il s’installe à Strasbourg, dans le nouveau quartier de l’Esplanade, et commence à travailler en tant que moniteur d’auto-école jusqu'à en ouvrir une à son nom, place de Zurich, en janvier 1966. Il adhère à l’ARES et le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Degaulle.jpg|vignette|1962 : le long de la future avenue De Gaulle sort de terre (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la Ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif immédiat est de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale », faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un modèle propre de rapports aux pouvoirs publics. Premièrement, un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Deuxièmement, un principe de ''do ut des'' : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». Elle conçoit ainsi son rôle comme d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ''ante litteram'', afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Les débuts de l'association sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de plusieurs sections spécialisées et d’un Comité de direction de 30 membres représentatifs des six secteurs du quartier (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisir, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée en plein air le 19 juin 1966 en coïncidence avec la Fête des pères et dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs en tant qu'occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. Forte du succès de la 1e édition, l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux deviennent désormais une initiative à part entière et leur 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique elle appelle à « un concours de bonnes volontés » parmi ses sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. D'abord, de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe des « jeux à caractère éducatif ». Ensuite, de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». Enfin, de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, les épreuves sont commentées au microphone dans le cadre d'une ''Radio-Ares-Flash'' improvisée à cet effet. Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectués en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux - ce qui se conforme finalement avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier -. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux épreuves des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont du jeu sont distribuées des brochures explicatives des règles de base du Code la route, ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique » pour le circuit automobile, alors qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installée aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer des prix ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à l'annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et le moment recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Grille.png|vignette|Bilan et grille de classement des Jeux Esplanadiens de 1967 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Après la fin des Jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ''ex aequo'' : Jean Albert et M. Haas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier. Les enquêtes de terrain et les études techniques-comparatives que mène l'ARES au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Plus encore, elle entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques des jeunes. L’intérêt pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés de ce public est perceptible dans la conception même du programme des Jeux, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de contact entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Chimie.jpg|vignette|1963 : la Tour de Chimie est achevée, tandis que les travaux se poursuivent aux alentours (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Le choix du lieu pour les Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Toutes deux ayant été réalisées dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux elles constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillies par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un vaste potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peuvent se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’espace libre est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les ''Dernières Nouvelles d’Alsace'' sont installées aux abords du parking avec une fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée. D'une part, assurer le bon déroulement des Jeux sans mettre en péril son équilibre budgétaire. D'autre part, promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, elle se saisit fortement du développement économique du quartier, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse véritable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçus prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fend en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système ''Freyssinet'' au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause du chantier d’extension du tramway. Le film montre la phase finale d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent du fait que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problématiques ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement au Maire au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
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Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
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André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
	</entry>
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-05T23:32:25Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : Modifié automatiquement depuis la page Bas:Jeux esplanadiens (0003FH0008).&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
|dateFin=1968&lt;br /&gt;
|video=0003FH0008_2&lt;br /&gt;
|coloration=Couleur&lt;br /&gt;
|son=Muet&lt;br /&gt;
|timecode=00:00:00&lt;br /&gt;
|duree=00:07:49&lt;br /&gt;
|genre=Documentaire&lt;br /&gt;
|format_original=8 mm&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
|userrealname=Lola Romieux&lt;br /&gt;
|datesignature=2021-01-05&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Degaulle.jpg|vignette|1962 : le long de la future avenue De Gaulle sort de terre (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. ''Primo'', un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». ''Secundo'', un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
[[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Grille.png|vignette|Bilan et grille de classement des Jeux Esplanadiens de 1967 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Chimie.jpg|vignette|1963 : la Tour de Chimie est achevée, tandis que les travaux se poursuivent aux alentours (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-05T23:31:29Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
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|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Degaulle.jpg|vignette|1962 : le long de la future avenue De Gaulle sort de terre (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. ''Primo'', un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». ''Secundo'', un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
[[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Grille.png|vignette|Bilan et grille de classement des Jeux Esplanadiens de 1967 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Chimie.jpg|vignette|1963 : la Tour de Chimie est achevée, tandis que les travaux se poursuivent aux alentours (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-05T23:29:14Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
|dateFin=1968&lt;br /&gt;
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|genre=Documentaire&lt;br /&gt;
|format_original=8 mm&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Degaulle.jpg|vignette|1962 : le long de la future avenue De Gaulle sort de terre (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. ''Primo'', un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». ''Secundo'', un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
[[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Grille.png|vignette|Bilan et grille de classement des Jeux Esplanadiens de 1967 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Chimie.jpg|vignette|1963 : la Tour de Chimie est achevée, tandis que les travaux se poursuivent aux alentours (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
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&lt;div&gt;1963 achèvement Tour Chimie&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
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&lt;div&gt;Avenue De Gaulle&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-05T23:15:25Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
|dateFin=1968&lt;br /&gt;
|video=0003FH0008_2&lt;br /&gt;
|coloration=Couleur&lt;br /&gt;
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|timecode=00:00:00&lt;br /&gt;
|duree=00:07:49&lt;br /&gt;
|genre=Documentaire&lt;br /&gt;
|format_original=8 mm&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. ''Primo'', un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». ''Secundo'', un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
[[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Grille.png|vignette|Bilan et grille de classement des Jeux Esplanadiens de 1967 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-05T23:12:52Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
|dateFin=1968&lt;br /&gt;
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|genre=Documentaire&lt;br /&gt;
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|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. ''Primo'', un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». ''Secundo'', un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
[[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Grille.png|vignette|Bilan et grille de classement des Jeux Esplanadiens de 1967 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-05T23:09:12Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
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|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
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|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. ''Primo'', un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». ''Secundo'', un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Grille.png|vignette|Bilan et grille de classement des Jeux Esplanadiens de 1967 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
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&lt;div&gt;Bilan et résultats&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<updated>2021-01-05T23:04:57Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
|dateFin=1968&lt;br /&gt;
|video=0003FH0008_2&lt;br /&gt;
|coloration=Couleur&lt;br /&gt;
|son=Muet&lt;br /&gt;
|timecode=00:00:00&lt;br /&gt;
|duree=00:07:49&lt;br /&gt;
|genre=Documentaire&lt;br /&gt;
|format_original=8 mm&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. ''Primo'', un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». ''Secundo'', un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]]&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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&lt;div&gt;Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-05T22:59:06Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
|dateFin=1968&lt;br /&gt;
|video=0003FH0008_2&lt;br /&gt;
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|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] &lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. ''Primo'', un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». ''Secundo'', un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ARES-FLASH (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-05T22:57:46Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
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|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
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|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
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|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. [[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. ''Primo'', un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». ''Secundo'', un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ARES-FLASH (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
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&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
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|fonds=Albert&lt;br /&gt;
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|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. Primo, un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Secundo, un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]]&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ARES-FLASH (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Fichier:Ares6.jpg</title>
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		<updated>2021-01-05T22:53:07Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (source : DNA)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
	</entry>
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-05T22:49:28Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
|dateFin=1968&lt;br /&gt;
|video=0003FH0008_2&lt;br /&gt;
|coloration=Couleur&lt;br /&gt;
|son=Muet&lt;br /&gt;
|timecode=00:00:00&lt;br /&gt;
|duree=00:07:49&lt;br /&gt;
|genre=Documentaire&lt;br /&gt;
|format_original=8 mm&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. Primo, un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Secundo, un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ARES-FLASH (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]]&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Défilé du 2 juillet 1967&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
|dateFin=1968&lt;br /&gt;
|video=0003FH0008_2&lt;br /&gt;
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|son=Muet&lt;br /&gt;
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|genre=Documentaire&lt;br /&gt;
|format_original=8 mm&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. Primo, un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Secundo, un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ARES-FLASH (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]]&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-05T22:44:31Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
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|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
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|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. Primo, un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Secundo, un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ARES-FLASH (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
[[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<updated>2021-01-05T22:43:52Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967.&lt;br /&gt;
(Source : BNU)&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-05T22:39:14Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
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|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. Primo, un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Secundo, un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ARES-FLASH (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, Vivre à l’Esplanade, où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
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&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
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|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
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|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ares1|vignette|Jean-Marie Lorentz (source : ARES : 20e anniversaire)]]&lt;br /&gt;
L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. Primo, un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Secundo, un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ARES-FLASH (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, Vivre à l’Esplanade, où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-05T22:30:03Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
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|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
|dateFin=1968&lt;br /&gt;
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|format_original=8 mm&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. Primo, un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Secundo, un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ARES-FLASH (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, Vivre à l’Esplanade, où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''ARES-FLASH'', n° 3, 22 janvier 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 5, 19 mars 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 6, 23 avril 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 7, 14 mai 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 8, 5 juin 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 9, 17 septembre 1966.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 16, 22 avril 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 17, 20 mai 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 18, 10 juin 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES-FLASH'', n° 22, décembre 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Vivre à l’Esplanade'', Strasbourg, ARES, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Radiographie d’un quartier'', Strasbourg, ARES, 1971.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 20e anniversaire'', Strasbourg, ARES/Lamil, 1984. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''ARES : 25e anniversaire'', Strasbourg, ARES, 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’ARES a 30 ans'', Strasbourg, ARES, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christian BOULICAUD, Hugues CHALUMEAU, ''Un centre socio-culturel à l'Esplanade'', Strasbourg, EAS, 1977.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain CORBIN, ''L’avènement des loisirs : 1850-1960'', Paris, Aubier, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean DOISE, ''Citadelle m’était contée, Strasbourg'', CUS/ARES, 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aurélie GUTHMANN, ''Esplanade, Strasbourg : entre ville et parc'', Strasbourg, ENSAS, 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elhadji Ahmed HENNI, ''Etude des espaces de vie dans le quartier de l'Esplanade (Strasbourg)'', Strasbourg, Faculté de Géographie et d’Aménagement, 1984.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perla KOROSEC-SERFATY, « Le quartier de l'Esplanade, à Strasbourg : analyse du comportement dans une zone nouvellement construite », ''Neuf'', vol. 9, n° 47, 1974, p. 11-16.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie LORENTZ, « Strasbourg : radiographie d'une métropole en devenir », ''Développement et Communauté'', n° spécial, 1973, p. 1-12.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André RAUCH (dir.), ''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André SAUVAGE, Michel BASSAND, ''Proximités en tension. Etude de leurs dynamiques sur quatre agglomérations : Lausanne, Lyon, Rennes, Strasbourg. Rapport fina''l, Rennes, LARES, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jeux Esplanadiens et opération Archimède 4 », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 15 mai 2014.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Strasbourg il y a cinquante ans : Inauguration du pont Churchill », ''Dernières Nouvelles d’Alsace'', 2 juillet 1967.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pont Churchill (ancien) », ''Archi-Wiki'', Consulté le 10/12/2020 : https://www.archi-wiki.org/Adresse:Pont_Churchill_(ancien)_(Strasbourg)&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-05T22:26:40Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
|dateFin=1968&lt;br /&gt;
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|coloration=Couleur&lt;br /&gt;
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|duree=00:07:49&lt;br /&gt;
|genre=Documentaire&lt;br /&gt;
|format_original=8 mm&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. Primo, un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Secundo, un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ARES-FLASH (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, Vivre à l’Esplanade, où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Jeux esplanadiens (0003FH0008)</title>
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		<updated>2021-01-05T22:23:02Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=Jeux esplanadiens&lt;br /&gt;
|fonds=Albert&lt;br /&gt;
|idSupport=0003FH0008&lt;br /&gt;
|dateDebut=1966&lt;br /&gt;
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|duree=00:07:49&lt;br /&gt;
|genre=Documentaire&lt;br /&gt;
|format_original=8 mm&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Albert, Jean&lt;br /&gt;
|apercu=Jeux_espla.jpg&lt;br /&gt;
|lieux_ou_monuments=Strasbourg&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Le cinéaste amateur est Jean Albert (1935-2015). Né à Caen, il réalise son service militaire d’abord en Algérie puis à Kehl. Marié en 1959 à une Strasbourgeoise avec laquelle il aura trois enfants, il part vivre en Algérie où il travaille auprès d’Air Algérie. En 1962, après l’indépendance algérienne, Albert revient vivre à Strasbourg, s’installant à l’Esplanade et commençant à travailler en tant que moniteur d’auto-école. En janvier 1966, il ouvre d’ailleurs une auto-école à son nom, place de Zurich. Adhérent à l’ARES, le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg.&lt;br /&gt;
L’impact social de l’Opération Esplanade provoque une volonté de prise de parole et d’engagement des résidants du quartier. Alors que la Ville projette d’édifier une « Maison centrale des jeunes et de la culture » (réseau MJC) au Rond-Point de l’Esplanade, émerge l’idée de constituer une association de promotion du quartier censée œuvrer en lien avec ce futur centre socio-éducatif. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité Universitaire Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995. L’objectif premier est précisément de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l’association revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale » pour l’avenir du quartier, faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont tous les éléments constitutifs sont inextricablement liés et où les actions des uns ont inévitablement un impact sur les autres. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir l’émergence d’une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un rapport aux pouvoirs publics selon deux axes. Primo, un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Secundo, un principe de do ut des : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». L’ARES conçoit ainsi son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ante litteram, afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a faire preuve d’une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement (contre la pollution et les nuisances sonores, en faveur de la promotion d’espaces piétons, de mesures d’apaisement de la circulation et de protection des espaces verts). &lt;br /&gt;
Les débuts de l’ARES sont évoqués par leurs fondateurs avec des traits presque mythiques. C’est en effet « sans moyens et sans modèles, avec les difficultés d’un quartier comme aiguillon et l’enthousiasme de ses fondateurs pour tout viatique, [que] l’ARES s’est mise en marche ». Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur les contributions de ses adhérents (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an) et fonctionne exclusivement sur la base du bénévolat. Ses activités, « faute de locaux suffisants, se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens, ou bénéficient de l'accueil d'autres structures, comme des activités culturelles en bâtiments universitaires ». Néanmoins, les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure. Elle se dote de sept sections spécialisées (questions sociales, d’habitat, de cadre de vie, culturelles, commerciales, scolaires et sportives) et d’un Comité de direction de 30 membres représentatif des six secteurs du quartier de l’Esplanade (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Jeux Esplanadiens : entre loisirs, éducation populaire et promotion du quartier&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée le 19 juin 1966 en coïncidence de la Fête des pères dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie », où se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs comme étant des occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. A ses vues, la philosophie de fond des Jeux est de « bannir pour deux jours tout souci dans vos esprits, permettre aux grands et petits de s’amuser en famille, bref une occasion bon enfant de participer et de se rencontrer ». Forte du succès rencontré par la 1e édition de cette initiative en plein air et de « registre gai », l’ARES décide de la reconduire l’année suivante « pour la joie des enfants, le sourire de la maman et la fierté du papa ! ». Les Jeux Esplanadiens deviennent une initiative à part entière et la 2e édition est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit, en coïncidence avec la Fête des mères, tandis que le rallye automobile pour adultes est maintenu au mois de juin. Préparé tout au long du mois d’avril, le programme définitif des Jeux est acté à la mi-mai et publié dans ARES-FLASH (tiré à cette période à 3.500 exemplaires). Il est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre de nombreux partenaires privés, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets de la région Alsace et du département du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc.&lt;br /&gt;
Les Jeux sont « ouverts à tous les Esplanadiens », mais les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Toutes les inscriptions sont gratuites, mais il est demandé de contribuer aux frais d’assurance contre les accidents, s’élevant à 1 franc pour le premier enfant et 0,50 francs pour les autres enfants d’une même famille. Une tendue de sport est demandée, si possible. Le reste des frais d’organisation est pris en charge par l’ARES grâce aux cotisations des adhérents et aux dons des partenaires. Même si en 1966-1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique des Jeux elle appelle à « un concours de bonnes volontés » les membres et sympathisants, priés de se manifester en temps utile auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive). Il est question notamment de demander à 30 adultes de se porter volontaires pour constituer le jury des Jeux, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels.&lt;br /&gt;
Trois jeux-épreuves sont organisés. ''Primo'', de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe de « jeux à caractère éducatif ». ''Secundo'', de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle ». ''Tertio'', de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition ». Comme l’année précédente, l’ARES prévoit de faire commenter les épreuves au microphone, s’inventant à cet effet une ''Radio-Ares-Flash'' (RAF). Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectué en mixité garçons/filles, alors même que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en juillet 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention routière, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux. Ce qui finalement se conforme avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux capacités des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées. En amont de l’épreuve sont distribuées aux jeunes concurrents des brochures explicatives de quelques règles du Code la route ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises. C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné par l’ARES pour assurer « les fonctions de conseiller technique », tandis qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installé aux abords du circuit pour symboliser son patronage de cette épreuve. Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris).&lt;br /&gt;
Des mesures sont prises pour distribuer de nombreux prix aux jeunes concurrents ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Dans le film, nous assistons à une annonce des résultats des épreuves : tout le monde est groupé et à l’écoute, et l’annonce recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des boîtes de chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route.&lt;br /&gt;
Après la fin des jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs. Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' de juin 1967, outre reproduire la grille de classement des épreuves, informe d’une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer &amp;amp; Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ex aequo : Jean Albert et M. Haas.&lt;br /&gt;
L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond à l’un des constats émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier dont fait preuve l’ARES. Les enquêtes de terrain et les études techniques et comparatives qu’elle mène au cours des années 1960 relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose d’intervenir pour multiplier les lieux, les occasions et les infrastructures de rencontre et de loisir. Qui plus est, l’ARES entend préserver l’image de « paradis pour les enfants » qui émerge d’après les souvenirs des plus anciens résidents du quartier. L’organisation des Jeux Esplanadiens vise ainsi à réaffirmer un engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » et adapté aux exigences spécifiques de la jeunesse. L’intérêt de l’ARES pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1966-1967. La prise en compte des besoins diversifiés des enfants scolarisés est perceptible dans la conception même du programme des Jeux Esplanadiens, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de prise de contacts entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires.&lt;br /&gt;
Le choix du lieu des Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université n’étant pas accidentelle mais fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Tous deux ayant été réalisés dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux ils constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillis par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme doit rappeler celle d’une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est édifiée entre 1960 et 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zone universitaire et zone résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». En particulier, elle souligne que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Un bémol est néanmoins relevé, l’ARES déplorant que « l’animation que [l’Université] introduit ne touche que la frange Ouest du quartier et disparaît pendant 4 mois de l’année ». Dès lors, on s’explique mieux pourquoi l’association ne se prive pas de revitaliser les abords du campus pendant ces mois creux estivaux par des occasions de solidarité et convivialité. Mais au-delà du choix des abords de la zone universitaire, c’est également celui d’un parking qui est symbolique. En effet, l’ARES manifeste une certaine adversité face aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier qui caractérise l’Esplanade, neutralisant les espaces verts et éloignant les promeneurs. Toutefois, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits sont conçus comme ayant un énorme potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peut se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de l’ARES de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’« espace libre » est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association.&lt;br /&gt;
Une autre dimension centrale qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont installées aux abords du parking avec leur fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste, Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée : assurer le bon déroulement des Jeux sans plonger dans un déficit budgétaire ; promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements privés et soit choisie pour des installations artisanales, industrielles, commerciales ou tertiaires. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales,  […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, l’ARES se saisit fortement du développement économique de l’Esplanade, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse effective. Comme le rappelle Lorentz en 1995 : « L’Esplanade décrétée socialement favorisée n’avait officiellement pas besoin de rien. Ce sont les Esplanadiens qui contre vents et marées ont lancé le mouvement puis convaincu les autorités ».&lt;br /&gt;
Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Les familles du quartier n’ont pas manqué à l’appel et la jeunesse est venue nombreuse. Conçue prioritairement comme un moment récréatif et convivial, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit, au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle par les pouvoirs publics&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
Alors même que ses sections démultiplient et diversifient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et, par-là, devenir un interlocuteur crédible et incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon complet des problèmes de l’Esplanade. Par la suite, c’est autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de plusieurs figures de proue de la politique nationale et locale, notamment le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. &lt;br /&gt;
Nous apercevons dans le film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’Ingénieur en chef de la Ville de Strasbourg Edmond Maennel, fendant en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques et des innovations introduites dans l’application du système Freyssinet au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause des travaux d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant – il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse –. Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé.&lt;br /&gt;
Les membres de l’ARES participent à cette cérémonie et profitent que les yeux soient rivés sur leur quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication d’une brochure, Vivre à l’Esplanade, où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problèmes ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement à Pflimlin au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». &lt;br /&gt;
Malgré l’abandon par la Ville du projet de Maison centrale des MJC à l’Esplanade, l’association parvient néanmoins à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM : elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées par l’ARES pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc.&lt;br /&gt;
La phase officieuse de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le 1er janvier 1975 : ceci lui assure l’attribution de subventions publiques de fonctionnement et la possibilité d’engager des salariés pour épauler les bénévoles, ce qui lui vaut davantage de visibilité et d’efficacité. En 1995, elle tire ce bilan de ses 30 premières années d’existence : « L’ARES remplit simultanément deux missions, celle de l’Association qui agit pour le cadre de vie du quartier et celle du Centre socio-culturel qui propose des services aux habitants, même si tous deux contribuent conjointement à la qualité de vie des esplanadiens. […] Autrefois la distinction entre action revendicative et offre de services était moins nette. Des activités ludiques étaient organisées et financées par leurs pratiquants dans des locaux loués à bas prix. Puis, peu à peu, s’est ajoutée une vocation sociale nécessitant d’un personnel formé et des moyens spécifiques. La citoyenneté a cessé d’être une condition relativement aisée à remplir pour devenir un objectif parfois difficile à atteindre. La fonction d’éveil est plus nécessaire que jamais ». Ainsi, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier encore de nos jours et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».&lt;br /&gt;
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|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).&lt;br /&gt;
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		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
|userrealname=Lola Romieux&lt;br /&gt;
|datesignature=2020-01-20&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Ce film en Super 8mm, muet et en couleur, nous montre une sélection de scènes d’un spectacle de fête de fin d’année, dans la cour de l'école maternelle et primaire Notre-Dame-de-Sion à Strasbourg, au courant de l’été 1981. Le réalisateur, Michel Daussin, probablement parent d’élève, filme plusieurs moments de jeux et démonstrations artistiques effectués par différentes classes, chacune placée sous la direction des maîtresses et vraisemblablement sous fond de musique. Le corps enseignant introduit à l’aide d’un microphone les différents moments et anime les intervalles de la fête.&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=La première classe (minute 00:12 – 01:38) semble réaliser un jeu de rôle autour du thème des animaux : les enfants miment les gestes des lapins, puis concluent par des rondes, main dans la main. Certains portent des masques d’animaux identiques (probablement confectionnées en classe ou achetées dans une même boutique), tandis que d’autres portent des bonnets ressemblant aux fichus blancs traditionnels alsaciens. La deuxième classe (minute 01:39 – 02:45) fait un spectacle semblable : plusieurs enfants portent des bonnets ou des costumes intégraux d’animaux, dont la plupart sont confectionnés à l’identique ; ils miment leurs gestes d’abord de manière statique les uns face aux autres, puis en réalisent des rondes la main dans la main, et enfin se livrant à un jeu en couple où l’élève débout mime une créature féroce tandis que l’élève assis joue le rôle de la proie. Le spectacle de la troisième classe (minute 02:46 – 03:51) met en scène des élèves habillés à l’identique : répartis en deux équipes, ils effectuent d’abord des gestes de gymnastique rythmique, puis de danse de groupe, de couple et individuelle. La démonstration de la quatrième classe (minute 04:05 – 04:39), composée exclusivement de filles, consiste en une épreuve de chant. Les élèves sont habillées à l’identique et portent toutes une coiffe à nœud rouge issue de la tradition alsacienne. La cinquième classe (minute 04:40 – 05:04) est elle aussi composée exclusivement de filles, ornées de la coiffe traditionnelle alsacienne à nœud rouge ou bleu. Elles exécutent une danse en cercle circassien, tradition d’emprunt écossais depuis la fin du XIXe siècle et devenue populaire dans les milieux folkloriques français dans les années 1970 ; cette pratique est particulièrement adaptée aux enfants du fait de sa simplicité et convivialité. Quant à la coiffe à nœud (Schlupkapp), il s’agit de l’un des habits emblématiques du folklore alsacien, dont les premières traces remontent déjà à la fin du Moyen-Age. Tout comme les costumes alsaciens en général, les coiffes féminines elles aussi ont connu des multiples évolutions au fil des siècles, préfigurant une multitude de variétés en fonction des aires géographies et des cultes professés. Le port de la coiffe a décliné progressivement dès le début du XXe siècle, lorsque l’exode rural, l’urbanisation et l’industrialisation des campagnes ont poussée à l’introduction de coutumes vestimentaires plus sobres et plus pratiques pour l’usage courant, reléguant le port de costumes traditionnels aux occasions de fêtes et célébrations publiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tradition des fêtes scolaires dans les écoles maternelles et primaires est plutôt récente en Alsace au moment où le film est tourné. Avant 1871, il n’existe pas de véritable tradition française de ce genre de fêtes, laissées plutôt à la discrétion des corps enseignants et divergeant ainsi tant en termes de géographie que de temporalité. Dans le Reichsland s’installe une tradition de fêtes scolaires à vocation propagandiste, censée célébrer les grandes victoires et les moments-clés de la vie politique impériale, afin de gagner la jeunesse alsacienne-lorraine à la cause de pro-allemande. Lorsque les deux provinces redeviennent françaises en 1918, se diffuse dans le pays à partir des années 1920 la tradition des « Fêtes de la jeunesse des écoles publiques », mettant en avant annuellement les valeurs républicaines, la centralité de l’école publique ainsi que la dimension de socialisation des élèves. L’organisation est confiée aux municipalités et aux directions d’établissement, mais un cadrage national émerge quant à la temporalité, puisque ces fêtes se tiennent majoritairement à la fin de l’année scolaire. Parfois, la date choisie par les communes tenues par la gauche correspond à celle du jeudi de l’Ascension, préfigurant un défi ouvert du modèle laïque et publique contre celui confessionnel et privé, ce qui peut expliquer la faible diffusion de ces fêtes officielles en Alsace jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. En outre, pendant ce genre de fêtes, la créativité des enfants n’est que peu mise en valeur : en présence des corps enseignants et des autorités civiles et militaires locales, les élèves sont encadrés et se cantonnent bien souvent à des défilés en uniforme accompagnés de fanfares, tandis que la pratique gymnastique, sportive et musicale est laissée pour compte. La parenthèse de l’occupation de l’Alsace pendant le Seconde Guerre mondiale voit s’y réinstaller une pratique de fêtes propagandistes pro-allemandes. A partir des années 1950-1960, la tradition des fêtes scolaires rigidement encadrées et institutionnalisées décline au profit d’une plus grande marge de liberté laissée aux établissements. Avec l’essor et la démocratisation du tourisme, le concept de zonage scolaire est introduit dans les années 1960 pour différer les départs en vacances d’été : la recherche d’une date praticable au niveau national pour les fêtes de fin d’année devient ardue. En parallèle des fêtes précédant les vacances estivales, commencent à se tenir également des fêtes de Noël et de Pâques. Les établissements profitent des occasions festives – et notamment de la présence de parents d’élèves souvent munis d’appareils photos et de caméras – pour se montrer performants, mettant en avant leurs atours et la polyvalence des enseignements dispensés. La fête constitue une sorte de bilan de l’année scolaire qui vient de s’achever.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, dans le film, nous pouvons assister à des démonstrations artistiques variées, des mimes à la danse, des gymnastiques au chant, mettant en évidence la manière dont l’établissement réalise les consignes de l’Arrêté du 7 août 1969 relatives au développement corporel dans le cadre du « tiers temps pédagogique ». Grâce aux marges de liberté dont jouissent les établissements, ceux-ci peuvent choisir de s’écarter des codes de la tradition nationale française au sens strict pour mettre en valeur les traditions locales et régionales, ou encore emprunter des pratiques artistiques étrangères : dans le film nous assistons ainsi à des danses d’origine écossaise, à une chorale et à une danse en tenue alsacienne. Parfois, les spectacles des élèves lors des fêtes de fin d’année scolaire se complémentent de kermesses d’artistes adultes censées collecter des fonds pour l’école et le développement de ses divers projets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fêtes d’école deviennent de plus en plus populaires dans les dernières décennies du XXe siècle : moments de loisir, de jeu et de détente collective, elles réaffirment la finalité pédagogique du développement de liens fraternels entre les élèves, favorisant en outre le partage intergénérationnel tout comme le contact entre corps enseignant et familles. Si les fêtes sont de moins en moins institutionnalisées, elles demeurent néanmoins des moments solennels. Le film nous montre en effet, au-delà de l’amusement des élèves, que le nombreux public assistant aux spectacles porte une grande attention au déroulement de la fête, signe de l’importance qu’un tel moment avait assumé dans la vie locale. Par ailleurs, la plupart des assistants sont bien habillés, certains portent même des prestigieux parapluies d’été : dans ce moment de contact entre plusieurs univers - celui des familles, des enseignants et des élèves -, chacun fait de son mieux pour bien se présenter en société. Les tenues et l’attitude distinguées du public nous confirment que les parents d’élèves de l’établissement de Notre-Dame de Sion sont majoritairement issus de milieux aisés. La Congrégation de Notre-Dame de Sion avait été fondée en 1843 par les frères strasbourgeois Théodore et Alphonse Ratisbonne, juifs convertis au catholicisme. C’est en 1919 que leur institution ouvre une école à Strasbourg : établissement privé et payant, il dispense un enseignement d’empreinte religieuse d’abord aux seules filles, et dès 1962 en mixité. L’école est installée en 1950 au 2 rue Erckmann-Chatrian à Strasbourg et, depuis la loi Debré de 1959, a accédé au statut d’école privée sous contrat d’association avec l’Etat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour plus d’informations sur la création de l’école et ses particularités pédagogiques, se référer à la fiche d’analyse des films [https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php/Bas:F%C3%AAte_d%27%C3%A9cole_juin_1984_(0093FI0017) Fête d'école juin 1984] et [https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php/Bas:Ecole_1985_(0093FI0020)#tab.3DTh_C3_A9matiques Ecole 1985]&lt;br /&gt;
|Bibliographie=Jeanne Benay, Jean-Marc Leveratto (dir.), ''Culture et histoire des spectacles en Alsace et en Lorraine. De l’annexion à la centralisation (1871-1946)'', Berne, Peter Lang, 2005.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Bleze, Georges Fischer, Jean Claude Streicher, ''Histoire des Alsaciens'', Luçon, Fernand Nathan, 1979.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie Gillig, ''Bilinguisme et religion à l'école : la question scolaire en Alsace de 1918 à nos jours'', Strasbourg, la Nuée bleue, 2012.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie Gillig, ''L'école laïque en Alsace et en Moselle : Une histoire inachevée'', Paris, L’Harmattan, 2017.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sandrine Kaczmarek, ''L’institution Notre-Dame de Sion à Strasbourg de 1919 à 1939'', Mémoire de Maîtrise d’Histoire sous la direction de Catherine Maurer, Université Marc Bloch (Strasbourg II), 2000.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacques Lavigne, ''L'école primaire en Alsace de 1830 à 1870'', Mémoire de Maîtrise d’Histoire sous la direction de Bernard Vogler, Université Marc Bloch (Strasbourg II), 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Robert Muller, Jean-Paul Schimpf, ''Parlons alsacien'', Paris, L'Harmattan, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Vogler, ''Histoire culturelle de l'Alsace: du Moyen Âge à nos jours. Les très riches heures d'une région frontière'', Strasbourg, La Nuée bleue, 1994. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Anne Wolf, Jean-Luc Neth, ''Quelques paillettes, un peu de soie. Coiffes d'Alsace du XVIIe et du début du XIXe siècle'', Colmar, Musée Unterlinden, 2009.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Angela Xavier De Brito, « Comment devient-on une congrégation enseignante ? Le cas de Notre-Dame de Sion », ''Chrétiens et sociétés'', n. 25, 2018, URL : http://journals.openedition.org/chretienssocietes/4556&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php?title=F%C3%AAte_d%27%C3%A9cole_(0093FI0014)&amp;diff=13640</id>
		<title>Fête d'école (0093FI0014)</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php?title=F%C3%AAte_d%27%C3%A9cole_(0093FI0014)&amp;diff=13640"/>
		<updated>2020-01-27T19:41:43Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Oui&lt;br /&gt;
|titre=Fête d'école&lt;br /&gt;
|fonds=Daussin&lt;br /&gt;
|idSupport=0093FI0014&lt;br /&gt;
|dateDebut=1981&lt;br /&gt;
|video=0093FI0014_1&lt;br /&gt;
|institution_dorigine=MIRA&lt;br /&gt;
|coloration=Couleur&lt;br /&gt;
|son=Muet&lt;br /&gt;
|timecode=00:00:00&lt;br /&gt;
|duree=00:05:18&lt;br /&gt;
|genre=Film_amateur&lt;br /&gt;
|format_original=Super 8 mm&lt;br /&gt;
|droits=MIRA&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Daussin, Michel&lt;br /&gt;
|apercu=Fêteécole.jpg&lt;br /&gt;
|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
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|Resume_fr=Ce film en Super 8mm, muet et en couleur, nous montre une sélection de scènes d’un spectacle de fête de fin d’année, dans la cour de l'école maternelle et primaire Notre-Dame-de-Sion à Strasbourg, au courant de l’été 1981. Le réalisateur, Michel Daussin, probablement parent d’élève, filme plusieurs moments de jeux et démonstrations artistiques effectués par différentes classes, chacune placée sous la direction des maîtresses et vraisemblablement sous fond de musique. Le corps enseignant introduit à l’aide d’un microphone les différents moments et anime les intervalles de la fête.&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=La première classe (minute 00:12 – 01:38) semble réaliser un jeu de rôle autour du thème des animaux : les enfants miment les gestes des lapins, puis concluent par des rondes, main dans la main. Certains portent des masques d’animaux identiques (probablement confectionnées en classe ou achetées dans une même boutique), tandis que d’autres portent des bonnets ressemblant aux fichus blancs traditionnels alsaciens. La deuxième classe (minute 01:39 – 02:45) fait un spectacle semblable : plusieurs enfants portent des bonnets ou des costumes intégraux d’animaux, dont la plupart sont confectionnés à l’identique ; ils miment leurs gestes d’abord de manière statique les uns face aux autres, puis en réalisent des rondes la main dans la main, et enfin se livrant à un jeu en couple où l’élève débout mime une créature féroce tandis que l’élève assis joue le rôle de la proie. Le spectacle de la troisième classe (minute 02:46 – 03:51) met en scène des élèves habillés à l’identique : répartis en deux équipes, ils effectuent d’abord des gestes de gymnastique rythmique, puis de danse de groupe, de couple et individuelle. La démonstration de la quatrième classe (minute 04:05 – 04:39), composée exclusivement de filles, consiste en une épreuve de chant. Les élèves sont habillées à l’identique et portent toutes une coiffe à nœud rouge issue de la tradition alsacienne. La cinquième classe (minute 04:40 – 05:04) est elle aussi composée exclusivement de filles, ornées de la coiffe traditionnelle alsacienne à nœud rouge ou bleu. Elles exécutent une danse en cercle circassien, tradition d’emprunt écossais depuis la fin du XIXe siècle et devenue populaire dans les milieux folkloriques français dans les années 1970 ; cette pratique est particulièrement adaptée aux enfants du fait de sa simplicité et convivialité. Quant à la coiffe à nœud (Schlupkapp), il s’agit de l’un des habits emblématiques du folklore alsacien, dont les premières traces remontent déjà à la fin du Moyen-Age. Tout comme les costumes alsaciens en général, les coiffes féminines elles aussi ont connu des multiples évolutions au fil des siècles, préfigurant une multitude de variétés en fonction des aires géographies et des cultes professés. Le port de la coiffe a décliné progressivement dès le début du XXe siècle, lorsque l’exode rural, l’urbanisation et l’industrialisation des campagnes ont poussée à l’introduction de coutumes vestimentaires plus sobres et plus pratiques pour l’usage courant, reléguant le port de costumes traditionnels aux occasions de fêtes et célébrations publiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tradition des fêtes scolaires dans les écoles maternelles et primaires est plutôt récente en Alsace au moment où le film est tourné. Avant 1871, il n’existe pas de véritable tradition française de ce genre de fêtes, laissées plutôt à la discrétion des corps enseignants et divergeant ainsi tant en termes de géographie que de temporalité. Dans le Reichsland s’installe une tradition de fêtes scolaires à vocation propagandiste, censée célébrer les grandes victoires et les moments-clés de la vie politique impériale, afin de gagner la jeunesse alsacienne-lorraine à la cause de pro-allemande. Lorsque les deux provinces redeviennent françaises en 1918, se diffuse dans le pays à partir des années 1920 la tradition des « Fêtes de la jeunesse des écoles publiques », mettant en avant annuellement les valeurs républicaines, la centralité de l’école publique ainsi que la dimension de socialisation des élèves. L’organisation est confiée aux municipalités et aux directions d’établissement, mais un cadrage national émerge quant à la temporalité, puisque ces fêtes se tiennent majoritairement à la fin de l’année scolaire. Parfois, la date choisie par les communes tenues par la gauche correspond à celle du jeudi de l’Ascension, préfigurant un défi ouvert du modèle laïque et publique contre celui confessionnel et privé, ce qui peut expliquer la faible diffusion de ces fêtes officielles en Alsace jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. En outre, pendant ce genre de fêtes, la créativité des enfants n’est que peu mise en valeur : en présence des corps enseignants et des autorités civiles et militaires locales, les élèves sont encadrés et se cantonnent bien souvent à des défilés en uniforme accompagnés de fanfares, tandis que la pratique gymnastique, sportive et musicale est laissée pour compte. La parenthèse de l’occupation de l’Alsace pendant le Seconde Guerre mondiale voit s’y réinstaller une pratique de fêtes propagandistes pro-allemandes. A partir des années 1950-1960, la tradition des fêtes scolaires rigidement encadrées et institutionnalisées décline au profit d’une plus grande marge de liberté laissée aux établissements. Avec l’essor et la démocratisation du tourisme, le concept de zonage scolaire est introduit dans les années 1960 pour différer les départs en vacances d’été : la recherche d’une date praticable au niveau national pour les fêtes de fin d’année devient ardue. En parallèle des fêtes précédant les vacances estivales, commencent à se tenir également des fêtes de Noël et de Pâques. Les établissements profitent des occasions festives – et notamment de la présence de parents d’élèves souvent munis d’appareils photos et de caméras – pour se montrer performants, mettant en avant leurs atours et la polyvalence des enseignements dispensés. La fête constitue une sorte de bilan de l’année scolaire qui vient de s’achever.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, dans le film, nous pouvons assister à des démonstrations artistiques variées, des mimes à la danse, des gymnastiques au chant, mettant en évidence la manière dont l’établissement réalise les consignes de l’Arrêté du 7 août 1969 relatives au développement corporel dans le cadre du « tiers temps pédagogique ». Grâce aux marges de liberté dont jouissent les établissements, ceux-ci peuvent choisir de s’écarter des codes de la tradition nationale française au sens strict pour mettre en valeur les traditions locales et régionales, ou encore emprunter des pratiques artistiques étrangères : dans le film nous assistons ainsi à des danses d’origine écossaise, à une chorale et à une danse en tenue alsacienne. Parfois, les spectacles des élèves lors des fêtes de fin d’année scolaire se complémentent de kermesses d’artistes adultes censées collecter des fonds pour l’école et le développement de ses divers projets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fêtes d’école deviennent de plus en plus populaires dans les dernières décennies du XXe siècle : moments de loisir, de jeu et de détente collective, elles réaffirment la finalité pédagogique du développement de liens fraternels entre les élèves, favorisant en outre le partage intergénérationnel tout comme le contact entre corps enseignant et familles. Si les fêtes sont de moins en moins institutionnalisées, elles demeurent néanmoins des moments solennels. Le film nous montre en effet, au-delà de l’amusement des élèves, que le nombreux public assistant aux spectacles porte une grande attention au déroulement de la fête, signe de l’importance qu’un tel moment avait assumé dans la vie locale. Par ailleurs, la plupart des assistants sont bien habillés, certains portent même des prestigieux parapluies d’été : dans ce moment de contact entre plusieurs univers - celui des familles, des enseignants et des élèves -, chacun fait de son mieux pour bien se présenter en société. Les tenues et l’attitude distinguées du public nous confirment que les parents d’élèves de l’établissement de Notre-Dame de Sion sont majoritairement issus de milieux aisés. La Congrégation de Notre-Dame de Sion avait été fondée en 1843 par les frères strasbourgeois Théodore et Alphonse Ratisbonne, juifs convertis au catholicisme. C’est en 1919 que leur institution ouvre une école à Strasbourg : établissement privé et payant, il dispense un enseignement d’empreinte religieuse d’abord aux seules filles, et dès 1962 en mixité. L’école est installée en 1950 au 2 rue Erckmann-Chatrian à Strasbourg et, depuis la loi Debré de 1959, a accédé au statut d’école privée sous contrat d’association avec l’Etat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour plus d’informations sur la création de l’école et ses particularités pédagogiques, se référer à la fiche d’analyse des films [https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php/Bas:F%C3%AAte_d%27%C3%A9cole_juin_1984_(0093FI0017) Fête d'école juin 1984] et [https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php/Bas:Ecole_1985_(0093FI0020)#tab.3DTh_C3_A9matiques Ecole 1985]&lt;br /&gt;
|Bibliographie=Jeanne Benay, Jean-Marc Leveratto (dir.), ''Culture et histoire des spectacles en Alsace et en Lorraine. De l’annexion à la centralisation (1871-1946)'', Berne, Peter Lang, 2005.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Bleze, Georges Fischer, Jean Claude Streicher, ''Histoire des Alsaciens'', Luçon, Fernand Nathan, 1979.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie Gillig, ''Bilinguisme et religion à l'école : la question scolaire en Alsace de 1918 à nos jours'', Strasbourg, la Nuée bleue, 2012.&lt;br /&gt;
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Jean-Marie Gillig, ''L'école laïque en Alsace et en Moselle : Une histoire inachevée'', Paris, L’Harmattan, 2017.&lt;br /&gt;
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Jacques Lavigne, ''L'école primaire en Alsace de 1830 à 1870'', Mémoire de Maîtrise d’Histoire sous la direction de Bernard Vogler, Université Marc Bloch (Strasbourg), 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Robert Muller, Jean-Paul Schimpf, ''Parlons alsacien'', Paris, L'Harmattan, 1998.&lt;br /&gt;
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Bernard Vogler, ''Histoire culturelle de l'Alsace: du Moyen Âge à nos jours. Les très riches heures d'une région frontière'', Strasbourg, La Nuée bleue, 1994. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Anne Wolf, Jean-Luc Neth, ''Quelques paillettes, un peu de soie. Coiffes d'Alsace du XVIIe et du début du XIXe siècle'', Colmar, Musée Unterlinden, 2009.&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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|Resume_fr=Ce film en Super 8mm, muet et en couleur, nous montre une sélection de scènes d’un spectacle de fête de fin d’année, dans la cour de l'école maternelle et primaire Notre-Dame-de-Sion à Strasbourg, au courant de l’été 1981. Le réalisateur, Michel Daussin, probablement parent d’élève, filme plusieurs moments de jeux et démonstrations artistiques effectués par différentes classes, chacune placée sous la direction des maîtresses et vraisemblablement sous fond de musique. Le corps enseignant introduit à l’aide d’un microphone les différents moments et anime les intervalles de la fête.&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=La première classe (minute 00:12 – 01:38) semble réaliser un jeu de rôle autour du thème des animaux : les enfants miment les gestes des lapins, puis concluent par des rondes, main dans la main. Certains portent des masques d’animaux identiques (probablement confectionnées en classe ou achetées dans une même boutique), tandis que d’autres portent des bonnets ressemblant aux fichus blancs traditionnels alsaciens. La deuxième classe (minute 01:39 – 02:45) fait un spectacle semblable : plusieurs enfants portent des bonnets ou des costumes intégraux d’animaux, dont la plupart sont confectionnés à l’identique ; ils miment leurs gestes d’abord de manière statique les uns face aux autres, puis en réalisent des rondes la main dans la main, et enfin se livrant à un jeu en couple où l’élève débout mime une créature féroce tandis que l’élève assis joue le rôle de la proie. Le spectacle de la troisième classe (minute 02:46 – 03:51) met en scène des élèves habillés à l’identique : répartis en deux équipes, ils effectuent d’abord des gestes de gymnastique rythmique, puis de danse de groupe, de couple et individuelle. La démonstration de la quatrième classe (minute 04:05 – 04:39), composée exclusivement de filles, consiste en une épreuve de chant. Les élèves sont habillées à l’identique et portent toutes une coiffe à nœud rouge issue de la tradition alsacienne. La cinquième classe (minute 04:40 – 05:04) est elle aussi composée exclusivement de filles, ornées de la coiffe traditionnelle alsacienne à nœud rouge ou bleu. Elles exécutent une danse en cercle circassien, tradition d’emprunt écossais depuis la fin du XIXe siècle et devenue populaire dans les milieux folkloriques français dans les années 1970 ; cette pratique est particulièrement adaptée aux enfants du fait de sa simplicité et convivialité. Quant à la coiffe à nœud (Schlupkapp), il s’agit de l’un des habits emblématiques du folklore alsacien, dont les premières traces remontent déjà à la fin du Moyen-Age. Tout comme les costumes alsaciens en général, les coiffes féminines elles aussi ont connu des multiples évolutions au fil des siècles, préfigurant une multitude de variétés en fonction des aires géographies et des cultes professés. Le port de la coiffe a décliné progressivement dès le début du XXe siècle, lorsque l’exode rural, l’urbanisation et l’industrialisation des campagnes ont poussée à l’introduction de coutumes vestimentaires plus sobres et plus pratiques pour l’usage courant, reléguant le port de costumes traditionnels aux occasions de fêtes et célébrations publiques.&lt;br /&gt;
La tradition des fêtes scolaires dans les écoles maternelles et primaires est plutôt récente en Alsace au moment où le film est tourné. Avant 1871, il n’existe pas de véritable tradition française de ce genre de fêtes, laissées plutôt à la discrétion des corps enseignants et divergeant ainsi tant en termes de géographie que de temporalité. Dans le Reichsland s’installe une tradition de fêtes scolaires à vocation propagandiste, censée célébrer les grandes victoires et les moments-clés de la vie politique impériale, afin de gagner la jeunesse alsacienne-lorraine à la cause de pro-allemande. Lorsque les deux provinces redeviennent françaises en 1918, se diffuse dans le pays à partir des années 1920 la tradition des « Fêtes de la jeunesse des écoles publiques », mettant en avant annuellement les valeurs républicaines, la centralité de l’école publique ainsi que la dimension de socialisation des élèves. L’organisation est confiée aux municipalités et aux directions d’établissement, mais un cadrage national émerge quant à la temporalité, puisque ces fêtes se tiennent majoritairement à la fin de l’année scolaire. Parfois, la date choisie par les communes tenues par la gauche correspond à celle du jeudi de l’Ascension, préfigurant un défi ouvert du modèle laïque et publique contre celui confessionnel et privé, ce qui peut expliquer la faible diffusion de ces fêtes officielles en Alsace jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. En outre, pendant ce genre de fêtes, la créativité des enfants n’est que peu mise en valeur : en présence des corps enseignants et des autorités civiles et militaires locales, les élèves sont encadrés et se cantonnent bien souvent à des défilés en uniforme accompagnés de fanfares, tandis que la pratique gymnastique, sportive et musicale est laissée pour compte. La parenthèse de l’occupation de l’Alsace pendant le Seconde Guerre mondiale voit s’y réinstaller une pratique de fêtes propagandistes pro-allemandes. A partir des années 1950-1960, la tradition des fêtes scolaires rigidement encadrées et institutionnalisées décline au profit d’une plus grande marge de liberté laissée aux établissements. Avec l’essor et la démocratisation du tourisme, le concept de zonage scolaire est introduit dans les années 1960 pour différer les départs en vacances d’été : la recherche d’une date praticable au niveau national pour les fêtes de fin d’année devient ardue. En parallèle des fêtes précédant les vacances estivales, commencent à se tenir également des fêtes de Noël et de Pâques. Les établissements profitent des occasions festives – et notamment de la présence de parents d’élèves souvent munis d’appareils photos et de caméras – pour se montrer performants, mettant en avant leurs atours et la polyvalence des enseignements dispensés. La fête constitue une sorte de bilan de l’année scolaire qui vient de s’achever.&lt;br /&gt;
Ainsi, dans le film, nous pouvons assister à des démonstrations artistiques variées, des mimes à la danse, des gymnastiques au chant, mettant en évidence la manière dont l’établissement réalise les consignes de l’Arrêté du 7 août 1969 relatives au développement corporel dans le cadre du « tiers temps pédagogique ». Grâce aux marges de liberté dont jouissent les établissements, ceux-ci peuvent choisir de s’écarter des codes de la tradition nationale française au sens strict pour mettre en valeur les traditions locales et régionales, ou encore emprunter des pratiques artistiques étrangères : dans le film nous assistons ainsi à des danses d’origine écossaise, à une chorale et à une danse en tenue alsacienne. Parfois, les spectacles des élèves lors des fêtes de fin d’année scolaire se complémentent de kermesses d’artistes adultes censées collecter des fonds pour l’école et le développement de ses divers projets.&lt;br /&gt;
Les fêtes d’école deviennent de plus en plus populaires dans les dernières décennies du XXe siècle : moments de loisir, de jeu et de détente collective, elles réaffirment la finalité pédagogique du développement de liens fraternels entre les élèves, favorisant en outre le partage intergénérationnel tout comme le contact entre corps enseignant et familles. Si les fêtes sont de moins en moins institutionnalisées, elles demeurent néanmoins des moments solennels. Le film nous montre en effet, au-delà de l’amusement des élèves, que le nombreux public assistant aux spectacles porte une grande attention au déroulement de la fête, signe de l’importance qu’un tel moment avait assumé dans la vie locale. Par ailleurs, la plupart des assistants sont bien habillés, certains portent même des prestigieux parapluies d’été : dans ce moment de contact entre plusieurs univers - celui des familles, des enseignants et des élèves -, chacun fait de son mieux pour bien se présenter en société. Les tenues et l’attitude distinguées du public nous confirment que les parents d’élèves de l’établissement de Notre-Dame de Sion sont majoritairement issus de milieux aisés. La Congrégation de Notre-Dame de Sion avait été fondée en 1843 par les frères strasbourgeois Théodore et Alphonse Ratisbonne, juifs convertis au catholicisme. C’est en 1919 que leur institution ouvre une école à Strasbourg : établissement privé et payant, il dispense un enseignement d’empreinte religieuse d’abord aux seules filles, et dès 1962 en mixité. L’école est installée en 1950 au 2 rue Erckmann-Chatrian à Strasbourg et, depuis la loi Debré de 1959, a accédé au statut d’école privée sous contrat d’association avec l’Etat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour plus d’information sur la création de l’école et ses particularités pédagogiques, se référer à la fiche d’analyse des films [https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php/Bas:F%C3%AAte_d%27%C3%A9cole_juin_1984_(0093FI0017) Fête d'école juin 1984] et [https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php/Bas:Ecole_1985_(0093FI0020)#tab.3DTh_C3_A9matiques Ecole 1985]&lt;br /&gt;
|Bibliographie=Jeanne Benay, Jean-Marc Leveratto (dir.), ''Culture et histoire des spectacles en Alsace et en Lorraine. De l’annexion à la centralisation (1871-1946)'', Berne, Peter Lang, 2005.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Bleze, Georges Fischer, Jean Claude Streicher, ''Histoire des Alsaciens'', Luçon, Fernand Nathan, 1979.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie Gillig, ''Bilinguisme et religion à l'école : la question scolaire en Alsace de 1918 à nos jours'', Strasbourg, la Nuée bleue, 2012.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie Gillig, ''L'école laïque en Alsace et en Moselle : Une histoire inachevée'', Paris, L’Harmattan, 2017.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacques Lavigne, ''L'école primaire en Alsace de 1830 à 1870'', Mémoire de Maîtrise d’Histoire sous la direction de Bernard Vogler, Université Marc Bloch (Strasbourg), 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Robert Muller, Jean-Paul Schimpf, ''Parlons alsacien'', Paris, L'Harmattan, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Vogler, ''Histoire culturelle de l'Alsace: du Moyen Âge à nos jours. Les très riches heures d'une région frontière'', Strasbourg, La Nuée bleue, 1994. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Anne Wolf, Jean-Luc Neth, ''Quelques paillettes, un peu de soie. Coiffes d'Alsace du XVIIe et du début du XIXe siècle'', Colmar, Musée Unterlinden, 2009.&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php?title=F%C3%AAte_d%27%C3%A9cole_(0093FI0014)&amp;diff=13638</id>
		<title>Fête d'école (0093FI0014)</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php?title=F%C3%AAte_d%27%C3%A9cole_(0093FI0014)&amp;diff=13638"/>
		<updated>2020-01-27T19:30:53Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Oui&lt;br /&gt;
|titre=Fête d'école&lt;br /&gt;
|fonds=Daussin&lt;br /&gt;
|idSupport=0093FI0014&lt;br /&gt;
|dateDebut=1981&lt;br /&gt;
|video=0093FI0014_1&lt;br /&gt;
|institution_dorigine=MIRA&lt;br /&gt;
|coloration=Couleur&lt;br /&gt;
|son=Muet&lt;br /&gt;
|timecode=00:00:00&lt;br /&gt;
|duree=00:05:18&lt;br /&gt;
|genre=Film_amateur&lt;br /&gt;
|format_original=Super 8 mm&lt;br /&gt;
|droits=MIRA&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Daussin, Michel&lt;br /&gt;
|apercu=Fêteécole.jpg&lt;br /&gt;
|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
|userrealname=Lola Romieux&lt;br /&gt;
|datesignature=2020-01-20&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Ce film en Super 8mm, muet et en couleur, nous montre une sélection de scènes d’un spectacle de fête de fin d’année, dans la cour de l'école maternelle et primaire Notre-Dame-de-Sion à Strasbourg, au courant de l’été 1981. Le réalisateur, Michel Daussin, probablement parent d’élève, filme plusieurs moments de jeux et démonstrations artistiques effectués par différentes classes, chacune placée sous la direction des maîtresses et vraisemblablement sous fond de musique. Le corps enseignant introduit à l’aide d’un microphone les différents moments et anime les intervalles de la fête.&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=La première classe (minute 00:12 – 01:38) semble réaliser un jeu de rôle autour du thème des animaux : les enfants miment les gestes des lapins, puis concluent par des mouvements collectifs en cercle, main dans la main. Certains portent des masques d’animaux identiques (probablement confectionnées en classe ou achetées dans une même boutique), tandis que d’autres portent des bonnets ressemblant aux fichus blancs traditionnels alsaciens. La deuxième classe (minute 01:39 – 02:45) fait un spectacle semblable : plusieurs enfants portent des bonnets ou des costumes intégraux d’animaux, dont la plupart sont confectionnés à l’identique ; ils miment leurs gestes d’abord de manière statique les uns face aux autres, puis en réalisent des mouvements en cercle main dans la main, et enfin se livrant à un jeu en couple où l’élève débout mime une créature féroce tandis que l’élève assis joue le rôle de la proie. Le spectacle de la troisième classe (minute 02:46 – 03:51) met en scène des élèves habillés à l’identique : répartis en deux équipes, ils effectuent d’abord des gestes de gymnastique rythmique, puis de danse de groupe, de couple et individuelle. La démonstration de la quatrième classe (minute 04:05 – 04:39), composée exclusivement de filles, consiste en une épreuve de chant. Les élèves sont habillées à l’identique et portent toutes une coiffe à nœud rouge issue de la tradition alsacienne. La cinquième classe (minute 04:40 – 05:04) est elle aussi composée exclusivement de filles, ornées de la coiffe traditionnelle alsacienne à nœud rouge ou bleu. Elles exécutent une danse en cercle circassien, tradition d’emprunt écossais depuis la fin du XIXe siècle et devenue populaire dans les milieux folkloriques français dans les années 1970 ; cette pratique est particulièrement adaptée aux enfants du fait de sa simplicité et convivialité. Quant à la coiffe à nœud (''Kapp''), il s’agit de l’un des habits emblématiques du folklore alsacien, dont les premières traces remontent déjà à la fin du Moyen-Age. Tout comme les costumes alsaciens en général, les coiffes féminines elles aussi ont connu des multiples évolutions au fil des siècles, préfigurant une multitude de variétés en fonction des aires géographies et des cultes professés. Le port de la coiffe a décliné progressivement dès le début du XXe siècle, lorsque l’exode rural, l’urbanisation et l’industrialisation des campagnes ont poussée à l’introduction de coutumes vestimentaires plus sobres et plus pratiques pour l’usage courant, reléguant le port de costumes traditionnels aux occasions de fêtes et célébrations publiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tradition des fêtes scolaires dans les écoles maternelles et primaires est plutôt récente en Alsace au moment où le film est tourné. Avant 1871, il n’existe pas de véritable tradition française de ce genre de fêtes, laissées plutôt à la discrétion des corps enseignants et divergeant ainsi tant en termes de géographie que de temporalité. Dans le ''Reichsland'' s’installe une tradition de fêtes scolaires à vocation propagandiste, censée célébrer les grandes victoires et les moments-clés de la vie politique impériale, afin de gagner la jeunesse alsacienne-lorraine à la cause de pro-allemande. Lorsque les deux provinces redeviennent françaises en 1918, se diffuse dans le pays à partir des années 1920 la tradition des « Fêtes de la jeunesse des écoles publiques », mettant en avant annuellement les valeurs républicaines, la centralité de l’école publique ainsi que la dimension de socialisation des élèves. &lt;br /&gt;
L’organisation est confiée aux municipalités et aux directions d’établissement, mais un cadrage national émerge quant à la temporalité, puisque ces fêtes se tiennent majoritairement à la fin de l’année scolaire. Parfois, la date choisie par les communes tenues par la gauche correspond à celle du jeudi de l’Ascension, préfigurant un défi ouvert du modèle laïque et publique contre celui confessionnel et privé, ce qui peut expliquer la faible diffusion de ces fêtes officielles en Alsace jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. En outre, pendant ce genre de fêtes, la créativité des enfants n’est que peu mise en valeur : en présence des corps enseignants et des autorités civiles et militaires locales, les élèves sont encadrés et se cantonnent bien souvent à des défilés en uniforme accompagnés de fanfares, tandis que la pratique gymnastique, sportive et musicale est laissée pour compte. La parenthèse de l’occupation de l’Alsace pendant le Seconde Guerre mondiale voit s’y réinstaller une pratique de fêtes propagandistes pro-allemandes. &lt;br /&gt;
A partir des années 1950-1960, la tradition des fêtes scolaires rigidement encadrées et institutionnalisées décline au profit d’une plus grande marge de liberté laissée aux établissements. Avec l’essor et la démocratisation du tourisme, le concept de zonage scolaire est introduit dans les années 1960 pour différer les départs en vacances d’été : la recherche d’une date praticable au niveau national pour les fêtes de fin d’année devient ardue. En parallèle des fêtes précédant les vacances estivales, commencent à se tenir également des fêtes de Noël et de Pâques. Les établissements profitent des occasions festives – et notamment de la présence de parents d’élèves souvent munis d’appareils photos et de caméras – pour se montrer performants, mettant en avant leurs atours et la polyvalence des enseignements dispensés. La fête constitue une sorte de bilan de l’année scolaire qui vient de s’achever. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, dans le film, nous pouvons assister à des démonstrations artistiques variées, des mimes à la danse, des gymnastiques au chant. Grâce aux marges de liberté dont jouissent les établissements, ceux-ci peuvent choisir de s’écarter des codes de la tradition nationale française au sens strict pour mettre en valeur les traditions locales et régionales, ou encore emprunter des pratiques artistiques étrangères : dans le film nous assistons ainsi à des danses d’origine écossaise, à une chorale et à une danse en tenue alsacienne. Parfois, les spectacles des élèves lors des fêtes de fin d’année scolaire se complémentent de kermesses d’artistes adultes censées collecter des fonds pour l’école et le développement de ses divers projets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fêtes d’école deviennent de plus en plus populaires dans les dernières décennies du XXe siècle : moments de loisir, de jeu et de détente collective, elles réaffirment les liens fraternels entre les élèves, favorisent le partage intergénérationnel tout comme le contact entre corps enseignant et familles. Si les fêtes sont de moins en moins institutionnalisées, elles demeurent néanmoins des moments solennels. Le film nous montre en effet, au-delà de l’amusement des élèves, que le nombreux public assistant aux spectacles porte une grande attention au déroulement de la fête, signe de l’importance qu’un tel moment avait assumé dans la vie locale. Par ailleurs, la plupart des assistants sont bien habillés, certains portent même des prestigieux parapluies d’été : dans ce moment de contact entre plusieurs univers - celui des familles, des enseignants et des élèves -, chacun fait de son mieux pour bien se présenter en société.&lt;br /&gt;
|Bibliographie=Jeanne Benay, Jean-Marc Leveratto (dir.), ''Culture et histoire des spectacles en Alsace et en Lorraine. De l’annexion à la centralisation (1871-1946)'', Berne, Peter Lang, 2005.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Bleze, Georges Fischer, Jean Claude Streicher, ''Histoire des Alsaciens'', Luçon, Fernand Nathan, 1979.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie Gillig, ''Bilinguisme et religion à l'école : la question scolaire en Alsace de 1918 à nos jours'', Strasbourg, la Nuée bleue, 2012.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie Gillig, ''L'école laïque en Alsace et en Moselle : Une histoire inachevée'', Paris, L’Harmattan, 2017.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacques Lavigne, ''L'école primaire en Alsace de 1830 à 1870'', Mémoire de Maîtrise d’Histoire sous la direction de Bernard Vogler, Université Marc Bloch (Strasbourg), 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Robert Muller, Jean-Paul Schimpf, ''Parlons alsacien'', Paris, L'Harmattan, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Vogler, ''Histoire culturelle de l'Alsace: du Moyen Âge à nos jours. Les très riches heures d'une région frontière'', Strasbourg, La Nuée bleue, 1994. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Anne Wolf, Jean-Luc Neth, ''Quelques paillettes, un peu de soie. Coiffes d'Alsace du XVIIe et du début du XIXe siècle'', Colmar, Musée Unterlinden, 2009.&lt;br /&gt;
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		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<id>https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php?title=La_Schlucht(0113FH0017)&amp;diff=13614</id>
		<title>La Schlucht(0113FH0017)</title>
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		<updated>2020-01-21T19:33:20Z</updated>

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|apercu=Schlucht.jpg&lt;br /&gt;
|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
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|Resume_fr=Ce film en 8mm, muet et en couleur, nous montre une sélection de scènes de loisir hivernal d’une famille alsacienne en 1952 au cours d’une journée passée à la station de ski du col de la Schlucht. &lt;br /&gt;
Il s’agit de l’un des cols les plus importants des Hautes Vosges, situé entre les localités de Valtin (88) et Stosswihr (68), constituant une frontière naturelle entre la Lorraine et l’Alsace à 1.139m d’altitude. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le réalisateur est Robert Lehmann, né en 1901 : issu du milieu bourgeois alsacien, propriétaire d’une maison et d’un bateau à Strasbourg, passionné de sports divers (pêche, ski, nautique) et habitué du tourisme, le cinéaste filme ici trois éléments de la pratique de ski. D’abord, les infrastructures modernes du col de la Schlucht dont notamment le téléski (minutes 00:01 – 00:23). Ensuite, le paysage naturel environnant symbolisé par les arbres enneigés des chaumes du Montabey (minutes 00:24 – 00:28). Enfin, sa femme et ses enfants aux prises avec l’apprentissage des gestes de ski à l’aide d’un enseignant particulier (minutes 00:29 – 1:24). Les membres de la famille Lehmann sourient et sont heureux de se faire filmer dans cet apprentissage et de démontrer à la caméra les progrès réalisés.&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr='''Un site touristique prestigieux et exclusif'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Schlucht a pendant longtemps été considérée comme inaccessible et impraticable. La première voie carrossable passant par le col, reliant Colmar et la vallée de la Fecht à Gérardmer et à la vallée des Lacs, n’est aménagée qu’en 1842-1869 par une initiative privée, celle de la famille colmarienne des Hartmann, propriétaires des manufactures textiles de la vallée de Munster. La route est ensuite continuée par les autorités départementales sous la direction du géologue Henri Charles Hogard (1808-1880), aménageant notamment le tracé du Collet à Gérardmer. C’est encore la famille Hartmann qui fait ériger à l’Altenberg, près du col, un relais de chasse, transformé bientôt en un chalet luxueux inauguré par Napoléon III et sa cour en 1860. En 1864, le chalet Hartmann est converti en hôtel à destination de notables, ministres, ecclésiastiques et célébrités. Il se dote d’un terrain de tennis au Montabey et d’un golf aux Trois-Fours. Napoléon III et sa cour y séjournent encore en 1865 et 1867. Après l’annexion de l’Alsace en 1871, la Schlucht devient un poste-frontière stratégique, mais malgré sa militarisation elle demeure une destination privilégiée. En 1908, Guillaume II la choisit pour sa villégiature estivale, ce qui contribue à sa renommée en tant qu’endroit de tourisme de luxe de la Belle Epoque allemande. Avant la Grande Guerre, le col est fréquenté surtout en été, constituant le point de départ de nombreuses randonnées panoramiques dans le parc du Ballon des Vosges. Ainsi, le Sentier des Roches (''Strohmeyerpfad'') est aménagé entre juillet 1910 et août 1912 à l’initiative d’Heinrich Strohmeyer, garde général des Eaux et Forêts et président du Club Vosgien de Munster de 1908 à 1914. Reliant la Schlucht au Frankenthal, il demeure toutefois inaccessible en hiver. Le sanatorium et station thermale Altenberg de Stosswihr, fondé en 1896, attire lui aussi une clientèle d’exception au fil des années : le kaiser Guillaume II, le lord et premier ministre britannique Robert Cecil, le président français Raymond Poincaré, ou encore la reine des Pays-Bas Wilhelmina d’Orange-Nassau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Tram Gérardmer-Schlucht.jpg|vignette|Carte postale du tramway français atteignant la Schlucht depuis Gérardmer (Creative Commons)]]&lt;br /&gt;
[[Fichier:Tram Munster.jpg|vignette|Carte postale du tramway allemand atteignant la Schlucht depuis Munster (Creative Commons)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux lignes de tramway électrique sont inaugurées au début du XXe siècle essentiellement pour favoriser l’essor du tourisme local. En 1904, du côté français est lancée la ligne Gérardmer-Retournemer-Schlucht-Hohneck, à adhérence simple et à voie unique : elle est gérée par une succession de compagnies de transports privées et reste active jusqu’en 1940. En 1907, du côté allemand, est inaugurée la ligne Munster-Schlucht (''Münsterschluchtbahn''), à crémaillère éphémère de type Strub et à voie unique : elle est gérée par l’''Elektrizität und Bahngesellschaft Münster-Schlucht'' et reste active jusqu’en 1914. Le tracé entier des deux lignes n’est garanti que pendant l’été, tandis qu’en hiver le col de la Schlucht n’est quasiment jamais desservi. Néanmoins, les skieurs gagnent un temps considérable pour rejoindre le col. Plusieurs projets d’aménagement des lignes pour le service hivernal tombent successivement à l’eau avant et après la Grande Guerre. Les deux tracés sont reliés et utilisés dès août 1914 par le corps du génie de l’armée française : le col voit ses terminus de tram agrandis mais convertis en bâtiments militaires. La Schlucht devient l’un des passages clé de la Route des Crêtes (que nous voyons, enneigée, aux minutes 00:09 - 00:12), mise en place dès juin 1915 par le général Augustin Dubail (1851-1934) pour relier le col des Bagenelles au Markstein afin d’assurer le soutien logistique du front avancé en Alsace et la défense française des Vosges. Démilitarisée et rendue accessible au public et au transit dès 1920, la Schlucht demeure une destination touristique privilégiée lorsque l’Alsace redevient française. La Route des Crêtes est convertie en sentier de la Schlucht au Hohneck : elle attire les randonneurs et commence à être pratiqué également en hiver en ski de fond et en raquettes. En 1931, le Tour de France passe pour la première fois par le col au cours de la 20e étape (passage groupé). La même année, Georges Simenon écrit ''Le Relais d’Alsace'', dont l’action se déroule dans un hôtel homonyme mais fictif sur le col de la Schlucht. La fréquentation reste stable mais majoritairement huppée tout au long des années 1930, et ce malgré l’état d’abandon du chalet-hôtel Hartmann depuis 1930 (il sera finalement détruit en 1946). C’est encore le prestige du site du col qui pousse Hitler à y séjourner quelques jours en 1940. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Douane.jpg|vignette|Carte postale française (Creative Commons)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un berceau des sports d’hiver vosgiens'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si au XIXe siècle la pratique du ski était surtout utilitaire, servant aux bûcherons pour monter en forêt ainsi qu’aux armées pour se déplacer en montagne, vers la fin du XIXe et au début du XXe siècle la conception du ski évolue rapidement vers celle d’une pratique sportive, tant de compétition que de loisir, connectée également à la recherche de bien-être, d’air pur et de retour à la nature telle que prêchée par le mouvement hygiéniste allemand. Les Vosges sont considérées comme un massif pionnier et influent de l’histoire du ski français et allemand : c’est ici, avant même que dans les Alpes, qu’apparaissent les premiers skieurs sportifs, et le col de la Schlucht y occupe une place centrale tant du côté allemand que français. Ce col connaît en effet un développement précoce des sports d’hiver empruntés de la tradition scandinave. Dès 1905 s’y tiennent des compétitions de ski sous la houlette de l’''Elsass-Lothringischer Ski-Verband'', fédérant la plupart des Ski Clubs, alors qu’en 1910 s’y tient un championnat militaire allemand de sports d’hiver (ski, luge, bobsleigh, ski-jöring). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le col bénéficie des tendances positives qui se manifestent dans les régions limitrophes, dont notamment les fondations d’associations d’amateurs se multipliant dans les années 1890-1910. Du côté allemand, les clubs vosgiens sont initiés et composés principalement par des citadins alsaciens : le ''Ski-Club Vogesen'' à Strasbourg en 1896, le ''Schneeschuhverein Hochvogesen Colmar'' en 1905, le ''Ski-Club Vogesen Mühlhausen'' en 1910. Du côté français, les Ski Clubs de Bruyères en 1895, de la Haute-Meurthe (SHM) en 1908, de Remiremont en 1909 et de Bussang en 1911 sont les premiers clubs vosgiens et figurent parmi les premiers français. Sous l’impulsion de la Société des sports d’hiver constituée à Gérardmer en 1908-1909, la station de ski de la ville devient un centre névralgique d’organisation de compétitions sportives : elle organise annuellement sa « Grande Semaine d’Hiver » dès 1910, et en 1913 elle héberge la « Semaine internationale de ski » chapeautée par le Club Alpin Français. Gérardmer dépose sa candidature pour héberger les premiers Jeux Olympiques d’Hiver de 1924, mais le choix du comité national olympique tombe finalement sur la ville de Chamonix. Dans les années 1920, les Ski Clubs sont à l’initiative de nombreux travaux d’aménagement des sites touristiques hivernaux : les communes, désireuses d’exploiter le potentiel touristique, donnent volontiers leur accord pour l’inauguration des pistes, l’électrification des sites, mais surtout l’établissement de chalets, refuges et sites de restauration. Ces derniers sont réalisés par la rénovation et la conversion de bâtiments préexistants qui sont rachetés par les clubs ou cédés par des sympathisants, ou bien par l’occupation temporaire de lieux que les fermiers n’utilisaient pas en hiver. Cependant, les clubs demeurent composés d’un nombre restreint de membres, majoritairement des notables issus de l’armée et d’une élite bourgeoise urbaine et industrielle. La connexion de ce milieu de consommateurs de la montagne avec celui de ses habitants demeure initialement compliquée. Les cotisations élevées contribuent à faire des clubs des lieux d’exclusivité. De même, l’insuffisance et les dysfonctionnements des transports en commun reliant les cols vosgiens, notamment pendant la saison hivernale, obligent les skieurs à atteindre les cols en taxi, en navettes de véhicule-remorques, en autobus, avec leur propre voiture, ou bien à pied, ce qui contribue à limiter l’accès à la pratique du ski à la grande majorité de la population.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Ski Clubs vosgiens ne connaissent d’essor véritable ni de prémisses de démocratisation que dans les années 1930, souvent sous l’égide du Club Vosgien et en conséquence de l’engouement populaire autour des compétitions internationales qui se tiennent au site du Markstein au fil des années 1920. En parallèle, des communes alsaciennes et lorraines commencent à investir davantage dans le développement de stations de ski dotées d’infrastructures modernes afin d’en exploiter le potentiel économique d’attrait d’un tourisme de masse. Des entreprises dédiées à la fabrication de matériaux pour les sports d’hiver s’installent à proximité des stations. Jusqu’à la création de la SNCF en 1937, la Compagnie des chemins de fer de l’Est et l’Administration des chemins de fer d'Alsace et de Lorraine proposent des billets combinés train/autocar pour permettre au plus grand nombre d’atteindre les sites de ski, autrement laissés exclusivement aux entreprises privées de transports routiers, souvent en situation de monopole sur les divers tracés. Encore, des organisations de compétition voient le jour au sein ou bien en parallèle des clubs d’amateurs, et contribuent à créer les conditions pour une hausse des investissements infrastructurels notamment dans les cols de grande altitude, où l’enneigement est plus sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:TKE1.jpg|vignette|Téléski de la Schlucht installé en 1937 (remontees-mecaniques.net)]]&lt;br /&gt;
Paradoxalement, probablement du fait du caractère élitiste des clubs vosgiens, les premières infrastructures de remonte-pente sont installées plus tardivement dans les Vosges que dans les autres régions françaises du Massif Central, des Alpes, des Préalpes et des Pyrénées. En outre, la France est globalement en retard par rapport aux innovations des ingénieurs allemands, autrichiens et suisses des années 1910-1920, celles-ci rendant possible, au milieu des années 1930, l’essor au niveau mondial de téléskis plus légers, plus maniables et moins coûteux. Toutefois, au niveau alsacien-lorrain, c’est précisément la Schlucht qui devient un terrain d’expérimentation et une cible prioritaire du développement des infrastructures du tourisme hivernal régional. Une première remontée mécanique rudimentaire actionnée par un moteur thermique à essence est installée en 1922 et hisse les skieurs au haut des chaumes du Montabey, desquels ils redescendent vers le col. Cette première structure est remplacée en 1937 par un véritable téléski TKE1 à enrouleurs : il s’agit du premier téléski alsacien-lorrain et du seul fonctionnant avant-guerre dans le massif vosgien. Opérationnel déjà pour la saison d’hiver 1937-1938, il semble avoir été installé par les ingénieurs de l’Ecole des Ponts et Chaussées. Le départ est situé en pleine pente, près des chaumes du Montabey, en amont de la ligne de tram menant au Hohneck qui était encore active. Toutefois, le TKE1 fonctionne avec un système d’ancre particulièrement inconfortable pour les skieurs, les accrochant par derrière et leur faisant mordre la neige le long du trajet. Ainsi, déjà en 1950 cet appareil est remplacé à son tour par un premier remonte-pente à enrouleurs TKE2/TSF1 réversible (téléski à deux places d’hiver, télésiège monoplace d’été, un modèle plutôt courant à l’époque). C’est ce téléski qui est actif en 1952 et qui est donc filmé par Lehmann (minutes 00:01 – 00:23). La licence pour la construction est probablement délivrée à l’entreprise de l’ingénieur mécanique suisse Ernst Constam (1888-1965), pionnier de l'aide à l'escalade mécanique moderne pour les sports d’hiver ainsi qu’inventeur du téléski à arbalètes et du télésiège (pour lesquels il détient le brevet et dont en réalisera une bonne centaine au cours de sa vie tant en Europe qu’aux Etats-Unis). Ce remonte-pente détient un fort attrait panoramique : il passe au-dessus de la Route des Crêtes et mène aux chaumes du Montabey (dont le réalisateur filme les arbres enneigés aux minutes 00:24 - 00-28), d'où partent plusieurs pistes (visibles aux minutes 00:26 - 00:28). Le téléski s’étend sur une partie de l’ancienne plate-forme des trams Gérardmer-Retournemer-Schlucht-Hohneck et peut en effet profiter de ces infrastructures préexistantes après leur abandon : le service de tramways ayant été suspendu dès août 1940 du fait de l’occupation allemande, le tracé est dégagé dans l’après-guerre puis déclassé par décret le 19 décembre 1950. Le point de départ du remonte-pente correspond à l’ancien point d’arrivée des trams au col (dont la cabane est visible aux minutes 00:04 - 00:05 et 00:14 - 00:18). Le TKE2/TSF1 permet une amélioration du confort pour les sportifs, grâce au départ directement du col et à un système de sellette double (dite à archet ou de pioche, visible tout au long des premières séquences du film), ce qui est bénéfique également pour les exploitants du site puisque la montée par deux permet d’augmenter le débit de près de 50 %. Le système de réversibilité est moderne : le portique de compression placé devant la gare pouvait être démonté en hiver, permettant une montée plus rapide de l’arbalète, tandis qu’en été le maintien du portique laissant plus de place à l’embarquement des clients sur les sièges. Le film nous montre également qu’un employé de la station de ski aide les usagers à monter correctement et rapidement sur la sellette (minutes 00:04 et 00:16), signe qu'une bonne partie des usagers n'est toujours pas habituée à l'utilisation de ce genre d'infrastructures de ski au début des années 1950. Ayant été un facteur déterminant en termes de hausse de la fréquentation et ayant contribué à la renommée des sports d’hiver au col, le TKE2/TSF1 est doublé dans les années 1950 d’un second appareil du même type, installé à l’est du premier. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Téléski 1950.jpg|vignette|Téléski de la Schlucht installé en 1950 (remontees-mecaniques.net)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les deux guerres mondiales endommagent durablement de nombreuses infrastructures de ski de l’Est de la France (gîtes, transports, électrification, remonte-pentes), la Schlucht en est relativement préservée : dans l’immédiat après-guerre, elle peut reprendre ses activités régulières, réactiver le téléski de 1937 puis procéder rapidement à son remplacement, tandis que d’autres sites commencent à peine la reconstruction. Le Ski Club de Stosswihr, constitué le 11 octobre 1945, prend également une part importante dans la relance des activités du secteur et dans la diffusion d’une conception de l’amour pour la montagne comme facteur de propagation de valeurs humanistes en opposition aux drames de la guerre, mettant au cœur les sentiments d’entraide, partage, convivialité et solidarité sans distinction quelconque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Une démocratisation des sports d’hiver vosgiens riche en contradictions'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pistes de ski de la Schlucht sont en pente douce (nous l'apercevons aux minutes 00:26 - 00:28) et sont classées dans leur intégralité comme des « pistes bleues », ce qui permet après la guerre la reprise d’un tourisme de tout type d’amateurs, des débutants aux experts, mais surtout des familles. Dans le film, nous pouvons noter la présence de beaucoup d'enfants parmi les usagers du téléski et des pistes (minutes 00:01 - 00:06). De par cette dimension familiale, les hôteliers des régions avoisinantes, notamment de la Bresse, orientent leur clientèle sportive prioritairement vers la Schlucht. Ses pistes se prêtent à l’apprentissage des premiers gestes de ski (dont nous assistons à une démonstration aux minutes 00:29 - 01:24), ce qui explique que déjà en 1949 y soit inaugurée la première école du ski français dans les Vosges, à l’initiative de Jean-Marie Leduc (1920-2012), ancien résistant du maquis Saint-Jacques à Gérardmer et déporté au Struthof. En complément, hôtels, refuges, restaurants et parkings se multiplient dans l’immédiat après-guerre et jettent les fondements d’un véritable réseau de services, là où avant 1945 il n’existait que quelques structures disparates. Dans le film, nous apercevons de loin la rénovation de l’aile gauche du Grand Hôtel, l’une parmi les structures hôtelières les plus anciennes et les plus proches du point de départ du téléski (minute 00:01 – 00:06 et minute 00:13 – 00:18). Des chalets privés sont également construits ou aménagés à partir de structures préexistantes aux alentours du col, permettant d’héberger des familles pour des durées plus longues. Ces tendances accompagnent la relance du tourisme autour de la Schlucht et sa massification dans les deux saisons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Datant de 1952, le film se situe au plein cœur de la deuxième vague de démocratisation des sports d’hiver au cours des années 1950. Les phénomènes d’apparition d’écoles de ski, de modernisation des stations et remonte-pentes, de connexion des domaines skiables avoisinants, de développement des compétitions, de production industrielle de matériaux pour les sports d’hiver standardisés et accessibles à l’achat ou à la location à des prix modérés (tenues, skis, bâtons, raquettes, lunettes, bérets, chaussures, etc. dont nous voyons des modèles tout au long du film), se répandent progressivement. La reprise des Jeux Olympiques d’Hiver dès 1948 à Saint-Moritz (Suisse), malgré les défaillances et les polémiques qui les accompagnent, rallument l’intérêt populaire pour les sports d’hiver et introduisent des nouvelles disciplines. Si les prix d’accès aux services touristiques hivernaux baissent quelque peu, ils restent néanmoins inaccessibles pour une bonne partie de la population ouvrière. Par exemple, l’accès aux écoles de ski, souvent privées ou associatives, reste fortement conditionné par les possibilités financières des usagers : si certains peuvent se permettre le luxe de disposer d’un enseignant pour des cours particuliers, comme cela semble le cas dans le film (minutes 00:38 - 01:24), la plupart des apprenti-skieurs doivent se contenter de cours collectifs. Les communes alsaciennes et lorraines cherchent à développer le tourisme hivernal, en complément de celui estival reposant sur une tradition plus solide, pour compenser les pertes dues aux crises économiques de l’après-guerre, mais aussi pour faire face à la concurrence de plus en plus rude des installations de ski alpines, qui déjà au milieu des années 1930 remettent en cause la place de primauté du ski vosgien. Notamment, la vallée de Munster et les zones limitrophes subissent de plein fouet, après l’extinction de la dynastie Hartmann en 1950, les conséquences des deux crises textiles de 1954-1956 (saturation du marché européen et perte française du marché indochinois) et de 1958-1959 (concurrence des pays émergents d’Amérique latine et d’Inde), marquant le début d’un déclin finalement irréversible pour le secteur textile alsacien. Le développement du tourisme permet la reconversion de bâtiments et d’ouvriers licenciés, et devient ainsi une priorité stratégique pour les politiques locales sans pouvoir toutefois réabsorber complètement la crise. Cet interventionnisme municipal est un prélude à celui étatique du Plan Neige de 1964-1977 et à une urbanisation agressive des montagnes françaises en fonction du tourisme hivernal, ayant des effets néfastes du point de vue de la préservation des sites historiques et des paysages naturels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, l’interventionnisme des pouvoirs publics ne parvient pas à endiguer la tendance à un développement des infrastructures touristiques demeurant conditionné principalement par les conditions du marché et soumis aux initiatives du secteur privé. De 1948 à 1983, l’exploitant des infrastructures touristiques de la Schlucht, comme d’une grande partie du Markstein, est l’autocariste Hubert Charton (pionnier des premières stations de sports d’hiver dans les Vosges), à travers sa Société des Téléskis des Hautes Vosges, reliée dès 1956 à sa Société des Transports Automobiles des Hautes-Vosges (STAHV), basée à Épinal. C’est Charton qui chapeaute la construction du TKE2/TSF1 de 1950 et qui en devient ensuite l’unique exploiteur et bénéficiaire. Son entreprise s’occupe également d’assurer l’acheminement des skieurs sur les champs de neige, en mettant en place un système de transport par voiture-taxi depuis les villes de la région, ou par voiture-remorques depuis les gares avoisinantes. Ce monopole est perdu en 1983 lorsque les remonte-pentes de la Schlucht sont cédés à Jean-Marie Remy et à sa société Remy Loisirs (aujourd’hui Labellemontagne), première acquisition de cette entreprise bressane dans les Vosges inaugurant sa stratégie d’expansion dans le département et de connexion des domaines skiables de la Schlucht, du Collet, du Chitelet et du Hohneck (un domaine skiable connu aujourd’hui sous le nom de La Bresse-Hohneck). Déjà en 1984-1985, le nouvel exploitant procède au remplacement des deux TKE2/TSF1 à enrouleurs vieux de 30 ans : ils sont substitués d’abord par des TKE2/TSF2, puis par deux appareils modernes à perches débrayables de type Poma (TSD4), en pylônes galvanisés. En 1986, Remy procède à l’installation d’une piste de luge d’été, première en France, rendue possible par des travaux d’aménagement de la Route des Crêtes et permettant à l’entreprise d’amortir ses investissements pendant l’été. Il procède également au terrassement de la piste de ski pour retrouver une pente plus naturelle. Dès 1987, il généralise l’usage des canons à neige dans le domaine skiable.&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''L’image des Vosges. Actes du colloque d'Epinal'', 19 novembre 2016, Epinal, Archives départementales des Vosges, 2018.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Exposition. Hartmann : Un Empire Industriel'', Ville de Munster, 2016.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alban Fournier, Victor Franck, ''Les Vosges : du Donon au Ballon d'Alsace'', Strasbourg, Est Libris, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Claude Kauffmann, Grégoire Gauchet, ''Histoire des sports d’hiver et du ski en Alsace'', Pontarlier, Belvédère, 2016.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Laederich, André Jacquot, « Les trois lignes du col de la Schlucht », ''Connaissance du Rail'', n. 336-337,‎ mai-juin 2009, p. 4-15.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Robert Le Pennec, ''Sur les rails vosgiens'', Breil-sur-Roya, Cabri, 2006.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jack Lesage, Pierre Ratinaud, ''La saga des remontées mécaniques'', Grenoble, Publialp, 1993.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Michon, Thierry Terret, ''Pratiques sportives et identités locales'', Paris, L'Harmattan, 2015.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Montaz, ''Les pionniers du téléski'', compte d'auteur, 2006.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sebastien Stumpp, ''Le ski associatif en Alsace au temps du Reichsland (1896-1914) : tensions nationales, oppositions sociales, jeux institutionnels'', Thèse de Doctorat en Sociologie sous la direction de Bernard Michon, Université Marc Bloch (Strasbourg), 2007.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Histoire des téléskis », Remontées mécaniques, Consulté le 27/12/2019, URL : https://www.remontees-mecaniques.net/dossier/page-histoire-des-teleskis-51.html&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« TSD de la Schlucht », Remontées mécaniques, Consulté le 27/12/2019, URL : https://www.remontees-mecaniques.net/bdd/reportage-tsd4-de-la-schlucht-poma-883.html&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
	</entry>
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		<title>La Schlucht(0113FH0017)</title>
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		<updated>2020-01-21T19:31:07Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=La Schlucht&lt;br /&gt;
|fonds=Lehmann&lt;br /&gt;
|idSupport=0113FH0017&lt;br /&gt;
|video=0113FH0017_1&lt;br /&gt;
|institution_dorigine=MIRA&lt;br /&gt;
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|genre=Film_amateur&lt;br /&gt;
|format_original=8 mm&lt;br /&gt;
|droits=MIRA&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Lehmann, Robert&lt;br /&gt;
|apercu=Schlucht.jpg&lt;br /&gt;
|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
|userrealname=Lola Romieux&lt;br /&gt;
|datesignature=2020-01-04&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Winter sport&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Ce film en 8mm, muet et en couleur, nous montre une sélection de scènes de loisir hivernal d’une famille alsacienne en 1952 au cours d’une journée passée à la station de ski du col de la Schlucht. &lt;br /&gt;
Il s’agit de l’un des cols les plus importants des Hautes Vosges, situé entre les localités de Valtin (88) et Stosswihr (68), constituant une frontière naturelle entre la Lorraine et l’Alsace à 1.139m d’altitude. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le réalisateur est Robert Lehmann, né en 1901 : issu du milieu bourgeois alsacien, propriétaire d’une maison et d’un bateau à Strasbourg, passionné de sports divers (pêche, ski, nautique) et habitué du tourisme, le cinéaste filme ici trois éléments de la pratique de ski. D’abord, les infrastructures modernes du col de la Schlucht dont notamment le téléski (minutes 00:01 – 00:23). Ensuite, le paysage naturel environnant symbolisé par les arbres enneigés (minutes 00:24 – 00:28). Enfin, sa femme et ses enfants aux prises avec l’apprentissage des gestes de ski à l’aide d’un enseignant particulier (minutes 00:29 – 1:24). Les membres de la famille Lehmann sourient et sont heureux de se faire filmer dans cet apprentissage et de démontrer à la caméra les progrès réalisés.&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr='''Un site touristique prestigieux et exclusif'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Schlucht a pendant longtemps été considérée comme inaccessible et impraticable. La première voie carrossable passant par le col, reliant Colmar et la vallée de la Fecht à Gérardmer et à la vallée des Lacs, n’est aménagée qu’en 1842-1869 par une initiative privée, celle de la famille colmarienne des Hartmann, propriétaires des manufactures textiles de la vallée de Munster. La route est ensuite continuée par les autorités départementales sous la direction du géologue Henri Charles Hogard (1808-1880), aménageant notamment le tracé du Collet à Gérardmer. C’est encore la famille Hartmann qui fait ériger à l’Altenberg, près du col, un relais de chasse, transformé bientôt en un chalet luxueux inauguré par Napoléon III et sa cour en 1860. En 1864, le chalet Hartmann est converti en hôtel à destination de notables, ministres, ecclésiastiques et célébrités. Il se dote d’un terrain de tennis au Montabey et d’un golf aux Trois-Fours. Napoléon III et sa cour y séjournent encore en 1865 et 1867. Après l’annexion de l’Alsace en 1871, la Schlucht devient un poste-frontière stratégique, mais malgré sa militarisation elle demeure une destination privilégiée. En 1908, Guillaume II la choisit pour sa villégiature estivale, ce qui contribue à sa renommée en tant qu’endroit de tourisme de luxe de la Belle Epoque allemande. Avant la Grande Guerre, le col est fréquenté surtout en été, constituant le point de départ de nombreuses randonnées panoramiques dans le parc du Ballon des Vosges. Ainsi, le Sentier des Roches (''Strohmeyerpfad'') est aménagé entre juillet 1910 et août 1912 à l’initiative d’Heinrich Strohmeyer, garde général des Eaux et Forêts et président du Club Vosgien de Munster de 1908 à 1914. Reliant la Schlucht au Frankenthal, il demeure toutefois inaccessible en hiver. Le sanatorium et station thermale Altenberg de Stosswihr, fondé en 1896, attire lui aussi une clientèle d’exception au fil des années : le kaiser Guillaume II, le lord et premier ministre britannique Robert Cecil, le président français Raymond Poincaré, ou encore la reine des Pays-Bas Wilhelmina d’Orange-Nassau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Tram Gérardmer-Schlucht.jpg|vignette|Carte postale du tramway français atteignant la Schlucht depuis Gérardmer (Creative Commons)]]&lt;br /&gt;
[[Fichier:Tram Munster.jpg|vignette|Carte postale du tramway allemand atteignant la Schlucht depuis Munster (Creative Commons)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux lignes de tramway électrique sont inaugurées au début du XXe siècle essentiellement pour favoriser l’essor du tourisme local. En 1904, du côté français est lancée la ligne Gérardmer-Retournemer-Schlucht-Hohneck, à adhérence simple et à voie unique : elle est gérée par une succession de compagnies de transports privées et reste active jusqu’en 1940. En 1907, du côté allemand, est inaugurée la ligne Munster-Schlucht (''Münsterschluchtbahn''), à crémaillère éphémère de type Strub et à voie unique : elle est gérée par l’''Elektrizität und Bahngesellschaft Münster-Schlucht'' et reste active jusqu’en 1914. Le tracé entier des deux lignes n’est garanti que pendant l’été, tandis qu’en hiver le col de la Schlucht n’est quasiment jamais desservi. Néanmoins, les skieurs gagnent un temps considérable pour rejoindre le col. Plusieurs projets d’aménagement des lignes pour le service hivernal tombent successivement à l’eau avant et après la Grande Guerre. Les deux tracés sont reliés et utilisés dès août 1914 par le corps du génie de l’armée française : le col voit ses terminus de tram agrandis mais convertis en bâtiments militaires. La Schlucht devient l’un des passages clé de la Route des Crêtes (que nous voyons, enneigée, aux minutes 00:09 - 00:12), mise en place dès juin 1915 par le général Augustin Dubail (1851-1934) pour relier le col des Bagenelles au Markstein afin d’assurer le soutien logistique du front avancé en Alsace et la défense française des Vosges. Démilitarisée et rendue accessible au public et au transit dès 1920, la Schlucht demeure une destination touristique privilégiée lorsque l’Alsace redevient française. La Route des Crêtes est convertie en sentier de la Schlucht au Hohneck : elle attire les randonneurs et commence à être pratiqué également en hiver en ski de fond et en raquettes. En 1931, le Tour de France passe pour la première fois par le col au cours de la 20e étape (passage groupé). La même année, Georges Simenon écrit ''Le Relais d’Alsace'', dont l’action se déroule dans un hôtel homonyme mais fictif sur le col de la Schlucht. La fréquentation reste stable mais majoritairement huppée tout au long des années 1930, et ce malgré l’état d’abandon du chalet-hôtel Hartmann depuis 1930 (il sera finalement détruit en 1946). C’est encore le prestige du site du col qui pousse Hitler à y séjourner quelques jours en 1940. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Douane.jpg|vignette|Carte postale française (Creative Commons)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un berceau des sports d’hiver vosgiens'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si au XIXe siècle la pratique du ski était surtout utilitaire, servant aux bûcherons pour monter en forêt ainsi qu’aux armées pour se déplacer en montagne, vers la fin du XIXe et au début du XXe siècle la conception du ski évolue rapidement vers celle d’une pratique sportive, tant de compétition que de loisir, connectée également à la recherche de bien-être, d’air pur et de retour à la nature telle que prêchée par le mouvement hygiéniste allemand. Les Vosges sont considérées comme un massif pionnier et influent de l’histoire du ski français et allemand : c’est ici, avant même que dans les Alpes, qu’apparaissent les premiers skieurs sportifs, et le col de la Schlucht y occupe une place centrale tant du côté allemand que français. Ce col connaît en effet un développement précoce des sports d’hiver empruntés de la tradition scandinave. Dès 1905 s’y tiennent des compétitions de ski sous la houlette de l’''Elsass-Lothringischer Ski-Verband'', fédérant la plupart des Ski Clubs, alors qu’en 1910 s’y tient un championnat militaire allemand de sports d’hiver (ski, luge, bobsleigh, ski-jöring). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le col bénéficie des tendances positives qui se manifestent dans les régions limitrophes, dont notamment les fondations d’associations d’amateurs se multipliant dans les années 1890-1910. Du côté allemand, les clubs vosgiens sont initiés et composés principalement par des citadins alsaciens : le ''Ski-Club Vogesen'' à Strasbourg en 1896, le ''Schneeschuhverein Hochvogesen Colmar'' en 1905, le ''Ski-Club Vogesen Mühlhausen'' en 1910. Du côté français, les Ski Clubs de Bruyères en 1895, de la Haute-Meurthe (SHM) en 1908, de Remiremont en 1909 et de Bussang en 1911 sont les premiers clubs vosgiens et figurent parmi les premiers français. Sous l’impulsion de la Société des sports d’hiver constituée à Gérardmer en 1908-1909, la station de ski de la ville devient un centre névralgique d’organisation de compétitions sportives : elle organise annuellement sa « Grande Semaine d’Hiver » dès 1910, et en 1913 elle héberge la « Semaine internationale de ski » chapeautée par le Club Alpin Français. Gérardmer dépose sa candidature pour héberger les premiers Jeux Olympiques d’Hiver de 1924, mais le choix du comité national olympique tombe finalement sur la ville de Chamonix. Dans les années 1920, les Ski Clubs sont à l’initiative de nombreux travaux d’aménagement des sites touristiques hivernaux : les communes, désireuses d’exploiter le potentiel touristique, donnent volontiers leur accord pour l’inauguration des pistes, l’électrification des sites, mais surtout l’établissement de chalets, refuges et sites de restauration. Ces derniers sont réalisés par la rénovation et la conversion de bâtiments préexistants qui sont rachetés par les clubs ou cédés par des sympathisants, ou bien par l’occupation temporaire de lieux que les fermiers n’utilisaient pas en hiver. Cependant, les clubs demeurent composés d’un nombre restreint de membres, majoritairement des notables issus de l’armée et d’une élite bourgeoise urbaine et industrielle. La connexion de ce milieu de consommateurs de la montagne avec celui de ses habitants demeure initialement compliquée. Les cotisations élevées contribuent à faire des clubs des lieux d’exclusivité. De même, l’insuffisance et les dysfonctionnements des transports en commun reliant les cols vosgiens, notamment pendant la saison hivernale, obligent les skieurs à atteindre les cols en taxi, en navettes de véhicule-remorques, en autobus, avec leur propre voiture, ou bien à pied, ce qui contribue à limiter l’accès à la pratique du ski à la grande majorité de la population.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Ski Clubs vosgiens ne connaissent d’essor véritable ni de prémisses de démocratisation que dans les années 1930, souvent sous l’égide du Club Vosgien et en conséquence de l’engouement populaire autour des compétitions internationales qui se tiennent au site du Markstein au fil des années 1920. En parallèle, des communes alsaciennes et lorraines commencent à investir davantage dans le développement de stations de ski dotées d’infrastructures modernes afin d’en exploiter le potentiel économique d’attrait d’un tourisme de masse. Des entreprises dédiées à la fabrication de matériaux pour les sports d’hiver s’installent à proximité des stations. Jusqu’à la création de la SNCF en 1937, la Compagnie des chemins de fer de l’Est et l’Administration des chemins de fer d'Alsace et de Lorraine proposent des billets combinés train/autocar pour permettre au plus grand nombre d’atteindre les sites de ski, autrement laissés exclusivement aux entreprises privées de transports routiers, souvent en situation de monopole sur les divers tracés. Encore, des organisations de compétition voient le jour au sein ou bien en parallèle des clubs d’amateurs, et contribuent à créer les conditions pour une hausse des investissements infrastructurels notamment dans les cols de grande altitude, où l’enneigement est plus sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:TKE1.jpg|vignette|Téléski de la Schlucht installé en 1937 (remontees-mecaniques.net)]]&lt;br /&gt;
Paradoxalement, probablement du fait du caractère élitiste des clubs vosgiens, les premières infrastructures de remonte-pente sont installées plus tardivement dans les Vosges que dans les autres régions françaises du Massif Central, des Alpes, des Préalpes et des Pyrénées. En outre, la France est globalement en retard par rapport aux innovations des ingénieurs allemands, autrichiens et suisses des années 1910-1920, celles-ci rendant possible, au milieu des années 1930, l’essor au niveau mondial de téléskis plus légers, plus maniables et moins coûteux. Toutefois, au niveau alsacien-lorrain, c’est précisément la Schlucht qui devient un terrain d’expérimentation et une cible prioritaire du développement des infrastructures du tourisme hivernal régional. Une première remontée mécanique rudimentaire actionnée par un moteur thermique à essence est installée en 1922 et hisse les skieurs au haut des chaumes du Montabey, desquels ils redescendent vers le col. Cette première structure est remplacée en 1937 par un véritable téléski TKE1 à enrouleurs : il s’agit du premier téléski alsacien-lorrain et du seul fonctionnant avant-guerre dans le massif vosgien. Opérationnel déjà pour la saison d’hiver 1937-1938, il semble avoir été installé par les ingénieurs de l’Ecole des Ponts et Chaussées. Le départ est situé en pleine pente, près des chaumes du Montabey, en amont de la ligne de tram menant au Hohneck qui était encore active. Toutefois, le TKE1 fonctionne avec un système d’ancre particulièrement inconfortable pour les skieurs, les accrochant par derrière et leur faisant mordre la neige le long du trajet. Ainsi, déjà en 1950 cet appareil est remplacé à son tour par un premier remonte-pente à enrouleurs TKE2/TSF1 réversible (téléski à deux places d’hiver, télésiège monoplace d’été, un modèle plutôt courant à l’époque). C’est ce téléski qui est actif en 1952 et qui est donc filmé par Lehmann (minutes 00:01 – 00:23). La licence pour la construction est probablement délivrée à l’entreprise de l’ingénieur mécanique suisse Ernst Constam (1888-1965), pionnier de l'aide à l'escalade mécanique moderne pour les sports d’hiver ainsi qu’inventeur du téléski à arbalètes et du télésiège (pour lesquels il détient le brevet et dont en réalisera une bonne centaine au cours de sa vie tant en Europe qu’aux Etats-Unis). Ce remonte-pente détient un fort attrait panoramique : il passe au-dessus de la Route des Crêtes et mène aux chaumes du Montabey (dont le réalisateur filme les arbres enneigés aux minutes 00:24 - 00-28), d'où partent plusieurs pistes (visibles aux minutes 00:26 - 00:28). Le téléski s’étend sur une partie de l’ancienne plate-forme des trams Gérardmer-Retournemer-Schlucht-Hohneck et peut en effet profiter de ces infrastructures préexistantes après leur abandon : le service de tramways ayant été suspendu dès août 1940 du fait de l’occupation allemande, le tracé est dégagé dans l’après-guerre puis déclassé par décret le 19 décembre 1950. Le point de départ du remonte-pente correspond à l’ancien point d’arrivée des trams au col (dont la cabane est visible aux minutes 00:04 - 00:05 et 00:14 - 00:18). Le TKE2/TSF1 permet une amélioration du confort pour les sportifs, grâce au départ directement du col et à un système de sellette double (dite à archet ou de pioche, visible tout au long des premières séquences du film), ce qui est bénéfique également pour les exploitants du site puisque la montée par deux permet d’augmenter le débit de près de 50 %. Le système de réversibilité est moderne : le portique de compression placé devant la gare pouvait être démonté en hiver, permettant une montée plus rapide de l’arbalète, tandis qu’en été le maintien du portique laissant plus de place à l’embarquement des clients sur les sièges. Le film nous montre également qu’un employé de la station de ski aide les usagers à monter correctement et rapidement sur la sellette (minutes 00:04 et 00:16), signe qu'une bonne partie des usagers n'est toujours pas habituée à l'utilisation de ce genre d'infrastructures de ski au début des années 1950. Ayant été un facteur déterminant en termes de hausse de la fréquentation et ayant contribué à la renommée des sports d’hiver au col, le TKE2/TSF1 est doublé dans les années 1950 d’un second appareil du même type, installé à l’est du premier. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Téléski 1950.jpg|vignette|Téléski de la Schlucht installé en 1950 (remontees-mecaniques.net)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les deux guerres mondiales endommagent durablement de nombreuses infrastructures de ski de l’Est de la France (gîtes, transports, électrification, remonte-pentes), la Schlucht en est relativement préservée : dans l’immédiat après-guerre, elle peut reprendre ses activités régulières, réactiver le téléski de 1937 puis procéder rapidement à son remplacement, tandis que d’autres sites commencent à peine la reconstruction. Le Ski Club de Stosswihr, constitué le 11 octobre 1945, prend également une part importante dans la relance des activités du secteur et dans la diffusion d’une conception de l’amour pour la montagne comme facteur de propagation de valeurs humanistes en opposition aux drames de la guerre, mettant au cœur les sentiments d’entraide, partage, convivialité et solidarité sans distinction quelconque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Une démocratisation des sports d’hiver vosgiens riche en contradictions'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pistes de ski de la Schlucht sont en pente douce (nous l'apercevons aux minutes 00:26 - 00:28) et sont classées dans leur intégralité comme des « pistes bleues », ce qui permet après la guerre la reprise d’un tourisme de tout type d’amateurs, des débutants aux experts, mais surtout des familles. Dans le film, nous pouvons noter la présence de beaucoup d'enfants parmi les usagers du téléski et des pistes (minutes 00:01 - 00:06). De par cette dimension familiale, les hôteliers des régions avoisinantes, notamment de la Bresse, orientent leur clientèle sportive prioritairement vers la Schlucht. Ses pistes se prêtent à l’apprentissage des premiers gestes de ski (dont nous assistons à une démonstration aux minutes 00:29 - 01:24), ce qui explique que déjà en 1949 y soit inaugurée la première école du ski français dans les Vosges, à l’initiative de Jean-Marie Leduc (1920-2012), ancien résistant du maquis Saint-Jacques à Gérardmer et déporté au Struthof. En complément, hôtels, refuges, restaurants et parkings se multiplient dans l’immédiat après-guerre et jettent les fondements d’un véritable réseau de services, là où avant 1945 il n’existait que quelques structures disparates. Dans le film, nous apercevons de loin la rénovation de l’aile gauche du Grand Hôtel, l’une parmi les structures hôtelières les plus anciennes et les plus proches du point de départ du téléski (minute 00:01 – 00:06 et minute 00:13 – 00:18). Des chalets privés sont également construits ou aménagés à partir de structures préexistantes aux alentours du col, permettant d’héberger des familles pour des durées plus longues. Ces tendances accompagnent la relance du tourisme autour de la Schlucht et sa massification dans les deux saisons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Datant de 1952, le film se situe au plein cœur de la deuxième vague de démocratisation des sports d’hiver au cours des années 1950. Les phénomènes d’apparition d’écoles de ski, de modernisation des stations et remonte-pentes, de connexion des domaines skiables avoisinants, de développement des compétitions, de production industrielle de matériaux pour les sports d’hiver standardisés et accessibles à l’achat ou à la location à des prix modérés (tenues, skis, bâtons, raquettes, lunettes, bérets, chaussures, etc. dont nous voyons des modèles tout au long du film), se répandent progressivement. La reprise des Jeux Olympiques d’Hiver dès 1948 à Saint-Moritz (Suisse), malgré les défaillances et les polémiques qui les accompagnent, rallument l’intérêt populaire pour les sports d’hiver et introduisent des nouvelles disciplines. Si les prix d’accès aux services touristiques hivernaux baissent quelque peu, ils restent néanmoins inaccessibles pour une bonne partie de la population ouvrière. Par exemple, l’accès aux écoles de ski, souvent privées ou associatives, reste fortement conditionné par les possibilités financières des usagers : si certains peuvent se permettre le luxe de disposer d’un enseignant pour des cours particuliers, comme cela semble le cas dans le film (minutes 00:38 - 01:24), la plupart des apprenti-skieurs doivent se contenter de cours collectifs. Les communes alsaciennes et lorraines cherchent à développer le tourisme hivernal, en complément de celui estival reposant sur une tradition plus solide, pour compenser les pertes dues aux crises économiques de l’après-guerre, mais aussi pour faire face à la concurrence de plus en plus rude des installations de ski alpines, qui déjà au milieu des années 1930 remettent en cause la place de primauté du ski vosgien. Notamment, la vallée de Munster et les zones limitrophes subissent de plein fouet, après l’extinction de la dynastie Hartmann en 1950, les conséquences des deux crises textiles de 1954-1956 (saturation du marché européen et perte française du marché indochinois) et de 1958-1959 (concurrence des pays émergents d’Amérique latine et d’Inde), marquant le début d’un déclin finalement irréversible pour le secteur textile alsacien. Le développement du tourisme permet la reconversion de bâtiments et d’ouvriers licenciés, et devient ainsi une priorité stratégique pour les politiques locales sans pouvoir toutefois réabsorber complètement la crise. Cet interventionnisme municipal est un prélude à celui étatique du Plan Neige de 1964-1977 et à une urbanisation agressive des montagnes françaises en fonction du tourisme hivernal, ayant des effets néfastes du point de vue de la préservation des sites historiques et des paysages naturels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, l’interventionnisme des pouvoirs publics ne parvient pas à endiguer la tendance à un développement des infrastructures touristiques demeurant conditionné principalement par les conditions du marché et soumis aux initiatives du secteur privé. De 1948 à 1983, l’exploitant des infrastructures touristiques de la Schlucht, comme d’une grande partie du Markstein, est l’autocariste Hubert Charton (pionnier des premières stations de sports d’hiver dans les Vosges), à travers sa Société des Téléskis des Hautes Vosges, reliée dès 1956 à sa Société des Transports Automobiles des Hautes-Vosges (STAHV), basée à Épinal. C’est Charton qui chapeaute la construction du TKE2/TSF1 de 1950 et qui en devient ensuite l’unique exploiteur et bénéficiaire. Son entreprise s’occupe également d’assurer l’acheminement des skieurs sur les champs de neige, en mettant en place un système de transport par voiture-taxi depuis les villes de la région, ou par voiture-remorques depuis les gares avoisinantes. Ce monopole est perdu en 1983 lorsque les remonte-pentes de la Schlucht sont cédés à Jean-Marie Remy et à sa société Remy Loisirs (aujourd’hui Labellemontagne), première acquisition de cette entreprise bressane dans les Vosges inaugurant sa stratégie d’expansion dans le département et de connexion des domaines skiables de la Schlucht, du Collet, du Chitelet et du Hohneck (un domaine skiable connu aujourd’hui sous le nom de La Bresse-Hohneck). Déjà en 1984-1985, le nouvel exploitant procède au remplacement des deux TKE2/TSF1 à enrouleurs vieux de 30 ans : ils sont substitués d’abord par des TKE2/TSF2, puis par deux appareils modernes à perches débrayables de type Poma (TSD4), en pylônes galvanisés. En 1986, Remy procède à l’installation d’une piste de luge d’été, première en France, rendue possible par des travaux d’aménagement de la Route des Crêtes et permettant à l’entreprise d’amortir ses investissements pendant l’été. Il procède également au terrassement de la piste de ski pour retrouver une pente plus naturelle. Dès 1987, il généralise l’usage des canons à neige dans le domaine skiable.&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''L’image des Vosges. Actes du colloque d'Epinal'', 19 novembre 2016, Epinal, Archives départementales des Vosges, 2018.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Exposition. Hartmann : Un Empire Industriel'', Ville de Munster, 2016.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alban Fournier, Victor Franck, ''Les Vosges : du Donon au Ballon d'Alsace'', Strasbourg, Est Libris, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Claude Kauffmann, Grégoire Gauchet, ''Histoire des sports d’hiver et du ski en Alsace'', Pontarlier, Belvédère, 2016.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Laederich, André Jacquot, « Les trois lignes du col de la Schlucht », ''Connaissance du Rail'', n. 336-337,‎ mai-juin 2009, p. 4-15.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Robert Le Pennec, ''Sur les rails vosgiens'', Breil-sur-Roya, Cabri, 2006.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jack Lesage, Pierre Ratinaud, ''La saga des remontées mécaniques'', Grenoble, Publialp, 1993.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Michon, Thierry Terret, ''Pratiques sportives et identités locales'', Paris, L'Harmattan, 2015.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Montaz, ''Les pionniers du téléski'', compte d'auteur, 2006.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sebastien Stumpp, ''Le ski associatif en Alsace au temps du Reichsland (1896-1914) : tensions nationales, oppositions sociales, jeux institutionnels'', Thèse de Doctorat en Sociologie sous la direction de Bernard Michon, Université Marc Bloch (Strasbourg), 2007.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Histoire des téléskis », Remontées mécaniques, Consulté le 27/12/2019, URL : https://www.remontees-mecaniques.net/dossier/page-histoire-des-teleskis-51.html&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« TSD de la Schlucht », Remontées mécaniques, Consulté le 27/12/2019, URL : https://www.remontees-mecaniques.net/bdd/reportage-tsd4-de-la-schlucht-poma-883.html&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
	</entry>
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		<title>Fête d'école (0093FI0014)</title>
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		<updated>2020-01-20T18:49:58Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Oui&lt;br /&gt;
|titre=Fête d'école&lt;br /&gt;
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|droits=MIRA&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Daussin, Michel&lt;br /&gt;
|apercu=Fêteécole.jpg&lt;br /&gt;
|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
|userrealname=Lola Romieux&lt;br /&gt;
|datesignature=2020-01-20&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Ce film en Super 8mm, muet et en couleur, nous montre une sélection de scènes d’une fête en plein air dans la cour de l'école primaire alsacienne Notre-Dame-de-Sion au courant de l’été 1981. Le réalisateur, Michel Daussin, probablement parent d’élève, filme plusieurs moments de jeux et démonstrations artistiques effectués par différentes classes, chacune placée sous la direction des maîtresses et vraisemblablement sous fond de musique. Le corps enseignant introduit à l’aide d’un microphone les différents moments et anime les intervalles de la fête.&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=La première classe (minute 00:12 – 01:38) semble réaliser un jeu de rôle autour du thème des animaux : les enfants miment les gestes des lapins, puis concluent par des mouvements collectifs en cercle, main dans la main. Certains portent des masques d’animaux identiques (probablement confectionnées en classe ou achetées dans une même boutique), tandis que d’autres portent des bonnets ressemblant aux fichus blancs traditionnels alsaciens. La deuxième classe (minute 01:39 – 02:45) fait un spectacle semblable : plusieurs enfants portent des bonnets ou des costumes intégraux d’animaux, dont la plupart sont confectionnés à l’identique ; ils miment leurs gestes d’abord de manière statique les uns face aux autres, puis en réalisent des mouvements en cercle main dans la main, et enfin se livrant à un jeu en couple où l’élève débout mime une créature féroce tandis que l’élève assis joue le rôle de la proie. Le spectacle de la troisième classe (minute 02:46 – 03:51) met en scène des élèves habillés à l’identique : répartis en deux équipes, ils effectuent d’abord des gestes de gymnastique rythmique, puis de danse de groupe, de couple et individuelle. La démonstration de la quatrième classe (minute 04:05 – 04:39), composée exclusivement de filles, consiste en une épreuve de chant. Les élèves sont habillées à l’identique et portent toutes une coiffe à nœud rouge issue de la tradition alsacienne. La cinquième classe (minute 04:40 – 05:04) est elle aussi composée exclusivement de filles, ornées de la coiffe traditionnelle alsacienne à nœud rouge ou bleu. Elles exécutent une danse en cercle circassien, tradition d’emprunt écossais depuis la fin du XIXe siècle et devenue populaire dans les milieux folkloriques français dans les années 1970 ; cette pratique est particulièrement adaptée aux enfants du fait de sa simplicité et convivialité. Quant à la coiffe à nœud (''Kapp''), il s’agit de l’un des habits emblématiques du folklore alsacien, dont les premières traces remontent déjà à la fin du Moyen-Age. Tout comme les costumes alsaciens en général, les coiffes féminines elles aussi ont connu des multiples évolutions au fil des siècles, préfigurant une multitude de variétés en fonction des aires géographies et des cultes professés. Le port de la coiffe a décliné progressivement dès le début du XXe siècle, lorsque l’exode rural, l’urbanisation et l’industrialisation des campagnes ont poussée à l’introduction de coutumes vestimentaires plus sobres et plus pratiques pour l’usage courant, reléguant le port de costumes traditionnels aux occasions de fêtes et célébrations publiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tradition des fêtes scolaires dans les écoles maternelles et primaires est plutôt récente en Alsace au moment où le film est tourné. Avant 1871, il n’existe pas de véritable tradition française de ce genre de fêtes, laissées plutôt à la discrétion des corps enseignants et divergeant ainsi tant en termes de géographie que de temporalité. Dans le ''Reichsland'' s’installe une tradition de fêtes scolaires à vocation propagandiste, censée célébrer les grandes victoires et les moments-clés de la vie politique impériale, afin de gagner la jeunesse alsacienne-lorraine à la cause de pro-allemande. Lorsque les deux provinces redeviennent françaises en 1918, se diffuse dans le pays à partir des années 1920 la tradition des « Fêtes de la jeunesse des écoles publiques », mettant en avant annuellement les valeurs républicaines, la centralité de l’école publique ainsi que la dimension de socialisation des élèves. &lt;br /&gt;
L’organisation est confiée aux municipalités et aux directions d’établissement, mais un cadrage national émerge quant à la temporalité, puisque ces fêtes se tiennent majoritairement à la fin de l’année scolaire. Parfois, la date choisie par les communes tenues par la gauche correspond à celle du jeudi de l’Ascension, préfigurant un défi ouvert du modèle laïque et publique contre celui confessionnel et privé, ce qui peut expliquer la faible diffusion de ces fêtes officielles en Alsace jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. En outre, pendant ce genre de fêtes, la créativité des enfants n’est que peu mise en valeur : en présence des corps enseignants et des autorités civiles et militaires locales, les élèves sont encadrés et se cantonnent bien souvent à des défilés en uniforme accompagnés de fanfares, tandis que la pratique gymnastique, sportive et musicale est laissée pour compte. La parenthèse de l’occupation de l’Alsace pendant le Seconde Guerre mondiale voit s’y réinstaller une pratique de fêtes propagandistes pro-allemandes. &lt;br /&gt;
A partir des années 1950-1960, la tradition des fêtes scolaires rigidement encadrées et institutionnalisées décline au profit d’une plus grande marge de liberté laissée aux établissements. Avec l’essor et la démocratisation du tourisme, le concept de zonage scolaire est introduit dans les années 1960 pour différer les départs en vacances d’été : la recherche d’une date praticable au niveau national pour les fêtes de fin d’année devient ardue. En parallèle des fêtes précédant les vacances estivales, commencent à se tenir également des fêtes de Noël et de Pâques. Les établissements profitent des occasions festives – et notamment de la présence de parents d’élèves souvent munis d’appareils photos et de caméras – pour se montrer performants, mettant en avant leurs atours et la polyvalence des enseignements dispensés. La fête constitue une sorte de bilan de l’année scolaire qui vient de s’achever. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, dans le film, nous pouvons assister à des démonstrations artistiques variées, des mimes à la danse, des gymnastiques au chant. Grâce aux marges de liberté dont jouissent les établissements, ceux-ci peuvent choisir de s’écarter des codes de la tradition nationale française au sens strict pour mettre en valeur les traditions locales et régionales, ou encore emprunter des pratiques artistiques étrangères : dans le film nous assistons ainsi à des danses d’origine écossaise, à une chorale et à une danse en tenue alsacienne. Parfois, les spectacles des élèves lors des fêtes de fin d’année scolaire se complémentent de kermesses d’artistes adultes censées collecter des fonds pour l’école et le développement de ses divers projets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fêtes d’école deviennent de plus en plus populaires dans les dernières décennies du XXe siècle : moments de loisir, de jeu et de détente collective, elles réaffirment les liens fraternels entre les élèves, favorisent le partage intergénérationnel tout comme le contact entre corps enseignant et familles. Si les fêtes sont de moins en moins institutionnalisées, elles demeurent néanmoins des moments solennels. Le film nous montre en effet, au-delà de l’amusement des élèves, que le nombreux public assistant aux spectacles porte une grande attention au déroulement de la fête, signe de l’importance qu’un tel moment avait assumé dans la vie locale. Par ailleurs, la plupart des assistants sont bien habillés, certains portent même des prestigieux parapluies d’été : dans ce moment de contact entre plusieurs univers - celui des familles, des enseignants et des élèves -, chacun fait de son mieux pour bien se présenter en société.&lt;br /&gt;
|Bibliographie=Jeanne Benay, Jean-Marc Leveratto (dir.), ''Culture et histoire des spectacles en Alsace et en Lorraine. De l’annexion à la centralisation (1871-1946)'', Berne, Peter Lang, 2005.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Bleze, Georges Fischer, Jean Claude Streicher, ''Histoire des Alsaciens'', Luçon, Fernand Nathan, 1979.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie Gillig, ''Bilinguisme et religion à l'école : la question scolaire en Alsace de 1918 à nos jours'', Strasbourg, la Nuée bleue, 2012.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie Gillig, ''L'école laïque en Alsace et en Moselle : Une histoire inachevée'', Paris, L’Harmattan, 2017.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacques Lavigne, ''L'école primaire en Alsace de 1830 à 1870'', Mémoire de Maîtrise d’Histoire sous la direction de Bernard Vogler, Université Marc Bloch (Strasbourg), 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Robert Muller, Jean-Paul Schimpf, ''Parlons alsacien'', Paris, L'Harmattan, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Vogler, ''Histoire culturelle de l'Alsace: du Moyen Âge à nos jours. Les très riches heures d'une région frontière'', Strasbourg, La Nuée bleue, 1994. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Anne Wolf, Jean-Luc Neth, ''Quelques paillettes, un peu de soie. Coiffes d'Alsace du XVIIe et du début du XIXe siècle'', Colmar, Musée Unterlinden, 2009.&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php?title=F%C3%AAte_d%27%C3%A9cole_(0093FI0014)&amp;diff=13609</id>
		<title>Fête d'école (0093FI0014)</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php?title=F%C3%AAte_d%27%C3%A9cole_(0093FI0014)&amp;diff=13609"/>
		<updated>2020-01-20T18:40:34Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Oui&lt;br /&gt;
|titre=Fête d'école&lt;br /&gt;
|fonds=Daussin&lt;br /&gt;
|idSupport=0093FI0014&lt;br /&gt;
|dateDebut=1981&lt;br /&gt;
|video=0093FI0014_1&lt;br /&gt;
|institution_dorigine=MIRA&lt;br /&gt;
|coloration=Couleur&lt;br /&gt;
|son=Muet&lt;br /&gt;
|timecode=00:00:00&lt;br /&gt;
|duree=00:05:18&lt;br /&gt;
|genre=Film_amateur&lt;br /&gt;
|format_original=Super 8 mm&lt;br /&gt;
|droits=MIRA&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Daussin, Michel&lt;br /&gt;
|apercu=Fêteécole.jpg&lt;br /&gt;
|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
|userrealname=Lola Romieux&lt;br /&gt;
|datesignature=2020-01-20&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Ce film en Super 8mm, muet et en couleur, nous montre une sélection de scènes d’une fête en plein air dans la cour de l'école primaire alsacienne Notre-Dame-de-Sion au courant de l’été 1981. Le réalisateur, Michel Daussin, probablement parent d’élève, filme plusieurs moments de jeux et démonstrations artistiques effectués par différentes classes, chacune placée sous la direction des maîtresses et vraisemblablement sous fond de musique. Le corps enseignant introduit à l’aide d’un microphone les différents moments et anime les intervalles de la fête.&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=La première classe (minute 00:12 – 01:38) semble réaliser un jeu de rôle autour du thème des animaux : les enfants miment les gestes des lapins, puis concluent par des mouvements collectifs en cercle, main dans la main. Certains portent des masques d’animaux identiques (probablement confectionnées en classe ou achetées dans une même boutique), tandis que d’autres portent des bonnes ressemblant aux fichus blancs traditionnels alsaciens. La deuxième classe (minute 01:39 – 02:45) fait un spectacle semblable : plusieurs enfants portent des bonnets ou des costumes intégraux d’animaux, dont la plupart sont confectionnés à l’identique ; ils miment leurs gestes d’abord de manière statique les uns face aux autres, puis en réalisent des mouvements en cercle main dans la main, et enfin se livrant à un jeu en couple où l’élève débout mime une créature féroce tandis que l’élève assis joue le rôle de la proie. Le spectacle de la troisième classe (minute 02:46 – 03:51) met en scène des élèves habillés à l’identique : répartis en deux équipes, ils effectuent d’abord des gestes de gymnastique rythmique, puis de danse de groupe, de couple et individuelle. La démonstration de la quatrième classe (minute 04:05 – 04:39), composée exclusivement de filles, consiste en une épreuve de chant. Les élèves sont habillées à l’identique et portent toutes une coiffe à nœud rouge issue de la tradition alsacienne. La cinquième classe (minute 04:40 – 05:04) est elle aussi composée exclusivement de filles, ornées de la coiffe traditionnelle alsacienne à nœud rouge ou bleu. Elles exécutent une danse en cercle circassien, tradition d’emprunt écossais depuis la fin du XIXe siècle et devenue populaire dans les milieux folkloriques français dans les années 1970 ; cette pratique est particulièrement adaptée aux enfants du fait de sa simplicité et convivialité. Quant à la coiffe à nœud (Kapp), il s’agit de l’un des habits emblématiques du folklore alsacien, dont les premières traces remontent déjà à la fin du Moyen-Age. Tout comme les costumes alsaciens en général, les coiffes féminines elles aussi ont connu des multiples évolutions au fil des siècles, préfigurant une multitude de variétés en fonction des aires géographies et des cultes professés. Le port de la coiffe a décliné progressivement dès le début du XXe siècle, lorsque l’exode rural, l’urbanisation et l’industrialisation des campagnes ont poussée à l’introduction de coutumes vestimentaires plus sobres et plus pratiques pour l’usage courant, reléguant le port de costumes traditionnels aux occasions de fêtes et célébrations publiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tradition des fêtes scolaires dans les écoles maternelles et primaires est plutôt récente en Alsace au moment où le film est tourné. Avant 1871, il n’existe pas de véritable tradition française de ce genre de fêtes, laissées plutôt à la discrétion des corps enseignants et divergeant ainsi tant en termes de géographie que de temporalité. Dans le Reichsland s’installe une tradition de fêtes scolaires à vocation propagandiste, censées célébrer les grandes victoires et les moments clés de la vie politique impériale, afin de gagner la jeunesse alsacienne-lorraine à la cause de pro-allemande. Lorsque les deux provinces redeviennent françaises en 1918, se diffuse dans le pays à partir des années 1920 la tradition des « Fêtes de la jeunesse des écoles publiques », mettant en avant annuellement les valeurs républicaines, la centralité de l’école publique ainsi que la dimension de socialisation des élèves. &lt;br /&gt;
L’organisation est confiée aux municipalités et aux directions d’établissement, mais un cadrage national émerge quant à la temporalité, puisque ces fêtes se tiennent majoritairement à la fin de l’année scolaire. Parfois, la date choisie par les communes tenues par la gauche correspond à celle du jeudi de l’Ascension, préfigurant un défi ouvert du modèle laïque et publique contre celui confessionnel et privé, ce qui peut expliquer la faible diffusion de ces fêtes officielles en Alsace jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. En outre, pendant ce genre de fêtes la créativité des enfants n’est que peu mise en valeur : en présence des corps enseignants et des autorités civiles et militaires locales, les élèves sont encadrés et se cantonnent bien souvent à des défilés en uniforme accompagnés de fanfares, tandis que la pratique gymnastique, sportive et musicale est laissée pour compte. La parenthèse de l’occupation de l’Alsace pendant le Seconde Guerre mondiale voit s’y réinstaller une pratique de fêtes propagandistes pro-allemandes. &lt;br /&gt;
A partir des années 1950-1960, la tradition des fêtes scolaires rigidement encadrées et institutionnalisées décline au profit d’une plus grande marge de liberté laissée aux établissements. Avec l’essor et la démocratisation du tourisme, le concept de zonage scolaire est introduit dans les années 1960 pour différer les départs en vacances d’été : la recherche d’une date praticable au niveau national pour les fêtes de fin d’année devient ardue. En parallèle des fêtes précédant les vacances estivales commencent à se tenir également des fêtes de Noël et de Pâques. Les établissements profitent des occasions festives – et notamment de la présence de parents d’élèves souvent munis d’appareils photos et de caméras – pour se montrer performants, mettant en avant leurs atours et la polyvalence des enseignements dispensés. La fête constitue une sorte de bilan de l’année scolaire qui vient de s’achever. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, dans le film, nous pouvons assister à des démonstrations artistiques variées, des mimes à la danse, des gymnastiques au chant. Grâce aux marges de liberté dont jouissent les établissements, ceux-ci peuvent choisir de s’écarter des codes de la tradition nationale française au sens strict pour mettre en valeur les traditions locales et régionales, ou encore emprunter des pratiques artistiques étrangères : dans le film nous assistons ainsi à des danses d’origine écossaise, à une chorale et à une danse en tenue alsacienne. Parfois, les spectacles des élèves lors des fêtes de fin d’année scolaire se complémentent de kermesses d’artistes adultes censées collecter des fonds pour l’école et le développement de ses divers projets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fêtes d’école deviennent de plus en plus populaires dans les dernières décennies du XXe siècle : moments de loisir, de jeu et de détente collective, elles réaffirment les liens fraternels entre les élèves, favorisent le partage intergénérationnel tout comme le contact entre corps enseignant et familles. Si les fêtes sont de moins en moins institutionnalisées, elles demeurent néanmoins des moments solennels. Le film nous montre en effet, au-delà de l’amusement des élèves, que le nombreux public assistant aux spectacles porte une grande attention au déroulement de la fête, signe de l’importance qu’un tel moment avait assumé dans la vie locale. Par ailleurs, la plupart des assistants sont bien habillés, certains portent même des prestigieux parapluies d’été : dans ce moment de contact entre plusieurs univers - celui des familles, des enseignants et des élèves -, chacun fait de son mieux pour bien se présenter en société.&lt;br /&gt;
|Bibliographie=Jeanne Benay, Jean-Marc Leveratto (dir.), ''Culture et histoire des spectacles en Alsace et en Lorraine. De l’annexion à la centralisation (1871-1946)'', Berne, Peter Lang, 2005.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Bleze, Georges Fischer, Jean Claude Streicher, ''Histoire des Alsaciens'', Luçon, Fernand Nathan, 1979.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie Gillig, ''Bilinguisme et religion à l'école : la question scolaire en Alsace de 1918 à nos jours'', Strasbourg, la Nuée bleue, 2012.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie Gillig, ''L'école laïque en Alsace et en Moselle : Une histoire inachevée'', Paris, L’Harmattan, 2017.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacques Lavigne, ''L'école primaire en Alsace de 1830 à 1870'', Mémoire de Maîtrise d’Histoire sous la direction de Bernard Vogler, Université Marc Bloch (Strasbourg), 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Robert Muller, Jean-Paul Schimpf, ''Parlons alsacien'', Paris, L'Harmattan, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Vogler, ''Histoire culturelle de l'Alsace: du Moyen Âge à nos jours. Les très riches heures d'une région frontière'', Strasbourg, La Nuée bleue, 1994. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Anne Wolf, Jean-Luc Neth, ''Quelques paillettes, un peu de soie. Coiffes d'Alsace du XVIIe et du début du XIXe siècle'', Colmar, Musée Unterlinden, 2009.&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
	</entry>
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		<title>Fête d'école (0093FI0014)</title>
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		<updated>2020-01-20T18:37:05Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : Modifié automatiquement depuis la page Bas:Fête d'école (0093FI0014).&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
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|thematique=Youth movements - Education - Scouting&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Ce film en Super 8mm, muet et en couleur, nous montre une sélection de scènes d’une fête en plein air dans la cour d’une école primaire alsacienne au courant de l’été 1981. Le réalisateur, Michel Daussin, probablement parent d’élève, filme plusieurs moments de jeux et démonstrations artistiques effectués par différentes classes, chacune placée sous la direction des maîtresses et vraisemblablement sous fond de musique. Le corps enseignant introduit à l’aide d’un microphone les différents moments et anime les intervalles de la fête.&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=La première classe (minute 00:12 – 01:38) semble réaliser un jeu de rôle autour du thème des animaux : les enfants miment les gestes des lapins, puis concluent par des mouvements collectifs en cercle, main dans la main. Certains portent des masques d’animaux identiques (probablement confectionnées en classe ou achetées dans une même boutique), tandis que d’autres portent des bonnes ressemblant aux fichus blancs traditionnels alsaciens. La deuxième classe (minute 01:39 – 02:45) fait un spectacle semblable : plusieurs enfants portent des bonnets ou des costumes intégraux d’animaux, dont la plupart sont confectionnés à l’identique ; ils miment leurs gestes d’abord de manière statique les uns face aux autres, puis en réalisent des mouvements en cercle main dans la main, et enfin se livrant à un jeu en couple où l’élève débout mime une créature féroce tandis que l’élève assis joue le rôle de la proie. Le spectacle de la troisième classe (minute 02:46 – 03:51) met en scène des élèves habillés à l’identique : répartis en deux équipes, ils effectuent d’abord des gestes de gymnastique rythmique, puis de danse de groupe, de couple et individuelle. La démonstration de la quatrième classe (minute 04:05 – 04:39), composée exclusivement de filles, consiste en une épreuve de chant. Les élèves sont habillées à l’identique et portent toutes une coiffe à nœud rouge issue de la tradition alsacienne. La cinquième classe (minute 04:40 – 05:04) est elle aussi composée exclusivement de filles, ornées de la coiffe traditionnelle alsacienne à nœud rouge ou bleu. Elles exécutent une danse en cercle circassien, tradition d’emprunt écossais depuis la fin du XIXe siècle et devenue populaire dans les milieux folkloriques français dans les années 1970 ; cette pratique est particulièrement adaptée aux enfants du fait de sa simplicité et convivialité. Quant à la coiffe à nœud (Kapp), il s’agit de l’un des habits emblématiques du folklore alsacien, dont les premières traces remontent déjà à la fin du Moyen-Age. Tout comme les costumes alsaciens en général, les coiffes féminines elles aussi ont connu des multiples évolutions au fil des siècles, préfigurant une multitude de variétés en fonction des aires géographies et des cultes professés. Le port de la coiffe a décliné progressivement dès le début du XXe siècle, lorsque l’exode rural, l’urbanisation et l’industrialisation des campagnes ont poussée à l’introduction de coutumes vestimentaires plus sobres et plus pratiques pour l’usage courant, reléguant le port de costumes traditionnels aux occasions de fêtes et célébrations publiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tradition des fêtes scolaires dans les écoles maternelles et primaires est plutôt récente en Alsace au moment où le film est tourné. Avant 1871, il n’existe pas de véritable tradition française de ce genre de fêtes, laissées plutôt à la discrétion des corps enseignants et divergeant ainsi tant en termes de géographie que de temporalité. Dans le Reichsland s’installe une tradition de fêtes scolaires à vocation propagandiste, censées célébrer les grandes victoires et les moments clés de la vie politique impériale, afin de gagner la jeunesse alsacienne-lorraine à la cause de pro-allemande. Lorsque les deux provinces redeviennent françaises en 1918, se diffuse dans le pays à partir des années 1920 la tradition des « Fêtes de la jeunesse des écoles publiques », mettant en avant annuellement les valeurs républicaines, la centralité de l’école publique ainsi que la dimension de socialisation des élèves. &lt;br /&gt;
L’organisation est confiée aux municipalités et aux directions d’établissement, mais un cadrage national émerge quant à la temporalité, puisque ces fêtes se tiennent majoritairement à la fin de l’année scolaire. Parfois, la date choisie par les communes tenues par la gauche correspond à celle du jeudi de l’Ascension, préfigurant un défi ouvert du modèle laïque et publique contre celui confessionnel et privé, ce qui peut expliquer la faible diffusion de ces fêtes officielles en Alsace jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. En outre, pendant ce genre de fêtes la créativité des enfants n’est que peu mise en valeur : en présence des corps enseignants et des autorités civiles et militaires locales, les élèves sont encadrés et se cantonnent bien souvent à des défilés en uniforme accompagnés de fanfares, tandis que la pratique gymnastique, sportive et musicale est laissée pour compte. La parenthèse de l’occupation de l’Alsace pendant le Seconde Guerre mondiale voit s’y réinstaller une pratique de fêtes propagandistes pro-allemandes. &lt;br /&gt;
A partir des années 1950-1960, la tradition des fêtes scolaires rigidement encadrées et institutionnalisées décline au profit d’une plus grande marge de liberté laissée aux établissements. Avec l’essor et la démocratisation du tourisme, le concept de zonage scolaire est introduit dans les années 1960 pour différer les départs en vacances d’été : la recherche d’une date praticable au niveau national pour les fêtes de fin d’année devient ardue. En parallèle des fêtes précédant les vacances estivales commencent à se tenir également des fêtes de Noël et de Pâques. Les établissements profitent des occasions festives – et notamment de la présence de parents d’élèves souvent munis d’appareils photos et de caméras – pour se montrer performants, mettant en avant leurs atours et la polyvalence des enseignements dispensés. La fête constitue une sorte de bilan de l’année scolaire qui vient de s’achever. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, dans le film, nous pouvons assister à des démonstrations artistiques variées, des mimes à la danse, des gymnastiques au chant. Grâce aux marges de liberté dont jouissent les établissements, ceux-ci peuvent choisir de s’écarter des codes de la tradition nationale française au sens strict pour mettre en valeur les traditions locales et régionales, ou encore emprunter des pratiques artistiques étrangères : dans le film nous assistons ainsi à des danses d’origine écossaise, à une chorale et à une danse en tenue alsacienne. Parfois, les spectacles des élèves lors des fêtes de fin d’année scolaire se complémentent de kermesses d’artistes adultes censées collecter des fonds pour l’école et le développement de ses divers projets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fêtes d’école deviennent de plus en plus populaires dans les dernières décennies du XXe siècle : moments de loisir, de jeu et de détente collective, elles réaffirment les liens fraternels entre les élèves, favorisent le partage intergénérationnel tout comme le contact entre corps enseignant et familles. Si les fêtes sont de moins en moins institutionnalisées, elles demeurent néanmoins des moments solennels. Le film nous montre en effet, au-delà de l’amusement des élèves, que le nombreux public assistant aux spectacles porte une grande attention au déroulement de la fête, signe de l’importance qu’un tel moment avait assumé dans la vie locale. Par ailleurs, la plupart des assistants sont bien habillés, certains portent même des prestigieux parapluies d’été : dans ce moment de contact entre plusieurs univers - celui des familles, des enseignants et des élèves -, chacun fait de son mieux pour bien se présenter en société.&lt;br /&gt;
|Bibliographie=Jeanne Benay, Jean-Marc Leveratto (dir.), ''Culture et histoire des spectacles en Alsace et en Lorraine. De l’annexion à la centralisation (1871-1946)'', Berne, Peter Lang, 2005.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Bleze, Georges Fischer, Jean Claude Streicher, ''Histoire des Alsaciens'', Luçon, Fernand Nathan, 1979.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie Gillig, ''Bilinguisme et religion à l'école : la question scolaire en Alsace de 1918 à nos jours'', Strasbourg, la Nuée bleue, 2012.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Marie Gillig, ''L'école laïque en Alsace et en Moselle : Une histoire inachevée'', Paris, L’Harmattan, 2017.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacques Lavigne, ''L'école primaire en Alsace de 1830 à 1870'', Mémoire de Maîtrise d’Histoire sous la direction de Bernard Vogler, Université Marc Bloch (Strasbourg), 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Robert Muller, Jean-Paul Schimpf, ''Parlons alsacien'', Paris, L'Harmattan, 1998.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Vogler, ''Histoire culturelle de l'Alsace: du Moyen Âge à nos jours. Les très riches heures d'une région frontière'', Strasbourg, La Nuée bleue, 1994. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Anne Wolf, Jean-Luc Neth, ''Quelques paillettes, un peu de soie. Coiffes d'Alsace du XVIIe et du début du XIXe siècle'', Colmar, Musée Unterlinden, 2009.&lt;br /&gt;
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		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>Piscine Bellefosse (0019FH0040)</title>
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		<updated>2020-01-20T18:35:30Z</updated>

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|thematique=Swimming&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Le film, muet et en couleur, nous montre une sélection de scènes de loisir estival d’une famille alsacienne en 1956 au cours d’une journée passée à la piscine de plein air de Bellefosse.&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr=Partie de l’ancien comté du Ban de la Roche, Bellefosse est une commune bas-rhinoise située dans les hauteurs de la vallée de la Bruche (arrondissement de Molsheim, canton de Mutzig), à 810m d’altitude moyenne, sur le versant occidental du massif du Champ du Feu. Bellefosse est faiblement peuplée aujourd’hui comme à l’époque : le recensement LDH/EHESS/Cassini de 1954 indique 161 habitants, c’est-à-dire une vingtaine d’habitants par km2. Il s’agit surtout d’une localité de tourisme estival et hivernal, considérée comme un point d’accès privilégié au Champ du Feu ainsi qu’à plusieurs sites culturels environnants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le réalisateur est Rodolphe Klein (1899-1975) : étudiant en Droit à l’université de Strasbourg redevenue française, il devient avocat et officie au barreau de Strasbourg jusqu’en 1971. Il est en outre maire de Marlenheim de la libération en juin 1945 à mars 1971. Ami personnel de Pierre Pflimlin, ils inaugurent ensemble le statut de Marlenheim en tant que Porte de la Route des Vins d’Alsace en 1953. Passionné de cinéma, Klein a laissé 87 films amateurs en 8mm qui, dans la période 1936-1970, capturent des événements divers : des moments politiques et festifs de Marlenheim aux activités de loisir passés en famille tant dans cette ville qu’ailleurs en France et en Suisse (ski, baignades, balades, chasse, etc). La conjointe de M. Klein est Marianne Claude (1910-2000), membre d’une famille d’entrepreneurs de Marlenheim, fondateurs et propriétaires de la fabrique de scies à bois et à métaux « La Reine Claude » depuis 1895. Le couple aura trois enfants : Marc, Damiane (épouse Scheer) et Sabine (épouse Guin), s’occupant de la collecte et de la transmission des archives photographiques cinématographiques du père à MIRA en 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La première piscine de montagne d’Alsace : une initiative pionnière&lt;br /&gt;
'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’histoire de la piscine est intimement liée à celle du Ski Club Bellefosse-Strasbourg (SCBS), fondé en 1934 à l’initiative de Jean Brandt et composé surtout de jeunes passionnés non seulement de ski et randonnées dans ce coin des Vosges si pittoresque, mais aussi de natation. L’attitude des fondateurs du SCBS se distingue de celle d’autres Ski Clubs de la période par une volonté d’aller au-delà d’une conception purement utilitaire de la montagne et de la séparation sectorielle des pratiques sportives : ils font preuve, au contraire, d’une volonté réelle de développement d’infrastructures permettant l’accès le plus large aux pratiques sportives, des débutants aux experts, et une mise en valeur de l’ensemble des potentialités touristiques du territoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ses membres installent en 1934 les fondations de leur chalet-refuge à Bellefosse, achevé et amélioré au fil des années 1930-1940 (filmé de loin à la minute 00:47), et décident bientôt de bâtir, à côté de celui-ci, une piscine de plein air. Le SCBS parvient à obtenir l’accord et l’aide de l’équipe municipale de Bellefosse, conduite par Ernest Louis Bohy (1886-1974), qui en septembre 1935 loue le terrain au club pour une durée de 99 ans et l’autorise à alimenter la piscine avec l’eau de source. Le patronat strasbourgeois vient aussi en aide du SCBS : Emile Bussinger et son fils Roger (propriétaires d’une entreprise de baguettes et de cadres), ainsi qu’Edouard Deetjen (propriétaire de l’orfèvrerie de luxe homonyme et premier président du SCBS) figurent parmi les donateurs principaux. C’est notamment Deetjen qui finance presque entièrement l’achat des matières premières pour la construction de la piscine. Les travaux débutent fin 1935 et voient une participation active des Bellefossois avec leurs pelles, pioches et attelages de bœufs et chevaux, faisant de cette œuvre l’objet d’une véritable appropriation collective destinée à la renommée de la commune. Les travaux sont rapides et la piscine peut être inaugurée déjà en 1936 sous le nom de « Piscine Deetjen ». Le bassin de 20m x 10m, doté de plongeoir, est entouré d’un espace herbeux destiné à la détente, aux loisirs ou bien aux pique-niques. Dans le film, nous voyons que cet espace est utilisé par les enfants pour jouer et par les adultes pour se reposer, ou encore mettre la crème solaire. Les baignades en mixité sont consenties dès sa création ; cependant, comme dans d’autres établissements alsaciens de la même époque, ce sont seulement les femmes qui sont obligées de porter un bonnet de bain. Bien que construite sur une initiative privée et associative, la piscine n’a jamais eu un caractère de lieu exclusif pour les membres du SCBS, mais au contraire elle a toujours fonctionné comme un établissement public.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Bellefosse1.png|vignette|La construction de la piscine, 1935-1936 (Comm'1 - Bulletin de la commune de Bellefosse, n. 11, décembre 2013)]]&lt;br /&gt;
La construction d’une piscine de plein air à côté d’un chalet-refuge est à cette époque une pratique tout à fait inédite. Celle de Bellefosse est en effet la première piscine en hauteur jamais bâtie en Alsace, en l’occurrence à 750m d’altitude. Avant 1945, les piscines de plein air sont rares en Alsace et se situent exclusivement en plaine. Cependant, celles existantes rencontrent un succès grandissant, attirant beaucoup de visiteurs et devenant des centres de tourisme populaires. L’initiative du SCBS de combiner les deux dimensions, le plein air et la hauteur, est due aux conceptions pionnières de Jean Brandt, faisant de la construction de la piscine un véritable pari. Brandt s’exprime ainsi à ce sujet : « Projet insensé en apparence une piscine à la montagne ! Que non ! Projet grandiose ! Car est-il sport plus sain que la natation. Sans abandonner la montagne, s’adonner aux joies de l’eau, parfaire la préparation physique et le développement physique dans l’air pur de nos montagnes embaumés des senteurs de sapin… c’est le but à atteindre ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La piscine et le chalet-refuge du SCBS deviennent rapidement le point de convergence des activités touristiques de Bellefosse, ainsi qu’un lieu de rencontre et d'échange privilégié entre les Bellefossois et un monde touristique animé de citadins en quête d’air pur, fréquentant régulièrement la commune en été comme en hiver. L’insistance avec laquelle le réalisateur filme le paysage naturel environnant, en l’occurrence celui du Champ du Feu, nous montre ce souci de recherche d’évasion et de détente au contact de la nature (minutes 00:34 – 1:01). Si cet élan est temporairement interrompu pendant la Seconde Guerre mondiale, les activités sont relancées dans l’immédiat après-guerre. La reconstruction du chalet et de la piscine, gravement endommagés par la guerre, reprend dès 1946 : le SCBS organise annuellement un grand bal où sont conviés les artisans, industriels et commerçants de Strasbourg afin de collecter les fonds nécessaires. Déjà à la fin des années 1940, la piscine peut exploiter de nouveau entièrement son potentiel, et commence à héberger également des événements artistiques, tels des spectacles de danse particulièrement appréciés tant par les touristes que par les Bellefossois. De plus, la piscine et le chalet-refuge sont proches des points de départ des randonnées du Champ du Feu, sentiers parsemés de fermes-auberges vosgiennes traditionnelles qui offrent hébergement et restauration, ou encore de plusieurs sites d’intérêt culturel à l’image des ruines du Château de la Roche. Non loin se trouvent également le Mont Sainte-Odile, le Château du Haut-Koenigsbourg, le parc du Ballon des Vosges ou encore la Route des Vins. Des citadins commencent également à acheter des maisons secondaires pour passer plus de temps à Bellefosse et profiter des points d’intérêt avoisinants.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Bellefosse2.jpg|vignette|DNA, 30/08/2016]]&lt;br /&gt;
La piscine a été longtemps alimentée directement par l'eau de source et a gardé son fonctionnement originel pendant 60 ans. Des travaux de rénovation d’ampleur n’ont été entrepris qu’en 1997-1998 par la municipalité de concert avec le SCBS (présidé par Gaston Schillinger), consistant en une mise aux normes via l’installation d’un système de chauffage et de traitement d’eau moderne, d’un bloc sanitaire, d’une station de dosage automatique de clore, ainsi que l’achat de nouveau mobilier et le réaménagement des abords. C’est à l’occasion de ces travaux que la gestion de la piscine a été entièrement cédée par le SCBS à la municipalité de Bellefosse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Une pratique de natation ancrée dans un héritage solide et en pleine démocratisation'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le film nous montre plusieurs dimensions de la pratique de la natation : d’une part l’amusement et la convivialité, et d’autre part l’apprentissage et la démonstration. La convivialité de la fréquentation de la piscine est manifeste dans les scènes montrant que la famille peut s’y rendre au grand complet et y passer sa journée entre moments de rire, de jeu, d’affection et de partage. Pour ce qui est de l’apprentissage de la natation, le film revêt un caractère de démonstration : la mère de famille, aide son enfant à rester à flot (minute 00:02), puis fait plusieurs démonstration de sa maitrise du plongeoir et de la pratique de plongée (minutes 00:12 – 00:22), et l’enfant enfin montre à la caméra ce qu’il a appris en mimant des mouvements de brasse sur le bord de la piscine (minutes 00:28 – 00:32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut présumer que l’enfant est aux débuts de ses cours de natation, de sa familiarisation avec l’eau, et qu’il commence à prendre son aise avec la fréquentation de piscines : malgré le fait qu’il ne sache pas encore nager à proprement parler, il n’est pas effrayé par l’eau et montre avec fierté et joie les gestes qu’il a appris.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La natation en Alsace revêt une dimension populaire déjà au XIXe siècle, non seulement du fait de la multiplication de piscines, bains thermaux et autres établissements aménagés et surveillés, mais aussi de la permanence de la tradition des baignades dans les gravières près de lacs et rivières. La jeunesse alsacienne pratique un apprentissage autodidacte et précoce de la natation avant même que cela ne devienne institutionnel et systématique. L’Alsace n’est pas exempte de la diffusion du mouvement ''Turnen'' en Allemagne dans les années 1870-1880 : bien que dominé par la gymnastique, il s’ouvre progressivement à d’autres disciplines dont la natation. En parallèle, le mouvement hygiéniste pointe le besoin de réformes scolaires et éducatives pour développer la culture physique et sportive, et inspire en ce sens les recommandations pour l’enseignement de l’éducation physique de la jeunesse alsacienne-lorraine contenues dans le rapport de la Commission Manteuffel de septembre 1882, où la natation et les jeux de plein air font l’objet d’un intérêt spécifique. Les sports nautiques et les infrastructures de natation deviennent de plus en plus accessibles aux citadins et constituent des passe-temps populaires dans les milieux bourgeois. L’engouement provoqué par les premiers Jeux Olympiques d’Athènes de 1896, où la natation figure à l’honneur, contribuent à cette tendance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au début du XXe siècle, clubs et sociétés de natation se multiplient en Alsace et mettent un accent particulier à la formation d’enseignants, censés pouvoir recruter la relève pour la natation de compétition. Souvent, ce sont ces clubs qui poussent à la construction de nouveaux établissements ou bien à l’amélioration de ceux existants : si l’objectif prioritaire demeure la dimension compétitive, les externalités positives s’étendent à l’ensemble de la population, lui permettant de disposer finalement d’un nombre plus élevé de structures de proximité et de meilleure qualité. L'introduction légale de la journée de huit heures en 1919 en France offre aux travailleurs plus de temps libre et marque une nouvelle étape de la démocratisation de la natation, permettant d’ailleurs à un nombre croissant de familles de pouvoir se déplacer en dehors des villes industrielles pour profiter des piscines de plein air ou des bassins naturels à la campagne. Cette fuite vers la campagne à la recherche d’air pur et soleil change également la conception des canons de beauté en vigueur : à la place de la peau pale, la pratique du bronzage se développe comme synonyme de la recherche d’un corps sain, et cela s’effectue prioritairement autour de plages et piscines de plein air. C’est encore dans les années 1920 que plusieurs communes alsaciennes insèrent l’apprentissage de la natation en mixité dans les cursus des écoles primaires et favorisent l’inclusion d’un nombre grandissant d’élèves et le recrutement d’enseignants compétents. L’apprentissage se fait certes dans l’eau mais aussi, de manière gymnastique, à l’extérieur : sur les bords des piscines les enfants apprennent et répètent les gestes avant de se plonger. La généralisation véritable de l’enseignement de la natation dans le cadre des cours d’éducation physique des écoles primaires se manifeste des années 1930 à 1950 en Alsace comme dans le reste de la France. Après la Seconde Guerre mondiale, en Alsace, les sports nautiques se diversifient davantage : les clubs de plongée et de natation synchronisée se développent, alors qu’en 1947 une première traversée de Strasbourg à la nage est organisée avec une multitude de participants de tout genre et âge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le film, datant de 1956, s’insère dans cette époque de démocratisation et popularisation des sports nautiques. Pourtant, malgré sa renommée, l’accès à la piscine de Bellefosse demeure limité aux classes plus aisées étant donné qu’elle était plus facilement joignable en voiture ou taxi qu’avec les transports en commun (la gare la plus proche, celle de Fouday, étant à 4km de distance de Bellefosse et n’étant que peu desservie). Le point de vue du cinéaste est celui d’une famille bourgeoise alsacienne, pouvant se permettre non seulement le luxe d’acheter le matériel de tournage mais aussi celui de fréquenter la piscine de Bellefosse. L’exceptionnalité du moment qui motive le réalisateur à filmer, donc, n’est probablement pas la fréquentation d’une piscine quelconque, ni d’une piscine dans les Vosges (qui étaient en général très fréquentées du fait de la proximité avec l’Alsace), mais en particulier de celle de Bellefosse, considérée comme une destination privilégiée, non accessible pour tout le monde.&lt;br /&gt;
[[Fichier:Bellefosse3.png|vignette|Chalet du SCBS et piscine (Comm’1 – Bulletin de la commune de Bellefosse, n. 11, décembre 2013)]]&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''Sports et loisirs en Alsace au XXème siècle'', Strasbourg, Centre de Recherches Européennes en Education Corporelle/UFR STAPS, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Perny, « L’arrivée des sports en Alsace », ''Revue d’Alsace'', n. 140, 2014, p. 321-360.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comm’1 – Bulletin de la commune de Bellefosse'', n. 11, décembre 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Bellefosse – Anniversaire : 80 étés de piscine », Dernières Nouvelles d’Alsace (Edition Molsheim-Obernai), 30 août 2016, consulté le 21/12/2019, URL : https://www.dna.fr/edition-de-molsheim-schirmeck/2016/08/30/80-etes-de-piscine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Site du Champ du Feu, consulté le 20/12/2019, URL : https://www.lechampdufeu.com/&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Annuaire Mairie, Village de Bellefosse, consulté le 20/12/2019, URL : https://www.annuaire-mairie.fr/mairie-bellefosse.html&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Site de la commune de Marlenheim, consulté le 19/12/2019, URL : https://www.marlenheim.fr/&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>https://rhinedits.u-strasbg.fr/w/index.php?title=La_Schlucht(0113FH0017)&amp;diff=12859</id>
		<title>La Schlucht(0113FH0017)</title>
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		<updated>2020-01-05T22:03:06Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=La Schlucht&lt;br /&gt;
|fonds=Lehmann&lt;br /&gt;
|idSupport=0113FH0017&lt;br /&gt;
|video=0113FH0017_1&lt;br /&gt;
|institution_dorigine=MIRA&lt;br /&gt;
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|duree=00:07:28&lt;br /&gt;
|genre=Film_amateur&lt;br /&gt;
|format_original=8 mm&lt;br /&gt;
|droits=MIRA&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Lehmann, Robert&lt;br /&gt;
|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
|userrealname=Lola Romieux&lt;br /&gt;
|datesignature=2020-01-04&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Winter sport&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Ce film en 8mm, muet et en couleur, nous montre une sélection de scènes de loisir hivernal d’une famille alsacienne en 1952 au cours d’une journée passée à la station de ski du col de la Schlucht. &lt;br /&gt;
Il s’agit de l’un des cols les plus importants des Hautes Vosges, situé entre les localités de Valtin (88) et Stosswihr (68), constituant une frontière naturelle entre la Lorraine et l’Alsace à 1.139m d’altitude. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le réalisateur est Robert Lehmann, né en 1901 : issu du milieu bourgeois alsacien, propriétaire d’une maison et d’un bateau à Strasbourg, passionné de sports divers (pêche, ski, nautique) et habitué du tourisme, le cinéaste filme ici trois éléments de la pratique de ski. D’abord, les infrastructures modernes du col de la Schlucht dont notamment le téléski (minutes 00:01 – 00:23). Ensuite, le paysage naturel environnant symbolisé par les arbres enneigés (minutes 00:24 – 00:28). Enfin, sa femme et ses enfants aux prises avec l’apprentissage des gestes de ski à l’aide d’un enseignant particulier (minutes 00:29 – 1:24). Les membres de la famille Lehmann sourient et sont heureux de se faire filmer dans cet apprentissage et de démontrer à la caméra les progrès réalisés.&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr='''Un site touristique prestigieux et exclusif'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Schlucht a pendant longtemps été considérée comme inaccessible et impraticable. La première voie carrossable passant par le col, reliant Colmar et la vallée de la Fecht à Gérardmer et à la vallée des Lacs, n’est aménagée qu’en 1842-1869 par une initiative privée, celle de la famille colmarienne des Hartmann, propriétaires des manufactures textiles de la vallée de Munster. La route est ensuite continuée par les autorités départementales sous la direction du géologue Henri Charles Hogard (1808-1880), aménageant notamment le tracé du Collet à Gérardmer. C’est encore la famille Hartmann qui fait ériger à l’Altenberg, près du col, un relais de chasse, transformé bientôt en un chalet luxueux inauguré par Napoléon III et sa cour en 1860. En 1864, le chalet Hartmann est converti en hôtel à destination de notables, ministres, ecclésiastiques et célébrités. Il se dote d’un terrain de tennis au Montabey et d’un golf aux Trois-Fours. Napoléon III et sa cour y séjournent encore en 1865 et 1867. Après l’annexion de l’Alsace en 1871, la Schlucht devient un poste-frontière stratégique, mais malgré sa militarisation elle demeure une destination privilégiée. En 1908, Guillaume II la choisit pour sa villégiature estivale, ce qui contribue à sa renommée en tant qu’endroit de tourisme de luxe de la Belle Epoque allemande. Avant la Grande Guerre, le col est fréquenté surtout en été, constituant le point de départ de nombreuses randonnées panoramiques dans le parc du Ballon des Vosges. Ainsi, le Sentier des Roches (''Strohmeyerpfad'') est aménagé entre juillet 1910 et août 1912 à l’initiative d’Heinrich Strohmeyer, garde général des Eaux et Forêts et président du Club Vosgien de Munster de 1908 à 1914. Reliant la Schlucht au Frankenthal, il demeure toutefois inaccessible en hiver. Le sanatorium et station thermale Altenberg de Stosswihr, fondé en 1896, attire lui aussi une clientèle d’exception au fil des années : le kaiser Guillaume II, le lord et premier ministre britannique Robert Cecil, le président français Raymond Poincaré, ou encore la reine des Pays-Bas Wilhelmina d’Orange-Nassau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Tram Gérardmer-Schlucht.jpg|vignette|Carte postale du tramway français atteignant la Schlucht depuis Gérardmer (Creative Commons)]]&lt;br /&gt;
[[Fichier:Tram Munster.jpg|vignette|Carte postale du tramway allemand atteignant la Schlucht depuis Munster (Creative Commons)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux lignes de tramway électrique sont inaugurées au début du XXe siècle essentiellement pour favoriser l’essor du tourisme local. En 1904, du côté français est lancée la ligne Gérardmer-Retournemer-Schlucht-Hohneck, à adhérence simple et à voie unique : elle est gérée par une succession de compagnies de transports privées et reste active jusqu’en 1940. En 1907, du côté allemand, est inaugurée la ligne Munster-Schlucht (''Münsterschluchtbahn''), à crémaillère éphémère de type Strub et à voie unique : elle est gérée par l’''Elektrizität und Bahngesellschaft Münster-Schlucht'' et reste active jusqu’en 1914. Le tracé entier des deux lignes n’est garanti que pendant l’été, tandis qu’en hiver le col de la Schlucht n’est quasiment jamais desservi. Néanmoins, les skieurs gagnent un temps considérable pour rejoindre le col. Plusieurs projets d’aménagement des lignes pour le service hivernal tombent successivement à l’eau avant et après la Grande Guerre. Les deux tracés sont reliés et utilisés dès août 1914 par le corps du génie de l’armée française : le col voit ses terminus de tram agrandis mais convertis en bâtiments militaires. La Schlucht devient l’un des passages clé de la Route des Crêtes, mise en place dès juin 1915 par le général Augustin Dubail (1851-1934) pour relier le col des Bagenelles au Markstein afin d’assurer le soutien logistique du front avancé en Alsace et la défense française des Vosges. Démilitarisée et rendue accessible au public et au transit dès 1920, la Schlucht demeure une destination touristique privilégiée lorsque l’Alsace redevient française. La Route des Crêtes est convertie en sentier de la Schlucht au Hohneck : elle attire les randonneurs et commence à être pratiqué également en hiver en ski de fond et en raquettes. En 1931, le Tour de France passe pour la première fois par le col au cours de la 20e étape (passage groupé). La même année, Georges Simenon écrit ''Le Relais d’Alsace'', dont l’action se déroule dans un hôtel homonyme mais fictif sur le col de la Schlucht. La fréquentation reste stable mais majoritairement huppée tout au long des années 1930, et ce malgré l’état d’abandon du chalet-hôtel Hartmann depuis 1930 (il sera finalement détruit en 1946). C’est encore le prestige du site du col qui pousse Hitler à y séjourner quelques jours en 1940. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Douane.jpg|vignette|Carte postale française (Creative Commons)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un berceau des sports d’hiver vosgiens'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si au XIXe siècle la pratique du ski était surtout utilitaire, servant aux bûcherons pour monter en forêt ainsi qu’aux armées pour se déplacer en montagne, vers la fin du XIXe et au début du XXe siècle la conception du ski évolue rapidement vers celle d’une pratique sportive, tant de compétition que de loisir, connectée également à la recherche de bien-être, d’air pur et de retour à la nature telle que prêchée par le mouvement hygiéniste allemand. Les Vosges sont considérées comme un massif pionnier et influent de l’histoire du ski français et allemand : c’est ici, avant même que dans les Alpes, qu’apparaissent les premiers skieurs sportifs, et le col de la Schlucht y occupe une place centrale tant du côté allemand que français. Ce col connaît en effet un développement précoce des sports d’hiver empruntés de la tradition scandinave. Dès 1905 s’y tiennent des compétitions de ski sous la houlette de l’''Elsass-Lothringischer Ski-Verband'', fédérant la plupart des Ski Clubs, alors qu’en 1910 s’y tient un championnat militaire allemand de sports d’hiver (ski, luge, bobsleigh, ski-jöring). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le col bénéficie des tendances positives qui se manifestent dans les régions limitrophes, dont notamment les fondations d’associations d’amateurs se multipliant dans les années 1890-1910. Du côté allemand, les clubs vosgiens sont initiés et composés principalement par des citadins alsaciens : le ''Ski-Club Vogesen'' à Strasbourg en 1896, le ''Schneeschuhverein Hochvogesen Colmar'' en 1905, le ''Ski-Club Vogesen Mühlhausen'' en 1910. Du côté français, les Ski Clubs de Bruyères en 1895, de la Haute-Meurthe (SHM) en 1908, de Remiremont en 1909 et de Bussang en 1911 sont les premiers clubs vosgiens et figurent parmi les premiers français. Sous l’impulsion de la Société des sports d’hiver constituée à Gérardmer en 1908-1909, la station de ski de la ville devient un centre névralgique d’organisation de compétitions sportives : elle organise annuellement sa « Grande Semaine d’Hiver » dès 1910, et en 1913 elle héberge la « Semaine internationale de ski » chapeautée par le Club Alpin Français. Gérardmer dépose sa candidature pour héberger les premiers Jeux Olympiques d’Hiver de 1924, mais le choix du comité national olympique tombe finalement sur la ville de Chamonix. Dans les années 1920, les Ski Clubs sont à l’initiative de nombreux travaux d’aménagement des sites touristiques hivernaux : les communes, désireuses d’exploiter le potentiel touristique, donnent volontiers leur accord pour l’inauguration des pistes, l’électrification des sites, mais surtout l’établissement de chalets, refuges et sites de restauration. Ces derniers sont réalisés par la rénovation et la conversion de bâtiments préexistants qui sont rachetés par les clubs ou cédés par des sympathisants, ou bien par l’occupation temporaire de lieux que les fermiers n’utilisaient pas en hiver. Cependant, les clubs demeurent composés d’un nombre restreint de membres, majoritairement des notables issus de l’armée et d’une élite bourgeoise urbaine et industrielle. La connexion de ce milieu de consommateurs de la montagne avec celui de ses habitants demeure initialement compliquée. Les cotisations élevées contribuent à faire des clubs des lieux d’exclusivité. De même, l’insuffisance et les dysfonctionnements des transports en commun reliant les cols vosgiens, notamment pendant la saison hivernale, obligent les skieurs à atteindre les cols en taxi, en navettes de véhicule-remorques, en autobus, avec leur propre voiture, ou bien à pied, ce qui contribue à limiter l’accès à la pratique du ski à la grande majorité de la population.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Ski Clubs vosgiens ne connaissent d’essor véritable ni de prémisses de démocratisation que dans les années 1930, souvent sous l’égide du Club Vosgien et en conséquence de l’engouement populaire autour des compétitions internationales qui se tiennent au site du Markstein au fil des années 1920. En parallèle, des communes alsaciennes et lorraines commencent à investir davantage dans le développement de stations de ski dotées d’infrastructures modernes afin d’en exploiter le potentiel économique d’attrait d’un tourisme de masse. Des entreprises dédiées à la fabrication de matériaux pour les sports d’hiver s’installent à proximité des stations. Jusqu’à la création de la SNCF en 1937, la Compagnie des chemins de fer de l’Est et l’Administration des chemins de fer d'Alsace et de Lorraine proposent des billets combinés train/autocar pour permettre au plus grand nombre d’atteindre les sites de ski, autrement laissés exclusivement aux entreprises privées de transports routiers, souvent en situation de monopole sur les divers tracés. Encore, des organisations de compétition voient le jour au sein ou bien en parallèle des clubs d’amateurs, et contribuent à créer les conditions pour une hausse des investissements infrastructurels notamment dans les cols de grande altitude, où l’enneigement est plus sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:TKE1.jpg|vignette|Téléski de la Schlucht installé en 1937 (remontees-mecaniques.net)]]&lt;br /&gt;
Paradoxalement, probablement du fait du caractère élitiste des clubs vosgiens, les premières infrastructures de remonte-pente sont installées plus tardivement dans les Vosges que dans les autres régions françaises du Massif Central, des Alpes, des Préalpes et des Pyrénées. En outre, la France est globalement en retard par rapport aux innovations des ingénieurs allemands, autrichiens et suisses des années 1910-1920, celles-ci rendant possible, au milieu des années 1930, l’essor au niveau mondial de téléskis plus légers, plus maniables et moins coûteux. Toutefois, au niveau alsacien-lorrain, c’est précisément la Schlucht qui devient un terrain d’expérimentation et une cible prioritaire du développement des infrastructures du tourisme hivernal régional. Une première remontée mécanique rudimentaire actionnée par un moteur thermique à essence est installée en 1922 et hisse les skieurs au haut des chaumes du Montabey, desquels ils redescendent vers le col. Cette première structure est remplacée en 1937 par un véritable téléski TKE1 à enrouleurs : il s’agit du premier téléski alsacien-lorrain et du seul fonctionnant avant-guerre dans le massif vosgien. Opérationnel déjà pour la saison d’hiver 1937-1938, il semble avoir été installé par les ingénieurs de l’Ecole des Ponts et Chaussées. Le départ est situé en pleine pente, près des chaumes du Montabey, en amont de la ligne de tram menant au Hohneck qui était encore active. Toutefois, le TKE1 fonctionne avec un système d’ancre particulièrement inconfortable pour les skieurs, les accrochant par derrière et leur faisant mordre la neige le long du trajet. Ainsi, déjà en 1950 cet appareil est remplacé à son tour par un premier remonte-pente à enrouleurs TKE2/TSF1 réversible (téléski à deux places d’hiver, télésiège monoplace d’été, un modèle plutôt courant à l’époque. La licence pour la construction est probablement délivrée à l’entreprise de l’ingénieur mécanique suisse Ernst Constam (1888-1965), pionnier de l'aide à l'escalade mécanique moderne pour les sports d’hiver ainsi qu’inventeur du téléski à arbalètes et du télésiège (pour lesquels il détient le brevet et dont en réalisera une bonne centaine au cours de sa vie tant en Europe qu’aux Etats-Unis). Ce remonte-pente passe au-dessus de la Route des Crêtes et détient un fort attrait panoramique. Il s’étend sur une partie de l’ancienne plate-forme des trams Gérardmer-Retournemer-Schlucht-Hohneck (le point de départ du remonte-pente correspond à l’ancien point d’arrivée des trams au col), et peut en effet profiter de ces infrastructures préexistantes après leur abandon : le service de tramways ayant été suspendu dès août 1940 du fait de l’occupation allemande, le tracé est dégagé dans l’après-guerre puis déclassé par décret le 19 décembre 1950. Le TKE2/TSF1 permet une amélioration du confort pour les sportifs, grâce au départ directement du col et à un système de sellette double (dite à archet ou de pioche), ce qui est bénéfique également pour les exploitants du site puisque la montée par deux permet d’augmenter le débit de près de 50 %. Le système de réversibilité est moderne : le portique de compression placé devant la gare pouvait être démonté en hiver, permettant une montée plus rapide de l’arbalète, tandis qu’en été le maintien du portique laissant plus de place à l’embarquement des clients sur les sièges. C’est ce téléski qui est actif en 1952 et qui est donc filmé par Lehmann (minutes 00:01 – 00:23). Le film nous montre également qu’un employé de la station de ski aide les usagers à monter correctement et rapidement sur la sellette. Ayant été un facteur déterminant en termes de hausse de la fréquentation et ayant contribué à la renommée des sports d’hiver au col, le TKE2/TSF1 est doublé dans les années 1950 d’un second appareil du même type, installé à l’est du premier. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Téléski 1950.jpg|vignette|Téléski de la Schlucht installé en 1950 (remontees-mecaniques.net)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les deux guerres mondiales endommagent durablement de nombreuses infrastructures de ski de l’Est de la France (gîtes, transports, électrification, remonte-pentes), la Schlucht en est relativement préservée : dans l’immédiat après-guerre, elle peut reprendre ses activités régulières, réactiver le téléski de 1937 puis procéder rapidement à son remplacement, tandis que d’autres sites commencent à peine la reconstruction. Le Ski Club de Stosswihr, constitué le 11 octobre 1945, prend également une part importante dans la relance des activités du secteur et dans la diffusion d’une conception de l’amour pour la montagne comme facteur de propagation de valeurs humanistes en opposition aux drames de la guerre, mettant au cœur les sentiments d’entraide, partage, convivialité et solidarité sans distinction quelconque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Une démocratisation des sports d’hiver vosgiens riche en contradictions'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pistes de ski de la Schlucht sont relativement faciles (elles sont aujourd’hui classées dans leur intégralité comme des « pistes bleues »), ce qui permet après-guerre la reprise d’un tourisme de tout type d’amateurs, des débutants aux experts, mais surtout des familles. Pour cela, les hôteliers des régions avoisinantes, notamment de la Bresse, orientent leur clientèle sportive prioritairement vers la Schlucht. Ses pistes se prêtent à l’apprentissage des premiers gestes de ski, ce qui explique que déjà en 1949 y soit inaugurée la première école du ski français dans les Vosges, à l’initiative de Jean-Marie Leduc (1920-2012), ancien résistant du maquis Saint-Jacques à Gérardmer et déporté au Struthof. En complément, hôtels, refuges, restaurants et parkings se multiplient dans l’immédiat après-guerre et jettent les fondements d’un véritable réseau de services, là où avant 1945 il n’existait que quelques structures disparates. Dans le film, nous apercevons de loin la construction de l’aile gauche du Grand Hôtel, l’une des structures hôtelières les plus proches du point de départ du téléski (minute 00:01 – 00:06 et minute 00:13 – 00:18). Des chalets privés sont également construits ou aménagés à partir de structures préexistantes aux alentours du col, permettant d’héberger des familles pour des durées plus longues. Ces tendances accompagnent la relance du tourisme autour de la Schlucht et sa massification dans les deux saisons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Datant de 1952, le film se situe au plein cœur de la deuxième vague de démocratisation des sports d’hiver au cours des années 1950. Les phénomènes d’apparition d’écoles de ski, de modernisation des stations et remonte-pentes, de connexion des domaines skiables avoisinants, de développement des compétitions, de production industrielle de matériaux pour les sports d’hiver standardisés et accessibles à l’achat ou à la location à des prix modérés (tenues, skis, bâtons, raquettes, lunettes), se répandent progressivement. La reprise des Jeux Olympiques d’Hiver dès 1948 à Saint-Moritz (Suisse), malgré les défaillances et les polémiques qui les accompagnent, rallument l’intérêt populaire pour les sports d’hiver et introduisent des nouvelles disciplines. Si les prix d’accès aux services touristiques hivernaux baissent quelque peu, ils restent néanmoins inaccessibles pour une bonne partie de la population ouvrière. Par exemple, l’accès aux écoles de ski, souvent privées ou associatives, reste fortement conditionné par les possibilités financières des usagers : si certains peuvent se permettre le luxe de disposer d’un enseignant pour des cours particuliers, comme cela semble le cas dans le film, la plupart des apprenti-skieurs doivent se contenter de cours collectifs. Les communes alsaciennes et lorraines cherchent à développer le tourisme hivernal, en complément de celui estival reposant sur une tradition plus solide, pour compenser les pertes dues aux crises économiques de l’après-guerre, mais aussi pour faire face à la concurrence de plus en plus rude des installations de ski alpines, qui déjà au milieu des années 1930 remettent en cause la place de primauté du ski vosgien. Notamment, la vallée de Munster et les zones limitrophes subissent de plein fouet, après l’extinction de la dynastie Hartmann en 1950, les conséquences des deux crises textiles de 1954-1956 (saturation du marché européen et perte française du marché indochinois) et de 1958-1959 (concurrence des pays émergents d’Amérique latine et d’Inde), marquant le début d’un déclin finalement irréversible pour le secteur textile alsacien. Le développement du tourisme permet la reconversion de bâtiments et d’ouvriers licenciés, et devient ainsi une priorité stratégique pour les politiques locales sans pouvoir toutefois réabsorber complètement la crise. Cet interventionnisme municipal est un prélude à celui étatique du Plan Neige de 1964-1977 et à une urbanisation agressive des montagnes françaises en fonction du tourisme hivernal, ayant des effets néfastes du point de vue de la préservation des sites historiques et des paysages naturels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, l’interventionnisme des pouvoirs publics ne parvient pas à endiguer la tendance à un développement des infrastructures touristiques demeurant conditionné principalement par les conditions du marché et soumis aux initiatives du secteur privé. De 1948 à 1983, l’exploitant des infrastructures touristiques de la Schlucht, comme d’une grande partie du Markstein, est l’autocariste Hubert Charton (pionnier des premières stations de sports d’hiver dans les Vosges), à travers sa Société des Téléskis des Hautes Vosges, reliée dès 1956 à sa Société des Transports Automobiles des Hautes-Vosges (STAHV), basée à Épinal. C’est Charton qui chapeaute la construction du TKE2/TSF1 de 1950 et qui en devient ensuite l’unique exploiteur et bénéficiaire. Son entreprise s’occupe également d’assurer l’acheminement des skieurs sur les champs de neige, en mettant en place un système de transport par voiture-taxi depuis les villes de la région, ou par voiture-remorques depuis les gares avoisinantes. Ce monopole est perdu en 1983 lorsque les remonte-pentes de la Schlucht sont cédés à Jean-Marie Remy et à sa société Remy Loisirs (aujourd’hui Labellemontagne), première acquisition de cette entreprise bressane dans les Vosges inaugurant sa stratégie d’expansion dans le département et de connexion des domaines skiables de la Schlucht, du Collet, du Chitelet et du Hohneck (un domaine skiable connu aujourd’hui sous le nom de La Bresse-Hohneck). Déjà en 1984-1985, le nouvel exploitant procède au remplacement des deux TKE2/TSF1 à enrouleurs vieux de 30 ans : ils sont substitués d’abord par des TKE2/TSF2, puis par deux appareils modernes à perches débrayables de type Poma (TSD4), en pylônes galvanisés. En 1986, Remy procède à l’installation d’une piste de luge d’été, première en France, rendue possible par des travaux d’aménagement de la Route des Crêtes et permettant à l’entreprise d’amortir ses investissements pendant l’été. Il procède également au terrassement de la piste de ski pour retrouver une pente plus naturelle. Dès 1987, il généralise l’usage des canons à neige dans le domaine skiable.&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''L’image des Vosges. Actes du colloque d'Epinal'', 19 novembre 2016, Epinal, Archives départementales des Vosges, 2018.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Exposition. Hartmann : Un Empire Industriel'', Ville de Munster, 2016.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alban Fournier, Victor Franck, ''Les Vosges : du Donon au Ballon d'Alsace'', Strasbourg, Est Libris, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Claude Kauffmann, Grégoire Gauchet, ''Histoire des sports d’hiver et du ski en Alsace'', Pontarlier, Belvédère, 2016.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Laederich, André Jacquot, « Les trois lignes du col de la Schlucht », ''Connaissance du Rail'', n. 336-337,‎ mai-juin 2009, p. 4-15.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Robert Le Pennec, ''Sur les rails vosgiens'', Breil-sur-Roya, Cabri, 2006.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jack Lesage, Pierre Ratinaud, ''La saga des remontées mécaniques'', Grenoble, Publialp, 1993.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Michon, Thierry Terret, ''Pratiques sportives et identités locales'', Paris, L'Harmattan, 2015.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Montaz, ''Les pionniers du téléski'', compte d'auteur, 2006.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sebastien Stumpp, ''Le ski associatif en Alsace au temps du Reichsland (1896-1914) : tensions nationales, oppositions sociales, jeux institutionnels'', Thèse de Doctorat en Sociologie sous la direction de Bernard Michon, Université Marc Bloch (Strasbourg), 2007.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Histoire des téléskis », Remontées mécaniques, Consulté le 27/12/2019, URL : https://www.remontees-mecaniques.net/dossier/page-histoire-des-teleskis-51.html&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« TSD de la Schlucht », Remontées mécaniques, Consulté le 27/12/2019, URL : https://www.remontees-mecaniques.net/bdd/reportage-tsd4-de-la-schlucht-poma-883.html&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<updated>2020-01-05T22:02:54Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
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&lt;div&gt;TKE2-TSF1 de 1950&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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		<title>La Schlucht(0113FH0017)</title>
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		<updated>2020-01-05T21:59:12Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;L. Romieux : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{FicheSequence&lt;br /&gt;
|titreCree=Non&lt;br /&gt;
|titre=La Schlucht&lt;br /&gt;
|fonds=Lehmann&lt;br /&gt;
|idSupport=0113FH0017&lt;br /&gt;
|video=0113FH0017_1&lt;br /&gt;
|institution_dorigine=MIRA&lt;br /&gt;
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|genre=Film_amateur&lt;br /&gt;
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|droits=MIRA&lt;br /&gt;
|Etat_redaction=Non&lt;br /&gt;
|Etat_publication=Non&lt;br /&gt;
|realisateurs=Lehmann, Robert&lt;br /&gt;
|username=L. Romieux&lt;br /&gt;
|userrealname=Lola Romieux&lt;br /&gt;
|datesignature=2020-01-04&lt;br /&gt;
|lieuTournage=48.58189, 7.75103&lt;br /&gt;
|thematique=Winter sport&lt;br /&gt;
|Resume_fr=Ce film en 8mm, muet et en couleur, nous montre une sélection de scènes de loisir hivernal d’une famille alsacienne en 1952 au cours d’une journée passée à la station de ski du col de la Schlucht. &lt;br /&gt;
Il s’agit de l’un des cols les plus importants des Hautes Vosges, situé entre les localités de Valtin (88) et Stosswihr (68), constituant une frontière naturelle entre la Lorraine et l’Alsace à 1.139m d’altitude. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le réalisateur est Robert Lehmann, né en 1901 : issu du milieu bourgeois alsacien, propriétaire d’une maison et d’un bateau à Strasbourg, passionné de sports divers (pêche, ski, nautique) et habitué du tourisme, le cinéaste filme ici trois éléments de la pratique de ski. D’abord, les infrastructures modernes du col de la Schlucht dont notamment le téléski (minutes 00:01 – 00:23). Ensuite, le paysage naturel environnant symbolisé par les arbres enneigés (minutes 00:24 – 00:28). Enfin, sa femme et ses enfants aux prises avec l’apprentissage des gestes de ski à l’aide d’un enseignant particulier (minutes 00:29 – 1:24). Les membres de la famille Lehmann sourient et sont heureux de se faire filmer dans cet apprentissage et de démontrer à la caméra les progrès réalisés.&lt;br /&gt;
|Contexte_et_analyse_fr='''Un site touristique prestigieux et exclusif'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Schlucht a pendant longtemps été considérée comme inaccessible et impraticable. La première voie carrossable passant par le col, reliant Colmar et la vallée de la Fecht à Gérardmer et à la vallée des Lacs, n’est aménagée qu’en 1842-1869 par une initiative privée, celle de la famille colmarienne des Hartmann, propriétaires des manufactures textiles de la vallée de Munster. La route est ensuite continuée par les autorités départementales sous la direction du géologue Henri Charles Hogard (1808-1880), aménageant notamment le tracé du Collet à Gérardmer. C’est encore la famille Hartmann qui fait ériger à l’Altenberg, près du col, un relais de chasse, transformé bientôt en un chalet luxueux inauguré par Napoléon III et sa cour en 1860. En 1864, le chalet Hartmann est converti en hôtel à destination de notables, ministres, ecclésiastiques et célébrités. Il se dote d’un terrain de tennis au Montabey et d’un golf aux Trois-Fours. Napoléon III et sa cour y séjournent encore en 1865 et 1867. Après l’annexion de l’Alsace en 1871, la Schlucht devient un poste-frontière stratégique, mais malgré sa militarisation elle demeure une destination privilégiée. En 1908, Guillaume II la choisit pour sa villégiature estivale, ce qui contribue à sa renommée en tant qu’endroit de tourisme de luxe de la Belle Epoque allemande. Avant la Grande Guerre, le col est fréquenté surtout en été, constituant le point de départ de nombreuses randonnées panoramiques dans le parc du Ballon des Vosges. Ainsi, le Sentier des Roches (''Strohmeyerpfad'') est aménagé entre juillet 1910 et août 1912 à l’initiative d’Heinrich Strohmeyer, garde général des Eaux et Forêts et président du Club Vosgien de Munster de 1908 à 1914. Reliant la Schlucht au Frankenthal, il demeure toutefois inaccessible en hiver. Le sanatorium et station thermale Altenberg de Stosswihr, fondé en 1896, attire lui aussi une clientèle d’exception au fil des années : le kaiser Guillaume II, le lord et premier ministre britannique Robert Cecil, le président français Raymond Poincaré, ou encore la reine des Pays-Bas Wilhelmina d’Orange-Nassau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Tram Gérardmer-Schlucht.jpg|vignette|Carte postale du tramway français atteignant la Schlucht depuis Gérardmer (Creative Commons)]]&lt;br /&gt;
[[Fichier:Tram Munster.jpg|vignette|Carte postale du tramway allemand atteignant la Schlucht depuis Munster (Creative Commons)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux lignes de tramway électrique sont inaugurées au début du XXe siècle essentiellement pour favoriser l’essor du tourisme local. En 1904, du côté français est lancée la ligne Gérardmer-Retournemer-Schlucht-Hohneck, à adhérence simple et à voie unique : elle est gérée par une succession de compagnies de transports privées et reste active jusqu’en 1940. En 1907, du côté allemand, est inaugurée la ligne Munster-Schlucht (''Münsterschluchtbahn''), à crémaillère éphémère de type Strub et à voie unique : elle est gérée par l’''Elektrizität und Bahngesellschaft Münster-Schlucht'' et reste active jusqu’en 1914. Le tracé entier des deux lignes n’est garanti que pendant l’été, tandis qu’en hiver le col de la Schlucht n’est quasiment jamais desservi. Néanmoins, les skieurs gagnent un temps considérable pour rejoindre le col. Plusieurs projets d’aménagement des lignes pour le service hivernal tombent successivement à l’eau avant et après la Grande Guerre. Les deux tracés sont reliés et utilisés dès août 1914 par le corps du génie de l’armée française : le col voit ses terminus de tram agrandis mais convertis en bâtiments militaires. La Schlucht devient l’un des passages clé de la Route des Crêtes, mise en place dès juin 1915 par le général Augustin Dubail (1851-1934) pour relier le col des Bagenelles au Markstein afin d’assurer le soutien logistique du front avancé en Alsace et la défense française des Vosges. Démilitarisée et rendue accessible au public et au transit dès 1920, la Schlucht demeure une destination touristique privilégiée lorsque l’Alsace redevient française. La Route des Crêtes est convertie en sentier de la Schlucht au Hohneck : elle attire les randonneurs et commence à être pratiqué également en hiver en ski de fond et en raquettes. En 1931, le Tour de France passe pour la première fois par le col au cours de la 20e étape (passage groupé). La même année, Georges Simenon écrit ''Le Relais d’Alsace'', dont l’action se déroule dans un hôtel homonyme mais fictif sur le col de la Schlucht. La fréquentation reste stable mais majoritairement huppée tout au long des années 1930, et ce malgré l’état d’abandon du chalet-hôtel Hartmann depuis 1930 (il sera finalement détruit en 1946). C’est encore le prestige du site du col qui pousse Hitler à y séjourner quelques jours en 1940. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Douane.jpg|vignette|Carte postale française (Creative Commons)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un berceau des sports d’hiver vosgiens'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si au XIXe siècle la pratique du ski était surtout utilitaire, servant aux bûcherons pour monter en forêt ainsi qu’aux armées pour se déplacer en montagne, vers la fin du XIXe et au début du XXe siècle la conception du ski évolue rapidement vers celle d’une pratique sportive, tant de compétition que de loisir, connectée également à la recherche de bien-être, d’air pur et de retour à la nature telle que prêchée par le mouvement hygiéniste allemand. Les Vosges sont considérées comme un massif pionnier et influent de l’histoire du ski français et allemand : c’est ici, avant même que dans les Alpes, qu’apparaissent les premiers skieurs sportifs, et le col de la Schlucht y occupe une place centrale tant du côté allemand que français. Ce col connaît en effet un développement précoce des sports d’hiver empruntés de la tradition scandinave. Dès 1905 s’y tiennent des compétitions de ski sous la houlette de l’''Elsass-Lothringischer Ski-Verband'', fédérant la plupart des Ski Clubs, alors qu’en 1910 s’y tient un championnat militaire allemand de sports d’hiver (ski, luge, bobsleigh, ski-jöring). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le col bénéficie des tendances positives qui se manifestent dans les régions limitrophes, dont notamment les fondations d’associations d’amateurs se multipliant dans les années 1890-1910. Du côté allemand, les clubs vosgiens sont initiés et composés principalement par des citadins alsaciens : le ''Ski-Club Vogesen'' à Strasbourg en 1896, le ''Schneeschuhverein Hochvogesen Colmar'' en 1905, le ''Ski-Club Vogesen Mühlhausen'' en 1910. Du côté français, les Ski Clubs de Bruyères en 1895, de la Haute-Meurthe (SHM) en 1908, de Remiremont en 1909 et de Bussang en 1911 sont les premiers clubs vosgiens et figurent parmi les premiers français. Sous l’impulsion de la Société des sports d’hiver constituée à Gérardmer en 1908-1909, la station de ski de la ville devient un centre névralgique d’organisation de compétitions sportives : elle organise annuellement sa « Grande Semaine d’Hiver » dès 1910, et en 1913 elle héberge la « Semaine internationale de ski » chapeautée par le Club Alpin Français. Gérardmer dépose sa candidature pour héberger les premiers Jeux Olympiques d’Hiver de 1924, mais le choix du comité national olympique tombe finalement sur la ville de Chamonix. Dans les années 1920, les Ski Clubs sont à l’initiative de nombreux travaux d’aménagement des sites touristiques hivernaux : les communes, désireuses d’exploiter le potentiel touristique, donnent volontiers leur accord pour l’inauguration des pistes, l’électrification des sites, mais surtout l’établissement de chalets, refuges et sites de restauration. Ces derniers sont réalisés par la rénovation et la conversion de bâtiments préexistants qui sont rachetés par les clubs ou cédés par des sympathisants, ou bien par l’occupation temporaire de lieux que les fermiers n’utilisaient pas en hiver. Cependant, les clubs demeurent composés d’un nombre restreint de membres, majoritairement des notables issus de l’armée et d’une élite bourgeoise urbaine et industrielle. La connexion de ce milieu de consommateurs de la montagne avec celui de ses habitants demeure initialement compliquée. Les cotisations élevées contribuent à faire des clubs des lieux d’exclusivité. De même, l’insuffisance et les dysfonctionnements des transports en commun reliant les cols vosgiens, notamment pendant la saison hivernale, obligent les skieurs à atteindre les cols en taxi, en navettes de véhicule-remorques, en autobus, avec leur propre voiture, ou bien à pied, ce qui contribue à limiter l’accès à la pratique du ski à la grande majorité de la population.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Ski Clubs vosgiens ne connaissent d’essor véritable ni de prémisses de démocratisation que dans les années 1930, souvent sous l’égide du Club Vosgien et en conséquence de l’engouement populaire autour des compétitions internationales qui se tiennent au site du Markstein au fil des années 1920. En parallèle, des communes alsaciennes et lorraines commencent à investir davantage dans le développement de stations de ski dotées d’infrastructures modernes afin d’en exploiter le potentiel économique d’attrait d’un tourisme de masse. Des entreprises dédiées à la fabrication de matériaux pour les sports d’hiver s’installent à proximité des stations. Jusqu’à la création de la SNCF en 1937, la Compagnie des chemins de fer de l’Est et l’Administration des chemins de fer d'Alsace et de Lorraine proposent des billets combinés train/autocar pour permettre au plus grand nombre d’atteindre les sites de ski, autrement laissés exclusivement aux entreprises privées de transports routiers, souvent en situation de monopole sur les divers tracés. Encore, des organisations de compétition voient le jour au sein ou bien en parallèle des clubs d’amateurs, et contribuent à créer les conditions pour une hausse des investissements infrastructurels notamment dans les cols de grande altitude, où l’enneigement est plus sûr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:TKE1.jpg|vignette|Téléski de la Schlucht installé en 1937 (remontees-mecaniques.net)]]&lt;br /&gt;
Paradoxalement, probablement du fait du caractère élitiste des clubs vosgiens, les premières infrastructures de remonte-pente sont installées plus tardivement dans les Vosges que dans les autres régions françaises du Massif Central, des Alpes, des Préalpes et des Pyrénées. En outre, la France est globalement en retard par rapport aux innovations des ingénieurs allemands, autrichiens et suisses des années 1910-1920, celles-ci rendant possible, au milieu des années 1930, l’essor au niveau mondial de téléskis plus légers, plus maniables et moins coûteux. Toutefois, au niveau alsacien-lorrain, c’est précisément la Schlucht qui devient un terrain d’expérimentation et une cible prioritaire du développement des infrastructures du tourisme hivernal régional. Une première remontée mécanique rudimentaire actionnée par un moteur thermique à essence est installée en 1922 et hisse les skieurs au haut des chaumes du Montabey, desquels ils redescendent vers le col. Cette première structure est remplacée en 1937 par un véritable téléski TKE1 à enrouleurs : il s’agit du premier téléski alsacien-lorrain et du seul fonctionnant avant-guerre dans le massif vosgien. Opérationnel déjà pour la saison d’hiver 1937-1938, il semble avoir été installé par les ingénieurs de l’Ecole des Ponts et Chaussées. Le départ est situé en pleine pente, près des chaumes du Montabey, en amont de la ligne de tram menant au Hohneck qui était encore active. Toutefois, le TKE1 fonctionne avec un système d’ancre particulièrement inconfortable pour les skieurs, les accrochant par derrière et leur faisant mordre la neige le long du trajet. Ainsi, déjà en 1950 cet appareil est remplacé à son tour par un premier remonte-pente à enrouleurs TKE2/TSF1 réversible (téléski à deux places d’hiver, télésiège monoplace d’été, un modèle plutôt courant à l’époque. La licence pour la construction est probablement délivrée à l’entreprise de l’ingénieur mécanique suisse Ernst Constam (1888-1965), pionnier de l'aide à l'escalade mécanique moderne pour les sports d’hiver ainsi qu’inventeur du téléski à arbalètes et du télésiège (pour lesquels il détient le brevet et dont en réalisera une bonne centaine au cours de sa vie tant en Europe qu’aux Etats-Unis). Ce remonte-pente passe au-dessus de la Route des Crêtes et détient un fort attrait panoramique. Il s’étend sur une partie de l’ancienne plate-forme des trams Gérardmer-Retournemer-Schlucht-Hohneck (le point de départ du remonte-pente correspond à l’ancien point d’arrivée des trams au col), et peut en effet profiter de ces infrastructures préexistantes après leur abandon : le service de tramways ayant été suspendu dès août 1940 du fait de l’occupation allemande, le tracé est dégagé dans l’après-guerre puis déclassé par décret le 19 décembre 1950. Le TKE2/TSF1 permet une amélioration du confort pour les sportifs, grâce au départ directement du col et à un système de sellette double (dite à archet ou de pioche), ce qui est bénéfique également pour les exploitants du site puisque la montée par deux permet d’augmenter le débit de près de 50 %. Le système de réversibilité est moderne : le portique de compression placé devant la gare pouvait être démonté en hiver, permettant une montée plus rapide de l’arbalète, tandis qu’en été le maintien du portique laissant plus de place à l’embarquement des clients sur les sièges. C’est ce téléski qui est actif en 1952 et qui est donc filmé par Lehmann (minutes 00:01 – 00:23). Le film nous montre également qu’un employé de la station de ski aide les usagers à monter correctement et rapidement sur la sellette. Ayant été un facteur déterminant en termes de hausse de la fréquentation et ayant contribué à la renommée des sports d’hiver au col, le TKE2/TSF1 est doublé dans les années 1950 d’un second appareil du même type, installé à l’est du premier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les deux guerres mondiales endommagent durablement de nombreuses infrastructures de ski de l’Est de la France (gîtes, transports, électrification, remonte-pentes), la Schlucht en est relativement préservée : dans l’immédiat après-guerre, elle peut reprendre ses activités régulières, réactiver le téléski de 1937 puis procéder rapidement à son remplacement, tandis que d’autres sites commencent à peine la reconstruction. Le Ski Club de Stosswihr, constitué le 11 octobre 1945, prend également une part importante dans la relance des activités du secteur et dans la diffusion d’une conception de l’amour pour la montagne comme facteur de propagation de valeurs humanistes en opposition aux drames de la guerre, mettant au cœur les sentiments d’entraide, partage, convivialité et solidarité sans distinction quelconque. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Une démocratisation des sports d’hiver vosgiens riche en contradictions'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pistes de ski de la Schlucht sont relativement faciles (elles sont aujourd’hui classées dans leur intégralité comme des « pistes bleues »), ce qui permet après-guerre la reprise d’un tourisme de tout type d’amateurs, des débutants aux experts, mais surtout des familles. Pour cela, les hôteliers des régions avoisinantes, notamment de la Bresse, orientent leur clientèle sportive prioritairement vers la Schlucht. Ses pistes se prêtent à l’apprentissage des premiers gestes de ski, ce qui explique que déjà en 1949 y soit inaugurée la première école du ski français dans les Vosges, à l’initiative de Jean-Marie Leduc (1920-2012), ancien résistant du maquis Saint-Jacques à Gérardmer et déporté au Struthof. En complément, hôtels, refuges, restaurants et parkings se multiplient dans l’immédiat après-guerre et jettent les fondements d’un véritable réseau de services, là où avant 1945 il n’existait que quelques structures disparates. Dans le film, nous apercevons de loin la construction de l’aile gauche du Grand Hôtel, l’une des structures hôtelières les plus proches du point de départ du téléski (minute 00:01 – 00:06 et minute 00:13 – 00:18). Des chalets privés sont également construits ou aménagés à partir de structures préexistantes aux alentours du col, permettant d’héberger des familles pour des durées plus longues. Ces tendances accompagnent la relance du tourisme autour de la Schlucht et sa massification dans les deux saisons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Datant de 1952, le film se situe au plein cœur de la deuxième vague de démocratisation des sports d’hiver au cours des années 1950. Les phénomènes d’apparition d’écoles de ski, de modernisation des stations et remonte-pentes, de connexion des domaines skiables avoisinants, de développement des compétitions, de production industrielle de matériaux pour les sports d’hiver standardisés et accessibles à l’achat ou à la location à des prix modérés (tenues, skis, bâtons, raquettes, lunettes), se répandent progressivement. La reprise des Jeux Olympiques d’Hiver dès 1948 à Saint-Moritz (Suisse), malgré les défaillances et les polémiques qui les accompagnent, rallument l’intérêt populaire pour les sports d’hiver et introduisent des nouvelles disciplines. Si les prix d’accès aux services touristiques hivernaux baissent quelque peu, ils restent néanmoins inaccessibles pour une bonne partie de la population ouvrière. Par exemple, l’accès aux écoles de ski, souvent privées ou associatives, reste fortement conditionné par les possibilités financières des usagers : si certains peuvent se permettre le luxe de disposer d’un enseignant pour des cours particuliers, comme cela semble le cas dans le film, la plupart des apprenti-skieurs doivent se contenter de cours collectifs. Les communes alsaciennes et lorraines cherchent à développer le tourisme hivernal, en complément de celui estival reposant sur une tradition plus solide, pour compenser les pertes dues aux crises économiques de l’après-guerre, mais aussi pour faire face à la concurrence de plus en plus rude des installations de ski alpines, qui déjà au milieu des années 1930 remettent en cause la place de primauté du ski vosgien. Notamment, la vallée de Munster et les zones limitrophes subissent de plein fouet, après l’extinction de la dynastie Hartmann en 1950, les conséquences des deux crises textiles de 1954-1956 (saturation du marché européen et perte française du marché indochinois) et de 1958-1959 (concurrence des pays émergents d’Amérique latine et d’Inde), marquant le début d’un déclin finalement irréversible pour le secteur textile alsacien. Le développement du tourisme permet la reconversion de bâtiments et d’ouvriers licenciés, et devient ainsi une priorité stratégique pour les politiques locales sans pouvoir toutefois réabsorber complètement la crise. Cet interventionnisme municipal est un prélude à celui étatique du Plan Neige de 1964-1977 et à une urbanisation agressive des montagnes françaises en fonction du tourisme hivernal, ayant des effets néfastes du point de vue de la préservation des sites historiques et des paysages naturels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, l’interventionnisme des pouvoirs publics ne parvient pas à endiguer la tendance à un développement des infrastructures touristiques demeurant conditionné principalement par les conditions du marché et soumis aux initiatives du secteur privé. De 1948 à 1983, l’exploitant des infrastructures touristiques de la Schlucht, comme d’une grande partie du Markstein, est l’autocariste Hubert Charton (pionnier des premières stations de sports d’hiver dans les Vosges), à travers sa Société des Téléskis des Hautes Vosges, reliée dès 1956 à sa Société des Transports Automobiles des Hautes-Vosges (STAHV), basée à Épinal. C’est Charton qui chapeaute la construction du TKE2/TSF1 de 1950 et qui en devient ensuite l’unique exploiteur et bénéficiaire. Son entreprise s’occupe également d’assurer l’acheminement des skieurs sur les champs de neige, en mettant en place un système de transport par voiture-taxi depuis les villes de la région, ou par voiture-remorques depuis les gares avoisinantes. Ce monopole est perdu en 1983 lorsque les remonte-pentes de la Schlucht sont cédés à Jean-Marie Remy et à sa société Remy Loisirs (aujourd’hui Labellemontagne), première acquisition de cette entreprise bressane dans les Vosges inaugurant sa stratégie d’expansion dans le département et de connexion des domaines skiables de la Schlucht, du Collet, du Chitelet et du Hohneck (un domaine skiable connu aujourd’hui sous le nom de La Bresse-Hohneck). Déjà en 1984-1985, le nouvel exploitant procède au remplacement des deux TKE2/TSF1 à enrouleurs vieux de 30 ans : ils sont substitués d’abord par des TKE2/TSF2, puis par deux appareils modernes à perches débrayables de type Poma (TSD4), en pylônes galvanisés. En 1986, Remy procède à l’installation d’une piste de luge d’été, première en France, rendue possible par des travaux d’aménagement de la Route des Crêtes et permettant à l’entreprise d’amortir ses investissements pendant l’été. Il procède également au terrassement de la piste de ski pour retrouver une pente plus naturelle. Dès 1987, il généralise l’usage des canons à neige dans le domaine skiable.&lt;br /&gt;
|Bibliographie=''L’image des Vosges. Actes du colloque d'Epinal'', 19 novembre 2016, Epinal, Archives départementales des Vosges, 2018.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Exposition. Hartmann : Un Empire Industriel'', Ville de Munster, 2016.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alban Fournier, Victor Franck, ''Les Vosges : du Donon au Ballon d'Alsace'', Strasbourg, Est Libris, 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Claude Kauffmann, Grégoire Gauchet, ''Histoire des sports d’hiver et du ski en Alsace'', Pontarlier, Belvédère, 2016.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Laederich, André Jacquot, « Les trois lignes du col de la Schlucht », ''Connaissance du Rail'', n. 336-337,‎ mai-juin 2009, p. 4-15.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Robert Le Pennec, ''Sur les rails vosgiens'', Breil-sur-Roya, Cabri, 2006.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jack Lesage, Pierre Ratinaud, ''La saga des remontées mécaniques'', Grenoble, Publialp, 1993.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Michon, Thierry Terret, ''Pratiques sportives et identités locales'', Paris, L'Harmattan, 2015.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Sebastien Stumpp, ''Le ski associatif en Alsace au temps du Reichsland (1896-1914) : tensions nationales, oppositions sociales, jeux institutionnels'', Thèse de Doctorat en Sociologie sous la direction de Bernard Michon, Université Marc Bloch (Strasbourg), 2007.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Histoire des téléskis », Remontées mécaniques, Consulté le 27/12/2019, URL : https://www.remontees-mecaniques.net/dossier/page-histoire-des-teleskis-51.html&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« TSD de la Schlucht », Remontées mécaniques, Consulté le 27/12/2019, URL : https://www.remontees-mecaniques.net/bdd/reportage-tsd4-de-la-schlucht-poma-883.html&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>L. Romieux</name></author>
		
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