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A travers les sports : le circuit d'autos et de motos
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Abstract


Course d'automobiles et de motos à Strasbourg le 3 août 1947, le "Circuit automobile international de vitesse de Strasbourg".


Metadata

Reference / film number :  0129FH0003
Date :  03 August 1947
Coloration :  Black and white
Sound :  Mute
Running time :  00:02:18
Film-maker :  Rieb, Géo
Reel format :  8 mm
Thematics :  Sport
Archive :  MIRA

Context and analysis


L’industrie automobile est active en Alsace depuis le XIXe siècle grâce à l’un de ses pionniers, Auguste Hartmann. Néanmoins la Seconde Guerre mondiale a fortement mis a mal tout le secteur alsacien du fait des destructions mais également des réquisitions par les Allemands comme pour l’usine Bugatti. Mais l’industrie automobile alsacienne ne se limite pas seulement à des usines de constructeurs, le milieu associatif est très important. C’est en avril 1900 que Max Schutzenberg fonde à Strasbourg l’Automobile Club Alsace[2] qui est devenu après le rattachement de la région à la France en 1918 la première association française de défense des automobilistes. C’est ce club qui organise donc le 3 août 1947 la « Circuit automobile international de vitesse de Strasbourg ».

Affiche du "circuit international de vitesse de Strasbourg" de 1947.

Le tournage de la course

Geo Lieb est connu pour avoir composé des nombreuses musiques alsaciennes à partir des années 1950 mais il a également tourné une série de films amateurs en 1947. Il a en effet filmé plusieurs manifestations comme le « handball chez les éclaireurs » ou encore le « passage du Tour de France ». « A travers les sports » se présente comme un reportage probablement destiné à son entourage. Peut-être s’agit-il d’essais de mise en valeur de l’Alsace quand on sait l’importance qu’il accorde à sa culture via ses chansons. Quoiqu’il en soit ses prises de vue sont particulièrement intéressantes. On remarque qu’il enchaîne des séquences relativement plus longues que dans ses autres films tout en gardant sa caméra fixe. Il évite de suivre les véhicules de peur que l’image ne devienne floue, comme c’est le cas un mois plus tôt avec son film sur le Tour de 1947. Il n’hésite pas à se mettre à genoux pour filmer légèrement en contre-plongée pour augmenter la sensation de vitesse des bolides ce qui témoigne de l’importance qu’il porte aux détails dans ses réalisations. La course semble attirer beaucoup de monde et de toute sorte de catégories sociales. Il y a d’une part des hommes, femmes et enfants le long de la route s'adonnant à une sortie familiale. D’autre part on remarque la présence d’estrades et de gradins, peut être pour les gens un peu plus fortunés. C’est donc un réel événement dans une Alsace encore en reconstruction, tant au niveau des mentalités que des infrastructures comme l’indique la présence de simples ballots de foins pour délimiter le circuit. La chaleur doit être accablante comme le montrent les parasols dans les tribunes ou encore cette femme qui a fabriqué un chapeau de fortune avec son journal pour se protéger de ce soleil d’août. Les spectateurs semblent très impliqués dans la course. Il est intéressant de noter que l’un d’entre eux semble lire un numéro de Paris-Presse. La présence de journaux parisiens n’est guère étonnante. En effet, après la guerre, l’allocation de budgets destinés aux journaux sportifs ne datent que de 1946, auparavant ces fonds étaient réservés aux journaux de la résistance comme Le Parisien Libéré. La promotion de journaux français en langue française est d’autant plus symbolique car cela rattache un peu plus l’Alsace au sein de la communauté nationale, question au cœur des préoccupations régionales à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La présence de nombreux drapeaux tricolores dans le film semble argumenter un peu plus cette thèse.

La renaissance de l’automobile alsacienne ?

Selon l’historien Pierre Guillaume, « les débuts de l'industrie automobile sont fort onéreux pour un De Dietrich et les succès ultérieurs de Bugatti et de Mathis sont insuffisants pour ancrer une tradition alsacienne. »[3]. Si l’entre-deux-guerres est un période glorieuse pour Bugatti notamment dans le domaine de la course automobile, la Seconde Guerre mondiale a rabattu les cartes. Faire revenir l’automobile en Alsace est très important en termes de prestige pour la marque fondée par le franco-italien Ettore Bugatti en 1909. Cette période glorieuse de l’automobile alsacienne s’applique également à l’ACA via l’organisation de nombreuses courses comme le circuit Entzheim-Innhenheim-Duppigheim remporté André Dubonnet en 1926 au volant de sa Bugatti. Paul Freiss, secrétaire général de l’ACA en 1945, veut relancer l’activité après le conflit mondial dans le but de retrouver ce prestige d’avant-guerre en créant une course de 3460km censée concurrencer le tour du Mans ou le circuit de Monaco. Bien qu’éphémère, le « Circuit automobile international de vitesse de Strasbourg » est une réussite tant en termes du nombre de spectateurs que des pilotes qui sont venus à l’image de Jean-Pierre Wimille, ancien coureur Bugatti et l’un des plus réputé de l’époque.

Jean-Pierre Wimille (1908-1949), pilote français de renommée internationale. Il conduisit pour l'écurie Bugatti avant la guerre pour passer sur Alfa Romeo par la suite.

Une telle course explique en grande partie la présence de Lieb mais aussi l’intérêt que semblent y porter les spectateurs sur le film. On voit par exemple un homme pointer les voitures qui passent en indiquant grâce à son journal qui conduit. Ces types d’événements participent au rayonnement de l’Alsace en France, très important pour la « refrancisation » de la région. Si l’Alsace n’est pas une région automobile de tradition, il est certain que cette industrie est très importante grâce à la présence de Bugatti depuis le début du siècle. Ce sont ces manifestations qui ont participé au redressement industriel de l’Alsace et qui ont permis par exemple l’implantation d’une usine Peugeot en 1962 à Mulhouse dans une région qui a continué a fabriquer des champions automobiles jusqu’au XXIé siècle avec Sébastien Loeb.

Bibliography


Guillaume Pierre, « Michel Hau, L'industrialisation de l'Alsace (1803-1939), Préface de Maurice Levy- Leboyer », Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 35 N°4, Octobre-décembre 1988. p. 693-697.

Loetscher Michel, La belle histoire de l’automobile en Alsace, Pontarlier et Strasbourg, Belvédère, 2015, (coll. « Le Savoir alsacien »), 159 p.

Supporting documents


Pour plus de détails sur la course en elle-même, vous pouvez vous référer à l'article de Thierry Chargé sur le site les24heures.fr http://www.les24heures.fr/sportauto-alsace/2117-3-aout-1947-circuit-international-de-vitesse-de-strasbourg-ep-1-le-contexte


Article written by

Vincent Sarbach, 05 January 2020


  1. This film analysis is still in progress. It may therefore be incomplete and contain errors.
  2. Appelé alors Automobile Club von Elsass-Lothringen, il prend son nom d’Association Club Alsace en 1921.
  3. Guillaume Pierre, « Michel Hau, L'industrialisation de l'Alsace (1803-1939), Préface de Maurice Levy- Leboyer », Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 35 N°4, Octobre-décembre 1988. p. 694.