...

Revision as of 18:37, 6 March 2020 by Asumpf (talk | contribs)
(diff) ← Older revision | Latest revision (diff) | Newer revision → (diff)


A travers les sports : le handball chez les éclaireurs

Abstract


Cette séquence montre un groupe d’Eclaireurs en pleine partie de handball. Filmée en 1947, elle témoigne de l’importance des mouvements de jeunesse dans l’encadrement des jeunes alsaciens à cette époque, et de l’originalité de leur éducation par rapport à celles plus traditionnelles transmises par la famille et l’école. Elle souligne également l’importance de la nature au sein de la pédagogie scoute.


Metadata

Reference / film number :  0129FH0003
Date :  1947
Coloration :  Black and white
Sound :  Mute
Running time :  00:01:55
Film-maker :  Rieb, Géo
Reel format :  8 mm
Genre :  Amateur movie
Thematics :  Volleyball

Context and analysis


D’origine allemande, le handball est d’abord importé en Alsace et Lorraine au début du XXe. Le handball connait alors relativement peu de succès, à l’instar du basket-ball ou du volley-ball. En 1936, une épreuve de handball est intégrée aux jeux olympiques : pour la première et dernière fois, il est pratiqué à 11 et sur gazon. Il faudra attendre 1972 pour que le handball réintègre la pratique olympique. Il est alors joué à 7 et en intérieur. C’est la création de la Fédération française de Handball en 1941 sous le régime de Vichy qui lance son succès et l’étend au reste de la France. La Fédération est dissoute en 1944 et ne sera récréée qu’en 1952. A l’origine, le handball était pratiqué à 11 en extérieur, jusqu’aux années 50 où la pratique par équipe de 7 et en gymnase devient plus courante.

Geo Rieb s'est impliqué tout au long de sa vie dans les Éclaireurs unionistes. Les Éclaireurs unionistes sont l’une des branches du scoutisme : aux côtés des Scouts de France pour les catholiques, des Éclaireurs laïcs et des Éclaireurs israélites destinés aux juifs, les Éclaireurs unionistes s'adressent aux protestants. Les jeunes garçons de 11 à 15 ans sont conviés à joindre ce mouvement qui allie la maxime scoute délivrée par Baden-Powell au protestantisme. En effet, le mouvement scout est créé en 1907 par Baden-Powell et ne se décline d’abord que dans le catholicisme, avant d’être adapté à d’autres confessions. Interdit pendant l’occupation, le scoutisme français devient à la Libération partenaire du Ministère de la Jeunesse et des Sports. L’après-guerre marque aussi un bond dans l’adhésion des jeunes alsaciens dans les organisations, après les années de l’Occupation durant lesquelles le seul choix était la participation aux jeunesses hitlériennes, sinon celle à des réunions secrètes interdites. A l’époque de la réalisation de ce film (1947), les mouvements de jeunesse connaissent donc leur apogée : le nombre d’adhésion à ces groupes est en pleine augmentation et les politiques mises en place leurs sont favorables (institutionnellement et économiquement) . Les mouvements de jeunesse obtiennent alors une place centrale dans la formation de la jeunesse . L’année 1947 voit également la réunion mondiale du scoutisme lors du Jamboree de la paix qui eut lieu à Moisson en France.

Importance du plein air et de la nature

Sans doute filmés en été, les éclaireurs sont habillés en culotte courte, dont la coupe permet la pratique d’activités physiques intenses. Certains sont même torse nu, ce qui nous indique que la partie en cours demande beaucoup d’efforts physiques. Le foulard, accessoire emblématique de l’uniforme scout, est présent, mais plutôt que d’être noué autour du cou on peut distinguer plusieurs garçons l’ayant attaché autour de leur tête en guise de bandeau. Ils jouent sur un terrain aménagé de buts, en extérieur. On distingue quelques habitations autour du terrain, mais l’endroit semble à l’extérieur de la ville. En effet, les réunions des éclaireurs, qui ont lieu en général 1 à 2 fois par semaine, s’établissent à l’extérieur de la ville, dans les campagnes, qui bénéficient de plus grands espaces. La conviction des bienfaits de la vie en nature est à l’origine de la maxime scoute. La nature est perçue comme le cadre le plus propice au développement des jeunes, tant sur le plan physique que moral. La séquence témoigne de l’importance du sport et du plein air dans les mouvements de jeunesse. Chez le scoutisme notamment, l’aspiration au retour à la nature est très présente, presque un culte au plein air, qui s’oppose au phénomène de concentration urbaine de l’époque. Ce film montre la volonté originale des chefs éclaireurs d’apporter une éducation pédagogique basée sur le sport en plein air. Dans le cas présent, les éclaireurs jouent au handball, un sport physique et d’endurance, dont l’effort nécessité pour le pratiquer est visible dans les séquences filmées par le réalisateur : on voit les garçons courir, sans cesse en mouvements et la scène se clos par un montage d’interceptions successives du ballon par le goal. La caméra de Geo Rieb suit le ballon, ce qui amplifie l’impression de mouvements incessants. A la différence des autres joueurs, tous habillés de blanc, les deux goals se distinguent volontairement par un haut noir. En handball, les goals portent effectivement une tenue différente de celle des joueurs pour faciliter la différenciation. Le montage de plusieurs séquences brouille la compréhension du déroulement de la partie, mais il semble que Geo Rieb ait filmé deux parties différentes, puisque l'on peut distinguer des moments où les goals sont habillés d’un short blanc et d’un haut noir, et d’autres où ils sont tout en noir.

Pédagogie du jeu et du sport

A un moment, la partie est interrompue par l’arbitre, sans doute après un hors-jeu ou une faute et il remet le ballon en jeu en le lançant entre deux joueurs de chaque équipe. Aucune protestation n’a lieu et les décisions de l’arbitre sont respectées. Cet instant nous montre que ce genre d’activités favorisaient l’apprentissage de la communication et de la vie en communauté, par le respect de l’autorité et la conformité à un rôle attitré. Le jeu collectif permet de renforcer le sentiment de complémentarité du groupe. Dans les jeux collectifs, l’entraide, le respect des règles et de l’arbitre sont indispensables. Les chefs éclaireurs ne prennent pas part au jeu et se bornent au rôle d’encadrant : les éclaireurs doivent s’organiser et prendre eux-mêmes des initiatives. L’autonomie et l’initiative sont des valeurs piliers de la maxime scoute. Le jeu et le sport deviennent des moyens pédagogiques de transmettre et apprendre ses valeurs aux jeunes. De telles activités sont d’autant plus efficaces qu’elles suscitent naturellement l’adhésion des jeunes. En effet, bien que ce jeu ait sans doute était pensé par les chefs éclaireurs comme un outil pédagogique de transmission des valeurs scoutes, c’est avant tout un moment de distraction. D’ailleurs, alors que seulement quelques éclaireurs y participent, ils attirent l’intérêt de tous les autres membres du groupe. L’enthousiasme des joueurs est palpable durant tout le film. Ce film témoigne de la prise en charge de la jeunesse par d’autres institution que l’école et la famille : les jeunes sont encadrés par des mouvements de jeunesse qui développent de nouvelles pédagogies pour développer, parallèlement à l’instruction scolaire, la santé physique des jeunes et pour les préparer à la vie adulte. A l’époque de ce film, en 1947, le handball est en pleine expansion, mais sa pratique reste faible ; en 1944, avant la dissolution de la Fédération française de Handball, celle-ci ne comptait que 5780 fédérés. Ainsi, sans doute par manque de connaissance précise des règles, peut-être par insouciance, les éclaireurs multiplient les erreurs de jeu. L’amateurisme de la partie est renforcée par le fait qu’ils semblent jouer sur un terrain de foot, notamment à cause des cages anormalement grandes pour le handball.

Bibliography


FUCHS (Julien), Toujours prêts ! Scoutismes et mouvements de jeunesse en Alsace 1918-1970, Strasbourg, La Nuée bleue, 2007. FUCHS (Julien), « Concurrences et ententes au sein des mouvements de jeunesse. Le cas alsacien (1918-1960) », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, vol. 119, no. 3, 2013, pp. 113-126. Encyclopédie générale des sports et sociétés sportives de France, Ardo, 1946.


Article written by

Geneviève Velicitat, 04 January 2020