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Coeurs vaillants de Saint Etienne en sortie à Heiligenberg
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Abstract


Le groupe des Cœurs Vaillants du Collège Saint-Etienne de Strasbourg en sortie à Heilingenberg, le 13 mai 1956.


Metadata

Reference / film number :  43AV1
Date :  1956
Coloration :  Black and white
Sound :  Mute
Running time :  00:02:06
Film-maker :  Ringeissen, Paul
Reel format :  8 mm
Genre :  Amateur movie
Thematics :  Youth movements - Education - Scouting
Archive :  Archives départementales du Bas-Rhin

Context and analysis


Les Coeurs Vaillants et le patronage : l'Eglise catholique au service de la jeunesse

Le mouvement des Coeurs Vaillants, issus des patronages et de nature profondément catholique, s'intègre en réalité dans une dimension plus large d'un nouveau rapport à l'enfance. Associé au catholicisme social, le patronage vise à redynamiser les rapports éducatifs entre l'Eglise et les populations - et plus particulièrement auprès de la jeunesse - dans le but d'offrir un cadre à la fois structurant mais aussi ludique aux enfants des différentes paroisses. Par cette prise en charge éducative, l'Eglise s'octroie une place nouvelle auprès de ses fidèles : les parents confient leurs enfants à des encadrants qui s'attachent à leur transmettre des valeurs chrétiennes, des valeurs en lesquelles les adultes croient et qu'ils désirent voir transmises à leurs progénitures.

"Tintin et Milou au Pays de l'Or Noir" dans le numéro des Coeurs Vaillants sur 6 octobre 1940.

Dans la France de l'intérieur, après avoir perdu le terrain de l'éducation scolaire depuis la fin du XIXe siècle avec la succession des lois soulevant les questions de la laïcité de l'enseignement (lois Falloux, Goblet et Ferry notamment), s'ajoute en 1905 la séparation des Eglises et de l'Etat, mettant un terme à la collaboration entre le clergé et les écoles. Ce bouleversement organique ne concerne pas l'Alsace et la Moselle, allemandes à ce moment-là, et protégées par la suite par le Concordat. Pour faire face à cette perte d'influence en France, l'Eglise s'arroge alors le domaine de l'éducation extra-scolaire dans le but de s'approcher des jeunes, et cette ambition ne va pas sans profiter à l'Alsace et son organisation scolaire qui dépend encore largement des institutions religieuses. En choisissant le biais de la presse enfantine, l'Eglise peut directement s'adresser à la jeunesse catholique prenant pour cible ses centres d'intérêts. Le journal Coeurs Vaillants voit alors le jour en 1927 sous un format hebdomadaire dans lequel on peut retrouver à la sortie de la messe les aventures de "Tintin et Milou". L'idée derrière ce petit illustré est de créer une sorte d'esprit unificateur où des valeurs communes sont partagées. C'est donc en toute logique que l'esprit "Coeur Vaillant" se transforme au-delà des images en un véritablement mouvement de jeunesse à partir de 1936.

Les Coeurs Vaillants, cette fois en tant que mouvement, se concentrent plus à former un esprit de groupe impliqué dans la vie locale qu'à des activités pratiques, à la différence du scoutisme. Les excursions des Coeurs Vaillants se limitent plus à des sorties qu'à des camps de vacances, comme ici à Heiligenberg.

Une sortie à la Montagne

Ce film retrace donc la sortie à Heiligenberg, un petit village situé dans les hauteurs du massif vosgien, des Coeurs Vaillants de Saint-Etienne (on devine facilement qu'il s'agit du Collège Saint-Etienne de Strasbourg) pour profiter d'activités extérieure à la ville, profitant des quelques jours de congés offert par le week-end de l'Ascension. La joyeuse troupe s'y rend en train, en témoigne ce très long plan sur le quai de gare en attendant l'arrivée d'un train qui n'est pas sans rappeler L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat des frères Lumières (1896). En arrière-plan légèrement surexposé, on peut apercevoir la bourgade et le clocher de l'église Saint-Vincent, la bâtisse apparaissant en contre-haut et cette séquence narrative nous indique que le groupe s'est rendu à Heiligenberg par le train. Le convoi arrivant en gare ne semble pas être celui par lequel sont arrivés les enfants et leurs encadrants, d'autant plus que la longueur du plan laisse penser que le cinéaste avait une idée très précise de ce qu'il souhaitait pour construire son plan narratif, bien établi dans son esprit. Le film et ses plans successifs ne sont pas mis en scène, comme en témoigne l'attitude spontanée des enfants : grands sourires, ils semblent ravis de voir la caméra pointée sur eux. Mais cela ne signifie pas pour autant que le choix des différents plans est laissé au hasard ! En effet, le cinéaste souhaite retracer le déroulement de la journée, de manière chronologique, tout en utilisant les secondes de sa bobine avec parcimonie. Ces plans choisis mais non mis en scène apportent une certaine naïveté au film, tout comme ses petites erreurs techniques : la main tremble beaucoup, certains plans sont surexposés et d'autres trop longs. On devine alors une passion récente pour le cinéma et un apprentissage en cours dans lequel cette journée apparait comme un parfait exercice. Par la même occasion, le carton introductif dénote d'une attention particulière accordée au montage.

Réalisé par Paul Ringeissen, l'Abbé du Collège Saint-Etienne de Strasbourg ayant introduit le mouvement des Cœurs Vaillants au sein de l'établissement scolaire la même année, ce film n’avait certainement pas de vocation plus ambitieuse que de faire revivre cette journée à un public très restreint, comme des parents d’enfants ou les élèves eux-mêmes. Les plans ne sont pas très recherchés mais nous livrent tout de même un certain nombre de détails, notamment sur l’organisation du mouvement. Le groupe des Cœurs Vaillants, exclusivement masculin présente une différence d’âge notable entre tous les enfants. Les plus jeunes sont plus enthousiastes que les grands qui, plus calmes, restent entre eux. Les plans sur les enfants se succèdent : les garçons jouent, se défoulent. Sur tous les plans, les jeunes Coeurs Vaillants s'amusent avec des bâtons, chahutent mais semblent plus vouloir attirer l’attention de la caméra que faire preuve de mauvaise conduite. Les encadrants - qui restent très jeunes conformément à l'organisation du mouvement - sont filmés de très près et on peut voir leurs expressions se durcirent, demandant aux jeunes de faire preuve de discipline malgré ce contexte d’excursion. Les enfants sont alors focalisés sur les adultes qui rappellent quelques règles de conduite avant de partir pour la randonnée qui suit. Pour illustrer cette promenade, le cinéaste effectue quelques panoramas, notamment sur la vallée de Bruche et sur ce qui ressemble à un rocher, très nombreux dans le massif vosgien. Mais la nature ne semble pas être le sujet principal de ce film et le peu d'éléments topographiques ne nous permettent pas d'identifier avec certitudes les différents lieux de tournage.

Et comme "après l'effort, le réconfort", on peut voir les plus jeunes des garçons, habillés de culotte-bretelle, arriver en courant pour le goûter. Aussi appelé lederhose, cet accoutrement tout droit venu d’Allemagne constitue depuis le début des années 1950 l’habit typique des adhérents aux mouvements de jeunesse et dont on doit sa popularisation dans le reste de la France à l'Alsace.

Bibliography


CHOVLY (Gérard), dir., Mouvements de jeunesses. Chrétiens et juifs : sociabilité juvénile dans un cadre européen, 1799-1968, Le Cerf, Paris, 1988.

FAUVEL-ROUIF (Denise), dir., La jeunesse et ses mouvements : influence sur l’évolution des sociétés aux XIXe et XXe siècle, Commission internationale d’histoire des mouvements sociaux et des structures sociales, Éditions du CNRS, Paris, 1992.

FEROLDI (Vincent), La Force des enfants. Des Cœurs vaillants à l’A.C.E., Éditions ouvrières, Paris, 1987.


Article written by

Clara Picarles, 22 December 2019


  1. This film analysis is still in progress. It may therefore be incomplete and contain errors.