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titreJeux esplanadiens
sous_titre
video0003FH0008_2
dateDebut1966
dateFin1968
annee1,967
duree469
genreDocumentaire
format_original8 mm
colorationCouleur
sonMuet
langue
realisateursAlbert, Jean
droits
lieuTournage48.58189, 7.75103
fondsAlbert
pieces_jointes
evenements_filmes_ou_en_lien
personnages_identifies
lieux_ou_monumentsStrasbourg
etatNon-Non
institution_dorigine
thematiqueYouth movements - Education - Scouting
idSupport0003FH0008
timecode0
apercu
Jeux_espla.jpg
resumefrLe film, muet et en couleur, montre une sélection de scènes issues de deux événements ayant marqué la vie du quartier strasbourgeois de l’Esplanade en 1967 : la seconde édition des Jeux Esplanadiens organisés par l’ARES le 28 mai 1967 (minutes 00:01 - 06:58), et l’inauguration officielle du pont Winston-Churchill le 2 juillet 1967 (minutes 06:59 - 07:49).
resumede
resumeen
descriptionfr
descriptionde
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contextefrLe cinéaste amateur est [[Albert,_Jean|Jean Albert]] (1935-2015), installé avec sa femme et ses trois enfants à Strasbourg, dans le nouveau quartier de l’Esplanade au début des années 1960. Il travaille en tant que moniteur d’auto-école jusqu'à en ouvrir une à son nom, place de Zurich, en janvier 1966. Il adhère à l’ARES et le bulletin de l’association fait d’ailleurs la promotion de l’auto-école de cet « Esplanadien dynamique », qui figure parmi les sponsors des Jeux Esplanadiens tant en 1966 qu’en 1967. Albert y assiste et filme ainsi à plusieurs titres : en tant que partenaire, résident, membre de l’ARES et parent d’élèves. '''De l’Opération Esplanade à l’ARES : la prise en compte collective des enjeux d’un quartier en pleine mutation ''' [[Fichier:Degaulle.jpg|vignette|1962 : le long de la future avenue De Gaulle sort de terre (Source : ARES)]] Dès les premières secondes (min. 00:01 - 00:03), Jean Albert filme quelques bâtiments symboliques de l’Esplanade, quartier flambant neuf en construction depuis une dizaine d’années à peine. C'est en effet au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que le point de franchissement du bassin Dusuzeau de Strasbourg conçoit un projet d’aménagement urbanistique visant à mieux relier la zone portuaire au futur quartier de l’Esplanade, encore occupé par un terrain militaire de 73 hectares. Au terme de négociations débutées en décembre 1954 entre le ministère de la Défense nationale et les autorités civiles strasbourgeoises, un protocole signé le 4 novembre 1957 assure le transfert de l’ancien terrain militaire en partie au ministère de l’Education nationale et en partie à la Ville de Strasbourg. C’est la naissance de l’Opération Esplanade, allant révolutionner l’aspect du quartier. Du simple aménagement infrastructurel, le projet s’élargit à la création d’un vaste complexe résidentiel et universitaire et à l’installation d’« équipements indispensables au bien-être des habitants et à l’animation du nouveau quartier » (pont Churchill, centre commercial, bureaux pour les entreprises et les services, complexe scolaire, lieux de culte, équipements socio-culturels et sportifs, aménagement du parc de la Citadelle, etc). Confiés à la Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), les travaux débutent en juin 1960 suite au vote favorable du Conseil municipal de Strasbourg. [[Fichier:Ares1.jpg|vignette|Jean-Marie Lorentz en 1984 (Source : ARES)]] Immédiatement après avoir filmé les bâtiments de l’Esplanade, la caméra s’arrête sur une banderole portant le libellé ''ARES'' (min. 00:03 - 00:10), une association qui existe depuis trois ans à peine mais qui tente déjà de se présenter comme un acteur incontournable du nouveau quartier. L’impact social de l’Opération Esplanade provoque en effet une volonté d’engagement des résidants à travers la création d'une association de promotion du quartier. Le 4 décembre 1964, à la salle des sports de la Cité-U Paul Appell (rue de Palerme), se tient l’assemblée générale constitutive de l’Association des Résidents de l’Esplanade à Strasbourg (ARES), dont Jean-Marie Lorentz va assurer la présidence jusqu’en 1995 (M. Lorentz est filmé aux min. 02:29 - 02:34). Sa priorité est de répondre aux enjeux de l’Opération Esplanade : l'ARES revendique la nécessité d’une intervention citoyenne « parce que les instances qui concourent à la réalisation de l’Esplanade ne peuvent avoir tout prévu et qu’il revient aux usagers de proposer les compléments ou les correctifs dont la nécessité apparaît à l’expérience ». Elle place au centre de ses réflexions la notion de « responsabilité globale », faisant valoir que « les Esplanadiens ont un intérêt matériel et moral à se saisir de tous les problèmes relatifs à leur quartier pour y apporter des solutions par eux-mêmes ou via les instances compétentes ». Se proposant de sortir de la culture du « chacun pour soi », l’ARES développe une conception de l’Esplanade comme d’un « Grand Ensemble » dont les éléments constitutifs sont inextricablement liés et ont des impacts mutuels. Dès lors, elle se préoccupe de promouvoir une identité propre de « citoyenneté esplanadienne », prétendant fédérer et « incarner cette collectivité humaine » à travers « un effort permanent d’information, d’animation et de représentation ». Concevant le « pouvoir de quartier » comme étant « le seul domaine resté à la mesure des initiatives du simple citoyen », l’ARES esquisse un modèle propre de rapports aux pouvoirs publics. Un principe de subsidiarité : « il revient d’abord aux Esplanadiens de se saisir des problèmes les concernant quitte à déléguer ce qu’ils ne peuvent résoudre par eux-mêmes ». Un principe de ''do ut des'' : « l’ARES est amenée à solliciter les pouvoirs publics en faveur d’équipements destinés à ce Grande Ensemble [et] s’applique en retour à leur apporter son concours notamment en tirant parti de sa connaissance du quartier ». Elle conçoit ainsi son rôle comme d’un « contre-pouvoir sans esprit partisan », une démocratie de proximité ''ante litteram'', afin d’assurer le « pilotage » de l’Esplanade de manière autogestionnaire et développer une solidarité de quartier, peu importe la classe sociale, le sexe, l’âge ou l’origine. L’intérêt premier pour les questions d’habitat, d’aménagement et de cadre de vie se voit rapidement complété d’une attention accordée à la promotion culturelle et sportive, à la valorisation du patrimoine et à l’action sociale, conduisant l’ARES a une adhésion précoce à des valeurs plus proprement politiques : le progrès et le dialogue social, la tolérance interreligieuse, le multiculturalisme, la lutte pour la préservation de l’environnement. [[Fichier:Flash.png|vignette|Logo d'ARES-FLASH dans les années 1960 (Source : ARES-FLASH)]] Au cours de sa première décennie d’existence – qu’elle-même qualifie de « phase officieuse » –, l’association peut compter uniquement sur le bénévolat de ses adhérents et leurs contributions (la cotisation individuelle est fixée à 3 francs par an). Faute de locaux suffisants, ses activités bénéficient de l'accueil d'autres structures ou se déroulent en extérieur, tels les Jeux Esplanadiens auxquels nous assistons tout au long de la première partie du film. Mais les adhésions progressent et l’ARES peaufine sa structure, se dotant de sections spécialisées et d’un Comité de direction représentatif des six secteurs du quartier (dits grec, turc, belge, italien suédois et suisse). Elle débute également l’édition d’un bulletin mensuel le 20 novembre 1965 : ''ARES-FLASH'', adoptant pour slogan « Rendez-vous service - Rendez service à tous ». Ce n’est qu’en 1966-1967 que démarrent réellement les activités des sections spécialisées, les campagnes revendicatives aussi bien que les concertations avec les pouvoirs municipaux. '''Les Jeux Esplanadiens : entre loisir, éducation populaire et promotion du quartier ''' Une 1e édition des Jeux Esplanadiens est organisée en plein air le 19 juin 1966, dans le cadre d’un « Week-end de l’Esplanadie » au cours duquel se tiennent également un don de sang, une soirée dansante, un rallye automobile et un pique-nique familial. Cette expérience permet à l’ARES de réfléchir sur l’importance des loisirs collectifs en tant qu'occasions de rompre avec deux tendances socialement néfastes : le repli sur soi et l’acceptation acritique de la routine. Forte du succès de cette 1e édition, l’ARES décide de la reconduire l’année suivante, les Jeux devenant désormais une initiative à part entière. La 2e édition, dont il est question dans le film Jean Albert, est fixée au dimanche 28 mai 1967 sur le parking de la Faculté de Droit. Le programme définitif, publié dans ''ARES-FLASH'' (tiré à cette période à 3.500 exemplaires), est surtout le fruit du travail conjoint des sections « Culture et Loisirs » (ARESCEL), « Sport » (ARESPORT) et « Parents d’élèves » (ARESPEL), chapeautées par la section « Famille et Jeunesse » (ARESFEJ). Outre des nombreux partenaires privés apercevables tout au long du film, les Jeux jouissent également du haut patronage des pouvoirs publics : les Préfets d'Alsace et du Bas-Rhin, le Maire de Strasbourg, le Doyen de la Faculté de Droit, le Commissaire de Police du quartier, le Directeur du Service de la Prévention rurale, le Directeur général d’Electricité Strasbourg, etc. Les Jeux sont gratuits et « ouverts à tous les Esplanadiens », mais, comme nous le voyons dans le film, les épreuves sont destinées exclusivement aux jeunes de 9 à 14 ans. Même si en 1967 l’association peut compter sur quelques 1.500 adhérents, pour l’organisation logistique elle appelle à « un concours de bonnes volontés » parmi ses sympathisants, priés de se manifester auprès de MM. Arnaud (président ARESFEJ) et Lemonnier (Commissaire Général des Jeux pour la deuxième année consécutive), filmés respectivement aux min. 01:26 - 01:29 et min. 00:32 - 00:34. Il est question notamment de trouver 30 adultes pour constituer le jury, devant procéder aux inscriptions et à l’annotation des résultats individuels (le jury est filmé aux min. 00:35 - 00:38). [[Fichier:Ares8.png|vignette|Annonce du programme des Jeux Esplanadiens de 1967 et formulaire pour le meilleur reportage filmé (Source : ARES-FLASH)]] Trois jeux-épreuves sont organisés. D'abord, de 9h à 9h45, un « circuit automobile de prévention rurale » sous le signe des « jeux à caractère éducatif » (min. 01:29 - 02:20). Ensuite, de 9h45 à 10h45, une « course au trésor » censée donner un « prime à l’initiative individuelle » (non filmée). Enfin, de 10h45 à 11h30, une « initiation à la pêche » afin de développer l’« esprit de compétition » (min. 03:06 - 04:39). Comme l’année précédente, les épreuves sont commentées au microphone par d'une ''Radio-Ares-Flash'' improvisée à cet effet. Il convient de remarquer aussi que l’ensemble des jeux proposés sont effectués en mixité garçons/filles, alors que les écoles du quartier fonctionnent encore en non-mixité. Toutefois, la philosophie subjacente à chacune des épreuves est différente. La deuxième recouvre essentiellement une finalité de loisir, s’inspirant explicitement d’''Intervilles'', la célèbre émission télévisée lancée en 1962 par Guy Lux et Claude Savarit sur la RTF. Par contre, la première et la troisième abordent une dimension complémentaire qui tient à cœur à l’ARES depuis ses origines : l’éducation populaire. Pour le premier jeu, l’idée-phare est d’initier les jeunes à la connaissance du Code de la route et des gestes de prévention, afin d’en faire des conducteurs avertis et respectueux - ce qui se conforme finalement avec les campagnes revendicatives déjà entamées par l’ARES à propos de l’apaisement de la circulation dans le quartier -. Pour ce faire, le circuit automobile des Jeux, bien que réduit en taille et rudimentaire, est néanmoins très soigné par l’installation de plusieurs exemples de panneaux routiers et de feux de circulation. Pour rendre d’autant plus crédible la mise en situation, des gendarmes sont présents aux abords du circuit et assistent attentivement aux épreuves des jeunes conducteurs à bord de leurs petites voitures colorées (min. 02:05). En amont du jeu sont distribuées des brochures explicatives des règles de base du Code la route, ainsi que des quizz à remplir pour tester les connaissances acquises (min. 00:51 - 00:59). C’est d’ailleurs Jean Albert lui-même qui est désigné pour assurer « les fonctions de conseiller technique » pour le circuit automobile, alors qu’une fourgonnette de la Prévention rurale est installée aux abords du circuit symbolisant son patronage de l'épreuve (min. 00:22). Pour le troisième jeu, le principe est d’initier la jeunesse urbaine à une activité ludico-sportive qu’elle pratique généralement peu. La pêche de truites est réalisée dans une piscine gonflable et les adultes montrent aux jeunes les rudiments de la pratique : comment bien tenir une canne, manier les filets et réussir un nœud pour hameçon. L’épreuve se fait sous le contrôle et le patronage de M. Preiser, propriétaire d’un magasin d’articles de pêche à Strasbourg (quai de Paris). Comme nous le voyons aux min. 05:25 - 06:58, des mesures sont prises pour distribuer des prix ainsi que des lots de consolation, afin de ne pas tomber dans la promotion d’un esprit de compétition exacerbé. Nous assistons à l'annonce des résultats : tout le monde est groupé et à l’écoute, et le moment recouvre une certaine solennité malgré le va-et-vient plutôt chaotique de jeunes autour du microphone. Les prix sont nombreux et variés : nous apercevons des véritables trophées, des ballons de volley-ball (l’ARES dispose d’un club de volley-ball au moment des Jeux), des chaussures de sport Adidas, des jeux de société, des cahiers à colorier, des livres illustrés pour enfants. D’après ''ARES-FLASH'', il y aurait eu aussi des voitures miniatures, des articles de pêche, des visites du port en bateau, des baptêmes de l’air, des porte-clefs, des Codes de la route. [[Fichier:Grille.png|vignette|Bilan et grille de classement des Jeux Esplanadiens de 1967 (Source : ARES-FLASH)]] Après la fin des Jeux, plusieurs familles restent sur place pour pique-niquer, et les enfants en profitent pour improviser d’autres loisirs (min. 04:39 - 04:59). Par exemple, le film nous montre des jeunes portant des moustaches maquillées sur leurs visages. ''ARES-FLASH'' relate aussi la tenue d'une « aubade donnée dans l’ensemble du quartier par le Groupe Folklorique de Schiltigheim ». Comme l’année précédente, un concours est lancé « pour le meilleur reportage filmé des jeux », récompensé par l’entreprise Photo-Ciné-Son Meyer & Manner. L’assemblée générale de l’ARES de novembre 1967 juge les films et proclame deux gagnants ''ex aequo'' : Jean Albert et M. Haas. L’organisation d’une kermesse d’une telle ampleur répond au constat émis par l’ARES depuis sa fondation, c’est-à-dire « qu’un nombre croissant d’adultes et de jeunes souhaite des occasions de rencontre, d’enrichissement et d’initiative hors du secteur compartimenté ou uniforme de leur activité quotidienne ». Mais si les Jeux s’adressent particulièrement à la jeunesse, cela relève d’une fine connaissance de la réalité démographique du quartier. Les enquêtes et études technico-comparatives que mène l'ARES relèvent « que ce quartier neuf est bien un quartier jeune », mais que le tissu relationnel « demeure fragile en face du phénomène profond de la ségrégation sociale ». C’est donc pour répondre à cette problématique que l’ARES se propose de multiplier les lieux, les infrastructures et les occasions de rencontre et de loisir, réaffirmant l'engagement pour la préservation d’un quartier « à taille humaine » se voulant un « paradis des enfants ». L’intérêt pour la jeunesse est d’autant plus fort en ce qui concerne celle scolarisée aux écoles primaires Jean Sturm (rue d’Upsal) et Louvois (quai des Alpes), où sont repartis environ 1.100 enfants en 1967. La prise en compte des besoins diversifiés de ce public est perceptible dans la conception même du programme des Jeux, se voulant un moment fort d’éducation populaire, de convivialité et de contact entre enfants, parents et enseignants de différents établissements scolaires. [[Fichier:Chimie.jpg|vignette|1963 : la Tour de Chimie est achevée, tandis que les travaux se poursuivent aux alentours (Source : ARES)]] Le choix du lieu pour les Jeux n’est pas anodin, la proximité avec l’Université étant fortement recherchée. Les premières reprises du cinéaste insistent d’ailleurs expressément sur les bâtiments flambants neufs des Facultés de Droit et de Chimie. Toutes deux ayant été réalisées dans le cadre de l’Opération Esplanade, au moment des Jeux elles constituent encore une nouveauté esthétique disruptive dans la silhouette du quartier et sont accueillies par l’ARES comme « une réussite architecturale d’ensemble ». La Faculté de Droit, dont la forme symbolise une balance de justice, est projetée par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf et achevée en 1962. La Faculté de Chimie, avec sa Tour de 73,6 mètres et 17 étages, est achevée en 1963 par les architectes Roger Hummel, Abraham Weinstein et Maurice Bourstin. L’occupation de cette frontière emblématique entre zones universitaire et résidentielle s’inscrit précisément dans les réflexions de l’ARES sur la nécessité d’une courroie de transmission pour valoriser « la double vocation résidentielle et universitaire de ce nouveau quartier ». Elle souligne d'ailleurs que « les résidents de l’Esplanade bénéficient pleinement de cette enrichissante présence, et s’efforcent en retour notamment par l’intermédiaire de leur association, l’ARES, de contribuer au dialogue à l’occasion de manifestations communes ». Mais c’est également le choix de tenir les Jeux sur un parking qui est symbolique. En effet, même si l’ARES manifeste son adversité aux nuisances dues à la forte intensité de trafic routier, ses réflexions sur les « espaces libres » du quartier incluent les parkings au même titre que les aires de jeu, les espaces verts d’immeubles, les surfaces sablées, les parcs publics et les jardins ouvriers. Tous ces endroits auraient un vaste potentiel, un rôle positif en ce qu’ils constituent des espaces aérés où l’activité et la créativité des résidents peuvent se déployer, où l’on peut se rencontrer et s’amuser. Dès lors, le choix de tenir les Jeux non pas dans un espace vert mais sur du béton parking ne s’explique pas seulement par les exigences évidentes du circuit automobile, mais aussi par la volonté de montrer que l’appropriation collective de toute sorte d’espace libre est possible. C’est d’ailleurs un bénévole qui trace au sol les lignes pour le circuit, pliant l’espace urbain aux exigences de loisir promues par l’association. Une autre dimension qui émerge du film est l’omniprésence de partenaires privés et de leurs gadgets. Les ''Dernières Nouvelles d’Alsace'' sont installées aux abords du parking avec une fourgonnette où sont stockées des bouteilles d’Orangina distribuées aux assistants. Un fourgon de la Croix Rouge française est aussi présent : son personnel se prête au moment festif aussi bien qu’aux questions des résidents, confirmant l’attachement de l’ARES aux pratiques de secourisme. D’autres voitures portent des panneaux publicitaires de Citroën et de l’auto-école du cinéaste Jean Albert. Des petits drapeaux et des chapeaux en papier distribués aux enfants reproduisent les logos d’Orangina, de la Quinzaine commerciale du Bas-Rhin, des brasseries Mönchenbräu, Kronenbourg et Fischer. D’autres sponsors réalisent des dons en espèces à l’ARES ou mettent à disposition les prix : Super-Coop-Rond-Point, Chocolaterie Schaal, Magasin Wery, Esso Standard, Air-Inter. Cette recherche de partenariats avec des entreprises qui, pour la plupart, exercent le gros de leur activité en dehors de l’Esplanade s’explique en fonction de deux objectifs que l’ARES s’est fixée. D'une part, assurer le bon déroulement des Jeux sans mettre en péril son équilibre budgétaire. D'autre part, promouvoir l’attractivité économique de l’Esplanade, pour qu’elle catalyse davantage d’investissements et soit choisie pour des installations d'entreprises. Ce deuxième objectif est construit lui aussi en fonction des études et enquêtes menées par l’ARES, démontrant que la réputation de quartier riche dont jouit l’Esplanade n’est que partiellement vraie. L’association déplore « la représentation modeste des professions libérales, […] l’effacement des patrons de l’industrie et du commerce [et que] la restauration ne joue qu’un rôle sociologique modeste comme équipement de loisirs à l’Esplanade ». Pour contrer cette tendance, elle se saisit fortement du développement économique du quartier, conçu comme devant recouvrir un rôle unificateur, offrir des possibilités de rencontre entre les diverses entités et fléchir la tendance à la ségrégation sociale, pour enfin parvenir à une richesse véritable. Le succès de cette 2e édition des Jeux Esplanadiens est perceptible par le film et revendiqué fièrement par l’ARES, saluant « la haute tenue des Jeux due au comportement méritoire de tous les enfants, […] les choix judicieux des épreuves sélectionnées […], l’ambiance jeune et dynamique, la gaieté générale, l’importance des prix ». Conçus prioritairement comme un moment récréatif, le sérieux est néanmoins au rendez-vous : un jury et un bureau d’inscriptions sont installés, un arbitre muni de sifflet donne le rythme des épreuves, les membres de l’ARES en charge de l’événement portent costumes et tailleurs, le public est plutôt bien habillé, certains enfants portent des tenues d’école, etc. L’initiative sera répétée pendant de nombreuses années, mais à un autre endroit : au parking du parc de la Citadelle. Elle a été remise au goût du jour exceptionnellement le 17 mai 2014 à l’occasion des fêtes pour le 50e anniversaire de l’ARES. '''L’inauguration du pont Winston-Churchill : l’enjeu de la reconnaissance officielle de l'ARES par les pouvoirs publics ''' Alors que ses sections démultiplient les activités, l’ARES maintient le cap sur un objectif de premier plan : obtenir une reconnaissance formelle de son rôle socio-éducatif et ainsi devenir un interlocuteur incontournable pour les pouvoirs publics. Le 15 mai 1966 ses délégués tiennent avec la Mairie une première séance de travail décrite comme « intimidante et passagèrement orageuse », mais qui permet de faire un tour d’horizon des problèmes de l’Esplanade. C’est ensuite autour de l’inauguration du parc de la Citadelle réaménagé et du pont Winston-Churchill que se catalysent les efforts de visibilité de l’ARES. Des cérémonies solennelles se tiennent en effet le 2 juillet 1967 en présence de figures institutionnelles nationales et locales, dont le secrétaire d'Etat à l'Intérieur André Bord, le Maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, et le Préfet de la région Alsace Maurice Cuttoli. [[Fichier:Ares2.jpg|vignette|Défilé du 2 juillet 1967 (Source : DNA)]] Nous apercevons dans la seconde partie du film une brève séquence de la cérémonie d’inauguration du pont Churchill. Ce viaduc routier en béton précontraint de 600m de longueur et 10m de hauteur, réalisé depuis 1964 sur les plans de l’ingénieur Edmond Maennel, fend en deux l’Esplanade et la relie au Neudorf. Du fait de son aspect monumental, de son esthétique sinueuse, des exploits techniques introduits dans l’application du système ''Freyssinet'' au cours des travaux, ce pont devient « un symbole local du tout-voiture » jusqu’à sa démolition en 2006 à cause du chantier d’extension du tramway. Le film montre la dernière phase d’un défilé de fanfare et majorettes, précédées d’un drapeau français et d’un drapeau du soleil levant (il semble invraisemblable qu’il s’agisse du ''Kyokujitsuki'' japonais, il s’agit plus probablement du drapeau de l’ancienne République de Mulhouse). Le défilé est clos par des hommes et des femmes portant des costumes traditionnels alsaciens. Au niveau du Rond-Point de l’Esplanade (aujourd’hui Place de l’Esplanade), de nombreuses personnes assistent à l’arrivée du défilé. [[Fichier:Vivre à l'Esplanade.jpg|vignette|Vivre à l'Esplanade, brochure de l'ARES de juin 1967. (Source : BNU)]] L’ARES participe à cette cérémonie et profite du fait que les yeux soient rivés sur son quartier pour s’adresser aux autorités publiques présentes. Le moyen choisi est la publication de la brochure ''Vivre à l’Esplanade'', où l’association fait preuve de sa connaissance fine du quartier, de ses atouts et problématiques ainsi que des enjeux à venir. Éditée en juin 1967, une copie est remise solennellement au Maire au cours des célébrations. Cette démarche se révèle heureuse, puisque le 17 octobre 1967 une lettre de Pflimlin à Lorentz assure « que l’ARES sera consultée avant toute décision importante concernant l’Esplanade ». L’association parvient ainsi à trouver un siège social tout en conservant son centre de gravité en secteur HLM. Elle s’installe d’abord à La Taupinière (rue de Nicosie) en mai 1968, puis, profitant d’un accord passé entre la Ville de Strasbourg et le ministère de la Jeunesse et des Sports, bâtit elle-même deux « Mille-Club » baptisés 1001 et 1002 (rue d’Ankara), entre février et octobre 1971. En parallèle, des actions citoyennes plus revendicatives continuent d’être organisées pour la « défense spatiale », sociale et esthétique du quartier, pour « la mise en pratique de notre auto-gestion du cadre vie » : à propos de pollution et nuisances sonores, manutention et prix des chauffages collectifs, transports scolaires, prix alimentaires, accès aux structures sportives, installation d’un bureau de poste, contrôle de l’aménagement urbanistique, préservation des espaces verts, etc. [[Fichier:Ares6.jpg|vignette|Pont Churchill et Rond-Point de l'Esplanade à la fin des années 1960 (Source : DNA)]] La « phase officieuse » de l’ARES prend fin lorsqu’elle est agréée « Centre socio-culturel » par la CNAF le 1er janvier 1975, ce qui lui assure l’attribution de subventions publiques et lui permet d’engager des salariés, gagnant en visibilité et efficacité. Cinquante-sept ans après sa fondation, toujours oscillant entre concertation et bras de fer avec les pouvoirs publics, entre revendication et promotion socio-culturelle, l’ARES demeure une instance et un lieu incontournable pour son quartier et continue de s’inspirer de la maxime de Lorentz : rendre service tout le temps, sur tous les plans, avec tous les gens, puisque « tout ce qui touche l’Esplanade concerne l’ARES ».
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