Difference between revisions of "Discours à Molsheim (0093FH0002)"

m (Enregistré en utilisant le bouton "Sauvegarder et continuer" du formulaire)
Line 24: Line 24:
 
Une fois le discours terminé, les individus s’éparpillent sur la place, et les infirmières sont filmées. Quelques militaires passent devant ou discutent avec elles. Plusieurs plans montrent un Politischeleiter qui entre en contact avec elles, et qui sourit à la caméra. Ensuite, on voit un orchestre s’organiser pour défiler. La fanfare attend. Elle est montrée dans sa globalité. Lorsqu’elle commence à défiler, le réalisateur passe à des gros plans, notamment sur les joueurs de tuba. Par la suite, des militaires avancent, puis des hommes en costume, portant leurs vestes au bras. D’autres militaires suivent, mais il est plus difficile de les distinguer. La caméra est alors tournée à nouveau vers l’escalier. Les gens attendent. La place se vide petit à petit. Au fur et à mesure, des hommes en rang par trois avancent. Certains regardent la caméra.
 
Une fois le discours terminé, les individus s’éparpillent sur la place, et les infirmières sont filmées. Quelques militaires passent devant ou discutent avec elles. Plusieurs plans montrent un Politischeleiter qui entre en contact avec elles, et qui sourit à la caméra. Ensuite, on voit un orchestre s’organiser pour défiler. La fanfare attend. Elle est montrée dans sa globalité. Lorsqu’elle commence à défiler, le réalisateur passe à des gros plans, notamment sur les joueurs de tuba. Par la suite, des militaires avancent, puis des hommes en costume, portant leurs vestes au bras. D’autres militaires suivent, mais il est plus difficile de les distinguer. La caméra est alors tournée à nouveau vers l’escalier. Les gens attendent. La place se vide petit à petit. Au fur et à mesure, des hommes en rang par trois avancent. Certains regardent la caméra.
 
Tout ce cortège se dirige vers la Porte des Forgerons, où des habitants patientent sur le trottoir. L’orchestre réapparaît, et est suivi des autres groupes en uniforme.
 
Tout ce cortège se dirige vers la Porte des Forgerons, où des habitants patientent sur le trottoir. L’orchestre réapparaît, et est suivi des autres groupes en uniforme.
|Contexte_et_analyse_fr=Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler, chef du Parti national-socialiste (N.S.D.A.P.) est arrivé au pouvoir. Pour soumettre la population à la nouvelle politique et surtout à la nouvelle idéologie nationale-socialiste, il avait développé toute une stratégie pour attirer la sympathie de la population en créant notamment, la même année, le ministère de l’''Information populaire et de la Propagande'', gérée par Joseph Goebbels. La propagande est un point important si l’on veut comprendre la doctrine d’Adolf Hitler. Il en dédie d’ailleurs tout un chapitre dans ''Mein Kampf''. La communauté est une notion importante lorsque l’on parle de national-socialisme. L’État cherche à rythmer le calendrier avec des fêtes communautaires. Les fêtes animent la vie des villes et doivent insuffler l’esprit communautaire et les idées nationales-socialistes au peuple. Dans ce film, malgré la foule, chaque individu qui la compose semble tourné vers celle qui donne le discours. Tout semble se dérouler sans désordre.
+
|Contexte_et_analyse_fr=Après une "drôle de guerre" qui voit partir à l'armée les hommes mobilisables, comme Breesé, et la population évacuée des zones proches de la ligne Maginot, la guerre éclair allemande fait tomber l'Alsace en quelques jours en juin 1940 - prélude à l’annexion allemande du 27 novembre 1940. Sous la férule nazie, la répression politique constante avec l’internement au camp du Struthof, l’expulsion brutale des Juifs spoliés, l’incorporation de force des jeunes hommes dans la Wehrmacht et la collaboration sont des faits quotidiens. Sous la férule du ''Gauleiter'' Robert Wagner, le ministère de l’''Information populaire et de la Propagande'' de Joseph Goebbels déploie toute sa panoplie pour nazifier l'Alsace, convertir les Alsaciens jugés dignes du IIIe Reich et faire de la région un modèle de la nouvelle Europe hitlérienne. L’État cherche à rythmer le calendrier avec des fêtes communautaires. Les fêtes animent la vie des villes et doivent insuffler l’esprit communautaire et les idées nationales-socialistes au peuple.  
  
 
'''Une mise en scène spectaculaire'''
 
'''Une mise en scène spectaculaire'''
  
La foule semble surtout composée de membres du corps militaire, paramilitaire et d’hommes politiques. Il y a beaucoup de plans qui montrent un ''Politischeleiter'', mais on distingue aussi des membres de la Sturmabteilung. Pour les autres, au vu de la qualité du film, il est plus difficile de distinguer leur appartenance. Tous les participants sont organisés par groupes, selon leur appartenance dans les organismes. L'ordre est une notion capitale lorsque l'on parle du national-socialisme. L'objectif de Hitler était de créer nouvelle élite disciplinée et guerrière. Ici, justement, les spectateurs sont des militaires ou appartiennent à des organismes paramilitaires. Les soldats, après le discours sur la place de l’Hôtel de Ville, partent avec les fanfares pour défiler. A la fin du film, on les voit passer par la Porte des Forgerons pour rejoindre l’axe principal de la ville.
+
La foule semble surtout composée de membres du corps militaire, paramilitaire et d’hommes politiques. Il y a beaucoup de plans qui montrent un ''Politischeleiter'', mais on distingue aussi des membres de la ''Sturmabteilung''. Pour les autres, au vu de la qualité du film, il est plus difficile de distinguer leur appartenance. Tous les participants sont organisés par groupes, selon leur appartenance dans les organismes. L'ordre est une notion capitale lorsque l'on parle du national-socialisme. L'objectif de Hitler était de créer nouvelle élite disciplinée et guerrière. Ici, justement, les spectateurs sont des militaires ou appartiennent à des organismes paramilitaires. Les soldats, après le discours sur la place de l’Hôtel de Ville, partent avec les fanfares pour défiler. A la fin du film, on les voit passer par la Porte des Forgerons pour rejoindre l’axe principal de la ville.
  
L’ambiance est festive. Dans le film, une fanfare apparaît. La musique est un outil de propagande sous le Troisième Reich. Hitler lui-même disait que pour comprendre l’Allemagne nationale-socialiste, il fallait connaître le compositeur Richard Wagner. Ses opéras qui évoquent l’antique Germania et ses légendes ont inspiré la Weltanschauung de Hitler. La musique est aussi un instrument de séduction pour les populations, mais donne aussi le rythme dans les défilés, et encourage les marcheurs.
+
L’ambiance est festive. Dans le film, une fanfare apparaît. La musique est un outil de propagande sous le Troisième Reich. Hitler lui-même disait que pour comprendre l’Allemagne nationale-socialiste, il fallait connaître le compositeur Richard Wagner. Ses opéras qui évoquent l’antique Germania et ses légendes ont inspiré la Weltanschauung de Hitler. La musique est aussi un instrument de séduction pour les populations, mais donne aussi le rythme dans les défilés, et encourage les marcheurs. Quant au décor, la Adolf Hitler Platz (aujourd'hui place de l’Hôtel de Ville) était envahie de drapeaux à croix gammées, symboles forts du nazisme, que Hitler a créé lui-même. La couleur rouge désignait l’orientation socialiste du régime, le blanc figurait le nationalisme, et la croix gammée représentait le combat pour la victoire de l’homme aryen.  
Quant au décor, la Adolf Hitler Platz (aujourd'hui place de l’Hôtel de Ville) était envahie de drapeaux à croix gammées, symboles forts du nazisme, que Hitler a créé lui-même. La couleur rouge désignait l’orientation socialiste du régime, le blanc figurait le nationalisme, et la croix gammée représentait le combat pour la victoire de l’homme aryen.  
 
 
L’escalier de la Metzig, siège du NSDAP dans Molsheim annexée, était orné d’un aigle à croix gammée. On retrouvait ce symbole partout dans la vie courante, sur les insignes, les timbres postes, ou les tampons officiels. Il fait référence à l’Aigle noir du Saint Empire Romain Germanique, lui-même emprunté aux symboles romains. Confondu avec le phénix, il représentait aussi la régénération de l’Allemagne sous le Troisième Reich et l’apparition d’un nouveau peuple allemand. Ce discours devant la Metzig devait être prononcé pour stimuler les partisans du national-socialisme. En effet, on ne voit que des individus en uniforme. Les habitants de Molsheim apparaissent seulement au niveau de la Porte des Forgerons, lorsque le cortège faisait son cheminement.
 
L’escalier de la Metzig, siège du NSDAP dans Molsheim annexée, était orné d’un aigle à croix gammée. On retrouvait ce symbole partout dans la vie courante, sur les insignes, les timbres postes, ou les tampons officiels. Il fait référence à l’Aigle noir du Saint Empire Romain Germanique, lui-même emprunté aux symboles romains. Confondu avec le phénix, il représentait aussi la régénération de l’Allemagne sous le Troisième Reich et l’apparition d’un nouveau peuple allemand. Ce discours devant la Metzig devait être prononcé pour stimuler les partisans du national-socialisme. En effet, on ne voit que des individus en uniforme. Les habitants de Molsheim apparaissent seulement au niveau de la Porte des Forgerons, lorsque le cortège faisait son cheminement.
 
|Bibliographie=ELIAS Tania, « La cérémonie inaugurale de la Reichsuniversität de Strasbourg (1941), l’expression du nazisme triomphant en Alsace annexée », dans ''Revue d’Allemagne'', n° 43, 2001, p. 341-363.
 
|Bibliographie=ELIAS Tania, « La cérémonie inaugurale de la Reichsuniversität de Strasbourg (1941), l’expression du nazisme triomphant en Alsace annexée », dans ''Revue d’Allemagne'', n° 43, 2001, p. 341-363.

Revision as of 19:32, 29 January 2019


Discours à Molsheim

Abstract


En 1940, un discours est organisé sur la place de l'Hôtel de Ville de Molsheim. Bon nombre de spectateurs adhérant au Parti national-socialiste y assistent, puis défilent dans la ville en passant par la Porte des Forgerons.

Description


En premier lieu apparait une foule qui se situe sur la la Adolf Hitler Platz (aujourd'hui, la place de l’Hotel de ville) à Molsheim. Elle est tournée vers l’escalier de la Metzig, siège du NSDAP, pour écouter un discours. La place ainsi que les maisons sont décorées avec des guirlandes et des drapeaux à croix gammées. L’escalier de la Metzig est aussi recouvert de guirlandes, et est orné d’un aigle et d’une croix gammée. Dans la foule, se trouvent des gens vêtus en uniforme, dont des militaires, et un groupe d’infirmières vêtues de blanc se détache du reste. Une fois le discours terminé, les individus s’éparpillent sur la place, et les infirmières sont filmées. Quelques militaires passent devant ou discutent avec elles. Plusieurs plans montrent un Politischeleiter qui entre en contact avec elles, et qui sourit à la caméra. Ensuite, on voit un orchestre s’organiser pour défiler. La fanfare attend. Elle est montrée dans sa globalité. Lorsqu’elle commence à défiler, le réalisateur passe à des gros plans, notamment sur les joueurs de tuba. Par la suite, des militaires avancent, puis des hommes en costume, portant leurs vestes au bras. D’autres militaires suivent, mais il est plus difficile de les distinguer. La caméra est alors tournée à nouveau vers l’escalier. Les gens attendent. La place se vide petit à petit. Au fur et à mesure, des hommes en rang par trois avancent. Certains regardent la caméra. Tout ce cortège se dirige vers la Porte des Forgerons, où des habitants patientent sur le trottoir. L’orchestre réapparaît, et est suivi des autres groupes en uniforme.


Metadata

Reference / film number :  0093FH0002
Date :  1940
Coloration :  Black and white
Sound :  Mute
Running time :  00:04:41
Film-maker :  Muller, Paul
Reel format :  8 mm
Genre :  Amateur movie
Thematics :  War, Second World War : German occupation - Annexation of Alsace, Second World War : ceremonies – commemorations - remembrance places
Archive :  MIRA

Context and analysis


Après une "drôle de guerre" qui voit partir à l'armée les hommes mobilisables, comme Breesé, et la population évacuée des zones proches de la ligne Maginot, la guerre éclair allemande fait tomber l'Alsace en quelques jours en juin 1940 - prélude à l’annexion allemande du 27 novembre 1940. Sous la férule nazie, la répression politique constante avec l’internement au camp du Struthof, l’expulsion brutale des Juifs spoliés, l’incorporation de force des jeunes hommes dans la Wehrmacht et la collaboration sont des faits quotidiens. Sous la férule du Gauleiter Robert Wagner, le ministère de l’Information populaire et de la Propagande de Joseph Goebbels déploie toute sa panoplie pour nazifier l'Alsace, convertir les Alsaciens jugés dignes du IIIe Reich et faire de la région un modèle de la nouvelle Europe hitlérienne. L’État cherche à rythmer le calendrier avec des fêtes communautaires. Les fêtes animent la vie des villes et doivent insuffler l’esprit communautaire et les idées nationales-socialistes au peuple.

Une mise en scène spectaculaire

La foule semble surtout composée de membres du corps militaire, paramilitaire et d’hommes politiques. Il y a beaucoup de plans qui montrent un Politischeleiter, mais on distingue aussi des membres de la Sturmabteilung. Pour les autres, au vu de la qualité du film, il est plus difficile de distinguer leur appartenance. Tous les participants sont organisés par groupes, selon leur appartenance dans les organismes. L'ordre est une notion capitale lorsque l'on parle du national-socialisme. L'objectif de Hitler était de créer nouvelle élite disciplinée et guerrière. Ici, justement, les spectateurs sont des militaires ou appartiennent à des organismes paramilitaires. Les soldats, après le discours sur la place de l’Hôtel de Ville, partent avec les fanfares pour défiler. A la fin du film, on les voit passer par la Porte des Forgerons pour rejoindre l’axe principal de la ville.

L’ambiance est festive. Dans le film, une fanfare apparaît. La musique est un outil de propagande sous le Troisième Reich. Hitler lui-même disait que pour comprendre l’Allemagne nationale-socialiste, il fallait connaître le compositeur Richard Wagner. Ses opéras qui évoquent l’antique Germania et ses légendes ont inspiré la Weltanschauung de Hitler. La musique est aussi un instrument de séduction pour les populations, mais donne aussi le rythme dans les défilés, et encourage les marcheurs. Quant au décor, la Adolf Hitler Platz (aujourd'hui place de l’Hôtel de Ville) était envahie de drapeaux à croix gammées, symboles forts du nazisme, que Hitler a créé lui-même. La couleur rouge désignait l’orientation socialiste du régime, le blanc figurait le nationalisme, et la croix gammée représentait le combat pour la victoire de l’homme aryen. L’escalier de la Metzig, siège du NSDAP dans Molsheim annexée, était orné d’un aigle à croix gammée. On retrouvait ce symbole partout dans la vie courante, sur les insignes, les timbres postes, ou les tampons officiels. Il fait référence à l’Aigle noir du Saint Empire Romain Germanique, lui-même emprunté aux symboles romains. Confondu avec le phénix, il représentait aussi la régénération de l’Allemagne sous le Troisième Reich et l’apparition d’un nouveau peuple allemand. Ce discours devant la Metzig devait être prononcé pour stimuler les partisans du national-socialisme. En effet, on ne voit que des individus en uniforme. Les habitants de Molsheim apparaissent seulement au niveau de la Porte des Forgerons, lorsque le cortège faisait son cheminement.

Places and monuments


Molsheim; Porte des Forgerons de Molsheim; Place de l'Hôtel de Ville de Molsheim

Bibliography


ELIAS Tania, « La cérémonie inaugurale de la Reichsuniversität de Strasbourg (1941), l’expression du nazisme triomphant en Alsace annexée », dans Revue d’Allemagne, n° 43, 2001, p. 341-363.

GALLIANO-VALDISERRA Richard, Les totalitarismes en question au XX° siècle : Russie (URSS), Italie, Allemagne, Paris, Hachette, 2016.

GUYOT Adelin, RESTELLINI Patrick, L’Art Nazi, Bruxelles, Editions Complexe, 1983.

HIRLE Ronald, WOELFFEL Sandrine, Uniformes et coiffes du Troisième Reich : collection Éric Rayot, Strasbourg, Editions Ronald Hirlé, 2006.

HITLER Adolf, Mein Kampf, Paris, Nouvelles Editions Latines, 2005 (1925).

LUYTENS Daniel-Charles, Jeunesses Hitlériennes, Bruxelles, Jourdan, 2014.

OSWALD Grégory, Mémoires en images : Molsheim, Joué-lès-Tours, Alan Sutton,2001


Article written by

Célia Fuhro, 21 December 2018