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Strasbourg occupée[1]

Events filmed or related


Occupation de Strasbourg; Bombardement de Starsbourg, 6 Septembre 1943

Abstract


Le film présenté est divisé en deux parties. La première partie se concentre sur la vie dans Strasbourg occupée, où on l’on découvre les marques de l’occupation (présence importante de militaires Allemands, de drapeaux nazis, de parades et de rassemblements militaires, et d’écriteaux de propagandes).

La seconde partie se concentre sur un déroulement chronologique du bombardement allié survenu le 6 Septembre 1943, où l’on peut constater les nombreux dégâts infligés aux habitations et les conséquences pour la vie des Strasbourgeois.

Description


Le film commence avec un plan d’ensemble sur ce qui semble être la rue du Vieux-Marché-aux-Vins, puis un plan de demi ensemble dans une rue plus étroite et plus sombre, où sont accrochés plusieurs drapeaux nazis. Ensuite on a un panoramique vertical (de haut en bas) sur le sommet de la cathédrale Notre-Dame où flotte le drapeau nazi. Ensuite une séquence où la caméra est en angle de plongée sur la place Kléber (Karl Roos Platz à l’époque) tout en effectuant un panoramique horizontal vers la droite sur un rassemblement militaire allemand. On remarque le contraste aux niveaux des couleurs par rapport aux plans précédents, celui-ci est pratiquement en noir et blanc. Ensuite un plan d’ensemble sur la tribune nazie place Kléber. Le plan suivant est un panoramique vertical (de bas en haut) sur la cathédrale qui semble en travaux puisque on distingue ce qui semble être des échafaudages aux pieds du monument. Ensuite on a une succession de plans filmés à l’intérieur de la cathédrale avec des prises de vues sur les vitraux (que l’on distingue à peine), les statuettes des colonnes et enfin un plan panoramique vertical sur l’orgue. Dans la séquence suivante on distingue clairement avec un plan d’ensemble les échafaudages sur un des murs extérieurs du cœur. Le plan suivant nous montre un plan d’ensemble d’une rue et d’un promontoire au bord du fleuve. Ensuite un plan fixe avec en premier plan un toit surplombé du drapeau de guerre du troisième Reich et la cathédrale en arrière-plan. À la suite de cela, un plan de demi ensemble sur une partie de la façade de la cathédrale, on distingue la rosace sur le côté gauche. Ensuite un gros plan sur un écriteau de propagande allemande où il est écrit : « Pas un autre 9 Novembre 1918 (jour de l’abdication de l’empereur Guillaume II). La victoire à n’importe quel prix. Travaille-Combat-Confiance. Nous ne capitulerons jamais. Führer ordonne, nous obéissons. » Le plan suivant est un plan en vue panoramique horizontale sur un carrefour où l’on distingue « Zentralverlag » et « Dresdner Bank ». S’en suit une nouvelle succession de plans où le cameraman film ce qui l’entoure avec de nouveaux des prises de vues panoramique horizontale. Il capture de ce fait les instants des passants, civils comme militaires (officiers et soldats) au niveau de la place Gutenberg. Ensuite un plan de demi-ensemble sur des soldats allemands de dos et un autre sur des équipages de chars appartenant sans doute à la Waffen SS en raison des têtes de mort à peine visibles sur leurs uniformes. Ensuite, nouveau plan de demi-ensemble sur un magasin Weber, donc le caméraman se situe, probablement, au niveau de la rue du Vieux-Marché-aux-Grains. Après cela un autre plan de demi-ensemble sur deux officiers, dont on distingue des dagues cérémonielles à la ceinture. Dans le même temps le cameraman effectue un plan panoramique horizontal vers la gauche sur ces deux personnages ; en analysant la forme des dagues, il ne s’agit pas de SS mais peut être de membre de la Luftwaffe ou de la Kriegsmarine. Ensuite le plan suivant nous présente un angle de cadrage oblique (cadrage penché) où l’on distingue un orchestre nazi, et ce qui semble être ensuite des membres de la branche nazie alsacienne, marcher en rang. S’en suit dans le même temps un travelling optique arrière avec un champ panoramique vertical, pour permettre au spectateur de saisir l’importance du moment en raison des nombreux individus présent dans le champ. Ensuite un plan tourné vers le ciel où m’on distingue une formation aérienne ; la profondeur de champs rend impossible l’identification des appareils. Ensuite on entre dans la seconde partie du film, avec un plan d’ensemble sur un tram dans la rue de la Division Leclerc (Freiburger Strasse à l’époque). Ensuite un plan de demi ensemble avec quelques personnes qui regardent le ciel. Puis un plan d’ensemble avec une grande colonne de fumée, résultant du bombardement du 6 Septembre 1943 (il s’agit sûrement du quartier de Neudorf). Ensuite un plan avec angle de cadrage oblique avec un champ panoramique horizontal vers la droite, où l’on distingue les dégâts conséquents causés par les bombes aux habitations. On a ensuite une succession de plans place Gutenberg, puis au niveau du passage Hans Haug, qui montrent l’étendue des dégâts et la reprise des activités quotidiennes au milieu des décombres. Ensuite un plan d’ensemble devant le musée historique de la ville de Strasbourg, lui-aussi touché par les bombardements. Le film s’achève sur le plan panoramique d’un Juncker Ju-52 en vol, on remarquera d’ailleurs le changement de décor où la ville à laisser place à un champ.


Metadata

Reference / film number :  0005FH0011
Date :  Between 1943 and 1944
Coloration :  BW and color
Sound :  Mute
Running time :  00:08:29
Film-maker :  Weiss, Robert-Charles
Reel format :  8 mm
Genre :  Amateur movie
Thematics :  War, Second World War : German occupation - Annexation of Alsace
Archive :  MIRA

Context and analysis


L’année 1943 est considérée comme l’année du tournant de la guerre, le moment où la victoire commence à changer de camps. La Wehrmacht est brutalement coupée dans son parcours de grandes victoires par la perte de Stalingrad en Février, la reddition de l’Afrika Korps en Mai, et la bataille de Koursk en Juillet. Les difficultés liées au front se répercutent donc fatalement sur l’arrière, et l’Alsace, redevenue allemande en 1940, ne fait pas exception. La population, déjà éprouvée par une germanisation très dure, va être contrainte de participer plus activement à l’effort de guerre ; l’exemple le plus célèbre est l’instauration du service militaire obligatoire pour tous les jeunes Alsaciens. En plus de cela, la ville est à portée des raids alliés qui bombardent sans relâche les moyens industriels et logistique du Reich. Le film de Charles-Robert Weiss nous permet de nous faire une idée de la vie au quotidien dans ce Strasbourg de 1943, et sa façon de filmer nous pousse à nous mettre à sa place lorsqu’il marche dans les rues de sa ville occupée et bombardée.


Occupation militaire

Carte de propagande commémorant la visite de Hitler le 28 juin 1940

Après le rattachement de l’Alsace au Pays de Bade-Wurtemberg à la suite de l’armistice français de Juin 1940, les nazis appliquent une politique de germanisation très dure. Durant les deux premières années, l’objectif des autorités consiste à germaniser le plus vite possible la région et de mettre au pas les différentes branches sociales (paysans, ouvriers, cadres, élus). En 1943, les succès de cette opération, notamment au niveau du degré de patriotisme allemand chez la population, affichent des résultats très en dessous des attentes. Les mauvaises nouvelles des différents fronts qui arrivent tout au long de l’année 1943 (Stalingrad en Février, reddition de l’Afrika Korps en mai, Koursk en Juillet) poussent les autorités allemandes à imposer des mesures encore plus strictes à la population (obligation de contribuer à l’effort de guerre allemand, enrôlement des jeunes alsaciens à partir de 16 ans, répression accrue contre réticents et opposants). Bien que la politique d’encadrement par l’intermédiaires des organisations annexes du parti comme le Front du Travail ou la ligue nationale-socialiste de l’entraide populaire, permettent d’assurer le contrôle de l’administration sur la population, l’inquiétude par rapport à l’évolution du conflit commence à s’installer ; ce qui en parallèle accentue les actions de résistance sur l’ensemble de la région alsacienne et du territoire Français. D’un autre côté la propagande allemande ne relâche pas la pression et martèle la population de slogans patriotiques afin d’écraser toute rumeur de capitulation (on voit à deux reprises dans le film des écriteaux de ce genre) ; et de rappeler que les alsaciens doivent obéissance au Reich et au Führer. C’est donc dans une société alsacienne plus tourmentée que jamais que Charles-Robert Weiss évolue. Dans la première partie de son film, le réalisateur souhaite nous faire partager son environnement. Les champs réalisés avec un angle de caméra subjective, permettent de retranscrire correctement l’ambiance de cette époque (les principales animations dans la rue sont les parades et les rassemblements militaires, les civils ne s’arrêtent pas pour la caméra et continuent leurs chemins). Le réalisateur souhaite clairement mettre l’accent sur l’occupation nazie avec ses longs plans sur des monument et des rues connues de sa ville où flottent les étendards du troisième Reich (exemple de la place Kléber qui est transformée en espace de parade et de discours par les autorités nazies) ; la cathédrale de Strasbourg apparaît à plusieurs reprises, comme pour souligner la désacralisation évidente de ce monument par la croix gammée. On peut se demander si l’entreprise familiale Weiss (une corderie), contribue, contre son gré, à l’effort de guerre allemand, et de ce fait comment lui et sa famille supportent cette époque noire.

"Vers la liberté par l'épée et la charrue", 1944 © Archives municipales de Strasbourg


Pourquoi bombarder Strasbourg ?

Le 6 Septembre 1943, à 11h, l’Air Force américaine déploie une escadrille de forteresses volantes (une vingtaine d’unités) pour bombarder les lignes ferroviaires au niveau de Strasbourg de manière à enrayer et au mieux à stopper l’approvisionnement allemand entre la capitale alsacienne et Kehl de l’autre côté du Rhin. Cette opération s’inscrit dans le plan décidé par les alliés au Maroc le 4 Février 1943, pour soulager les Russes en détruisant le potentiel logistique et industriel de l’Allemagne. Dans cette optique le Haut et le Bas-Rhin ainsi que la Rhénanie sont des cibles privilégiées des bombardiers alliés ; à cela s’ajoute les infrastructures du Nord et de l’Est de la France qui servent aux Allemands. Il faut rappeler également que Strasbourg abrite une usine de production du constructeur allemand Juncker qui fournit la Luftwaffe en moteur et appareils (350 moteurs produits par mois à partir de la fin de l’année 1942). Comme cibles supplémentaires on peut rajouter les réservoirs de carburants de Robertsau et ceux qui sont situés au niveau du Port du Rhin. Pour les Strasbourgeois la surprise est effarante ; l’illusion d’un Strasbourg à l’abri des bombardements car éloigné des routes de bombardiers classiques s’envole. Une bonne partie des 530 bombes larguées touchent les quartiers résidentiels. Au total 190 personnes perdent la vie et on compte plus de 200 blessés pour le seul raid de Septembre 1943. Les dégâts matériels sont importants, le quartier de Neudorf est particulièrement touché; le service municipal des rues et canalisations recense 2800 bâtiments atteints, dont 275 entièrement détruits[2]. L’ironie de ce raid est que les dégâts sur les voies ferrées sont nuls et les Allemands achèvent les réparations avant la fin de la journée. Il faut cependant rappeler que malgré ce raid de fin 1943 et ceux qui surviennent au milieu de l’année 1944, Strasbourg est toujours considéré comme une cible occasionnelle. Le fait que la ville n’a pas eu à subir de tapis de bombes à l’image des villes allemandes (Hambourg, Dresde, Berlin) et de certaines villes françaises est un exemple de la non-priorité stratégique de la ville, la plaçant dans les cibles de second ordre. Le film de Charles-Robert Weiss nous permet d’apprécier plusieurs plans de cet évènement méconnu de l’histoire de Strasbourg. On apprécie le montage linéaire du réalisateur pour nous situer correctement les événements dans le temps ; le fait de commencer à filmer les réactions des passants puis d’enchaîner sur la fumée des destructions et enfin par les dégâts en eux-mêmes donne au film une certaine cohérence. Le fait de filmer avec un angle de caméra subjective, nous permet de nous imaginer plus facilement à la place du réalisateur. On peut également imaginer l’inquiétude du réalisateur en filmant ces scènes de désolation. Désormais, il réalise que sa ville peut être bombardée, et l’inquiétude de mourir ou de perdre des proches avant la fin de la guerre qu’il éprouve, résume le sentiment global des Strasbourgeois à ce moment.

Places and monuments


Cathédrale de Strasbourg; Place Kléber, Strasbourg; Place Gutenberg; Rue du Vieux-marché-aux-Grains; Rue de la Division Leclerc; Quai Saint-Thomas; Passage Hans Haug; Rue du Vieux-Marché-aux-Vins; Musée historique de la ville de Strasbourg

Bibliography


Alsace, 1939-1945 : la grande encyclopédie des années de guerre / sous la direction de Bernard Reumaux et Alfred Wahl ; préface d'André Bord "Alsace, 1939-1945 : la grande encyclopédie des années de guerre"; sous la direction de Bernard Reumaux et Alfred Wahl ; préface d'André Bord; "Saisons d'Alsace" ; Strasbourg ; la Nuée bleue; 2009

"Objectif Strasbourg : les bombardements américains de 1943 et 1944 : enquête et témoignages"; Richard Seiler ; préface de Roland Ries; Strasbourg; Nuée bleue; 2013


Article written by

Florian Weber, 08 January 2019


  1. As part of an amateur production, this sequence did not receive a title from its director. The title displayed on this sheet has been freely created by its author in order to best reflect its content.
  2. Document des Archives municipales de Strasbourg, L'Alsace sous l'oppression nazie, 1940-1944, CRDP Strasbourg, 1977, p. 180