Utilisateur:William Groussard

Revision as of 14:32, 4 January 2020 by William Groussard (talk | contribs) (Très gros plan sur une fleur avec la main d’une femme (celle du caméraman) qui la cueille puis au second plan l’attache à sa veste avec un grand sourire. Plan en contre plongée qui montre la même femme accoudée à la balustrade d’une maison. P)
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Contexte et analyse

En octobre 1939, Alex a 25 ans, il est donc mobilisé sur le front. Il est enrôlé dans l’armée française mais rentre à Thann à la suite de la défaite française. Il fonde alors sa famille à Zillisheim avec Gilberte Schratz en 1942. Le 3 Aout 1943, sa fille Lilli naît à Altkirch, mais il est rapidement enrôlé de force dans l’armée Allemande pour se battre sur le front russe. En 1944, il est envoyé en Normandie mais est capturé par les américains, envoyé en prison en Ecosse puis recruté dans l’armée britannique. En janvier 1945, il rentre à Zillisheim à l’âge de 31 ans. Le film est tourné en 1945, probablement pendant le mois de mai, si l’on observe les tenus et la période de floraison des lys que l’on peut voir dans le film. Les scènes qui nous sont présentées sont le prolongement plus intime de « Ca ! c’est chez nous » à Rangen. En tant qu’ancien combattant marqué par la guerre, il filme sa nouvelle vie et son retour à Zillisheim avec sa femme et probablement ses voisins. Contrairement à la plupart de ses films comme « Ca ! c’est chez nous » ou encore « La Kilbe », il se sépare d’une présentation par le texte pour présenter sa vie à Zillisheim. Plus intimiste, son film nous présente une vie rurale bucolique et paisible, où différents personnages travaillent à des tâches simples comme bêcher le jardin, nourrir les poules, étendre le linge. Il présente principalement des petits travaux de la vie de tous les jours et ne présente plus le travail paysan comme il pouvait le faire dans ses anciens films.

Le retour du mari du front à travers les joies familiales d'Alex

« Le film de Lilli » nous brosse un portrait des alsaciens retournant à une vie civile après la seconde guerre-mondiale. Difficile de retrouver une vie normale après avoir vécu la guerre. Alors que dans ses précédents films, il est très attaché à la mise en scène et n’hésite pas à créer de petites histoires, il essaye ici de présenter sa vie de manière réaliste, quitte à « en faire trop ». Il filme les différents personnages souvent de dos, pendant leurs activités quotidiennes, comme le jardinier qui nettoie ses outils ou bien qui se promène dans le jardin à la recherche de terre à retourner. Il veut montrer à tout prix une image émouvante de son retour, à travers différentes scènes qui paraissent simples mais lourdes de sens. Au début de son film, il filme les mains de sa femme en très gros plan qui cueillent des fleurs pour les attacher à sa veste avec un grand sourire. Ils se promènent tous les deux en train de manger une pomme, déambulent à travers les arbres du jardin et s’embrassant sur la joue en signe de grande complicité et d’amour. Sa femme est donc au cœur de tout son film. On peut désigner Alex comment un « malgré-nous », faisant parti des très nombreux alsaciens forcés de partir et d’abandonner leur famille pour partir combattre loin de ceux qui leurs sont chers. Seulement marié trois ans plus tôt, ce film est un témoignage des hommes partis sur le front et qui doivent maintenant retrouver une « vie normale », qui est ici idéalisée dans ses moments d’intimité avec sa femme. Cette idée est très visible dans la dernière scène du film où il filme sa femme en train de fumer une cigarette, puis prend sa place et la laisse le filmer.

Une mise en scène en quête de sens et de symboles

Comme dans ses précédents films, il donne un soin particulier aux mouvements de caméra mais aussi à de très nombreux plans très précis qui donnent un ton intimiste au film. Il utilise ainsi très peu de plans larges et préfère présenter l’action à travers des plan moyen, gros plan et très gros plans, donnant la sensation d’être proche des personnages. Ainsi, son sens de la mise en scène donne une impression de vivre avec les personnages, de vivre avec eux leur vie. Cette vision est très bien illustrée dans la scène du soupé, où il filme les différents convives dans des plans américains et gros plan, ce qui donne la sensation d’être attablé. Mais à travers un film qui nous paraît simple, il réussit à présenter des images fortes qui donnent un ton symbolique tout particulier, notamment grâce aux gros plans. La nature et les animaux ont alors une place importante dans le récit. En effet, la scène la plus longue montre sa femme amenant des lapins dans un panier. Il les films en très gros plan dans leur panier, puis gambadant dans son jardin. Il est alors intéressant d’entrer dans la mentalité d’Alex et de comprendre l’imaginaire des soldats envoyés sur le front. La « vie » dans son plus simple appareil nous est ainsi présentée et fantasmée à travers la nature, que ce soient les poules ou les lapins qu’il filme avec grand intérêt mais aussi les relations humaines à travers la nourriture, par exemple dans les scènes où il mange une pomme ou bien pendant le soupé. Ce film se présente ainsi involontairement comme un témoignage des hommes partis au front et qui doivent oublier le combat et retrouver une vie normale. La grande absente du film est sa fille, alors âgée de seulement deux ans. On peut alors se demander à qui est destiné son film, pour son propre plaisir, pour ses proches, pour sa fille quand elle sera plus grande ? On peut bien l’imaginer en s’attardant à son titre « Film de Lilli », peut-être est-elle hors-champ ? Aucune indication textuelle nous aide à comprendre pourquoi avoir fait ce film, mais si l’on se réfère au tout premier plan où sa femme cueille des fleurs, on peut voir que ces dernières sont des fleurs de lys, en latin Lilium, référence directe au nom de sa fille, à qui on peut alors penser que ce film est destiné quand elle sera plus grande, témoignage de la vie de ses parents à la fin de la guerre. Ainsi, avec tout ce qui a été dit précédemment, on sait que ce film a une place toute particulière dans sa filmographie, bien différent de ceux qu’il avait fait avant et après la guerre. Son film se présente peut-être comme un moyen cathartique pour Alex Schwobthaler de retrouver sa vie d’avant et se rapprocher de ceux qu’il a dû quitter pendant la guerre.

Bibliographie

Eugène Riedweg, Les Malgré Nous - Histoire de l'incorporation de Force des Alsaciens-Mosellans dans L'armée Allemande, Strasbourg, Editions Du Rhin, 1995. Etienne Juillard, La Vie rurale en Basse-Alsace, Strasbourg, Presses universitaires de Stras-bourg, 1992 (1ère éd.: 1953).