Bas:Chemin de croix Via Dolorosa Jérusalem (0151FI0020)


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Abstract


Festivités de la Pâques orthodoxe à Jérusalem filmées par Christian Grappe en 1984.

Description


La première séquence du film se focalise sur le dimanche des Rameaux. Elle s’ouvre sur un gros plan sur le Saint-Sépulcre. Sur les plans suivants, la première procession des rameaux. Le patriarche de l’Église copte orthodoxe Chenouda III est entouré de prêtes et de fidèles (00:06). Ensuite, plans successifs sur des fidèles devant le Saint-Sépulcre tenant de grands rameaux. Plan sur le patriarche arménien de Jérusalem, Yéghiché II Derderian, posant avec deux petites filles (00:50).

La deuxième séquence se concentre sur le chemin de croix Via Dolorosa, le Vendredi saint. Sur le premier plan, des fidèles attendant le début de la procession. L’un d’entre eux tient une grande croix en bois. Début de la procession. Les fidèles avancent en portant la croix. Des religieuses récitent des prières. Gros plan sur un couple portant des t-shirts identiques avec le logo d’une agence matrimoniale chrétienne des États-Unis (01:34). Un fidèle touche « l’empreinte de la main de Jésus » (01:39). Arrivée de la procession au Saint-Sépulcre. Ouverture de l’église (02:00). Les fidèles se rassemblent devant. Gros plan sur le patriarche orthodoxe de Jérusalem, Diodore Ier, tenant une croix (03:00). Le patriarche, accompagné par des prêtres et suivi par des fidèles monte sur des escaliers à côté de l’entrée du Saint-Sépulcre et fait une annonce. Accompagné de prêtre, Diodore Ier pénètre dans l’église. Plans successifs sur les scouts palestiniens (03:51). Des fidèles arrivent devant le Saint-Sépulcre (04:11). Le premier porte une croix en bois. Les fidèles attendent devant l’église. Procession qui part du Saint-Sépulcre (04:40). Marchand de rue (05:00).

La troisième séquence est centrée sur la cérémonie du feu sacré, le Samedi saint. Arrivée des autorités religieuses orthodoxes (05:06). Plan sur des prêtres et des fidèles, cierge en main (05:22). Arrivée de fidèles devant le Saint-Sépulcre (05:26). Certains sont sur les épaules de leur coreligionnaire et agitent une canne, des cierges et un morceau de tissu blanc. D’autres dansent. Ils entrent dans le Saint-Sépulcre (06:04). Gros plan sur une dame âgée au visage fermé, l’air soucieux attendant que le miracle du feu sacré se produise (06:13). Gros plan sur un homme âgé, lui aussi attendant la sainte flamme (06:27). Les fidèles attendent devant l’entrée du Saint-Sépulcre pour recevoir le feu sacré (06:30). La foule s’agite. Des fidèles courent tout en agitant leur cierge. Ils passent une porte. Les fidèles se précipitent pour allumer leur cierge. Le feu sacré se propage. Une dame essaye d’éteindre son cierge (07:38). Elle y parvient et semble étonnée. Plan d’ensemble sur la foule (07:42). Des cierges sont allumés de part et d’autre. Au milieu de la foule, des fidèles brandissent des lanternes à l’intérieur desquelles brûle un cierge (07:51). Le film se termine sur des gros plans successifs sur la foule.

Metadata

Reference / film number :  0151FI0020
Date :  Between 1984 and 1984
Coloration :  Color
Sound :  Mute
Timecode :  00:08:11
Running time :  00:00:00
Film-maker :  Grappe Christian
Reel format :  Super 8 mm
Genre :  Amateur movie
Thematics :  Traditions, Religious feasts and events, Easter
Archive :  MIRA

Context and analysis


Cet extrait de film, tourné en 1984 par Christian Grappe alors étudiant de la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg en séjour d’études pour un an à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem en tant que boursier de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, nous présente les différentes célébrations religieuses se tenant lors de la semaine précédant la Pâques orthodoxe à Jérusalem. L’intention première du réalisateur a été de capter l’émotion des fidèles, dont parmi eux, de nombreux pèlerins venus du monde entier. Ce souci d’essayer de saisir l’émotion, de la comprendre, est doublé d’une seconde intention, celle de rendre compte de la présence des différentes communautés chrétiennes qui participent à ces fêtes et d’appréhender les rites propres à chacune d’entre elles.

La Grande Semaine à Jérusalem

Le dimanche des Rameaux

Après un gros plan sur l’église du Saint-Sépulcre, le film s’ouvre sur la première procession des rameaux. On y voit le patriarche de l’Église copte orthodoxe Chenouda III – reconnaissable grâce à sa mitre, sa croix pectorale dorée, il est aussi le seul à ne pas tenir de rameaux – entouré de prêtres et de fidèles, en train défiler dans les rues de la Vieille Ville de grands rameaux à la main. La présence des « gardes musulmans » à l’avant du cortège s’explique par le fait que les clés du Saint-Sépulcre sont détenues par deux familles musulmanes de la ville, l’une étant chargée de garder la clé et l’autre d’ouvrir la porte. La procession s’arrête sur la place en face de l’église.

Le dimanche des Rameaux précède le dimanche de Pâques et marque pour les chrétiens l’entrée dans la dernière partie du Carême, la Semaine sainte ou, chez les orthodoxes, la Grande Semaine. Cette fête célèbre d’une part l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem où il fut, selon les quatre Évangiles canoniques (Matthieu, Marc, Luc et Jean), accueilli par une foule agitant des rameaux de palmier et d’olivier, d’autre part elle annonce la Passion Christ.

Contrairement à l’Occident qui ne l’autorisa qu’au VIIIe siècle, cette fête est célébrée à Jérusalem depuis le IVe siècle. Supprimée au XIe siècle par le calife El-Hakim, qui détruisit en 1009 le Saint-Sépulcre, elle fut, plus tard, rétablie par les croisés. De nos jours encore, des chrétiens du monde entier se rassemblent au sommet du mont des Oliviers et descendent, à la manière de la procession filmée par Christian Grappe en 1984, jusqu’à la Vieille Ville de Jérusalem en agitant des rameaux de palmier et d’olivier.

Le Vendredi saint

Le film se poursuit sur les célébrations religieuses du Vendredi saint. Ce jour est dédié à la commémoration de la Passion et de la crucifixion de Jésus-Christ, c’est donc un jour de profond recueillement, en témoigne le visage fermé des fidèles venus assister à la cérémonie (01:04). À Jérusalem, les chrétiens participent à la procession du chemin de croix Via Dolorosa. Cette rue, située dans la Vieille Ville, comprend neuf des quatorze stations du chemin que le Christ aurait emprunté avant sa crucifixion, les cinq dernières étant à l’intérieur du Saint-Sépulcre. À cette occasion, des pèlerins du monde entier se déplacent à Jérusalem, certains simplement pour assister à la procession, d’autres pour y participer. Les fidèles portent des croix en bois (01:09), récitent des prières (01:22) et s’arrêtent aux différents lieux importants du calvaire de Jésus : à 01:39, un homme touche « l’empreinte de la main de Jésus », trace qu’il aurait laissée après s’être adossé sur le mur. La procession s’achève à la basilique du Saint-Sépulcre, construite à l’endroit regroupant selon la tradition chrétienne le lieu où le Christ aurait été crucifié, mis au tombeau puis ressuscité.

Le Samedi saint et la cérémonie du feu sacré

Le film se termine sur la cérémonie du feu sacré. C’est l’une des plus grandes fêtes de l’Église orthodoxe. Elle a lieu tous les ans le Samedi saint, la veille de la Pâques orthodoxe, et est célébrée à l’église du Saint-Sépulcre située à l’intérieur des murs de la Vieille Ville de Jérusalem. Elle est menée par l’Église grecque orthodoxe de concert avec l’Église arménienne et se tient généralement entre midi et une heure. Cet événement est fêté par l’ensemble des chrétiens orthodoxes dont de nombreux fidèles se déplacent à Jérusalem pour assister à la cérémonie. Selon leurs croyances, le feu sacré descend du ciel jusqu’au tombeau du Christ dans le Saint-Sépulcre.

Les premiers témoignages de cette célébration datent du IXe siècle, mais il est possible qu’elle soit plus ancienne. Cette fête serait, selon certains historiens, inspirée de la cérémonie juive du Kabod Yahweh selon laquelle, chaque année à l’occasion du nouvel an solaire, le premier rayon du soleil levant rallumait le feu sacré de l’autel installé dans la cour du premier ainsi que du second temple de Jérusalem, en souvenir du premier feu allumé lors de l’inauguration du Temple de Salomon au Xe siècle avant notre ère. À l’instar d’autres fêtes chrétiennes, il est possible que celle-ci soit une réinterprétation d’une ancienne tradition juive.

Gravure de Bernard Picart représentant la distribution du feu sacré par le patriarche, 1724 © JSTOR.

En plus de n’avoir pas connu de grands changements dans la manière de le célébrer, ce rite est pratiqué – et ce, malgré la destruction du Saint-Sépulcre en 1009 – chaque année, au même endroit et quasiment de la même façon depuis, au moins, le IXe siècle. Jusqu’au XIIIe siècle, les communautés catholiques fêtaient ce miracle avec les chrétiens orthodoxes, mais en 1238 le pape Grégoire IX publia une bulle pontificale dans laquelle il accusa l’Église grecque de fraude et mystification. Depuis lors, le rite romain rejette les croyances liées au feu sacré. Cependant, les franciscains de la custodie de Terre Sainte célèbrent toujours ce miracle.

L’apparition du feu sacré est perçue comme une révélation miraculeuse, comme un signe de la Résurrection, il symbolise la puissance de la vie. La flamme apparaît dans la petite chapelle qui abrite le tombeau de Jésus à l’intérieur du Saint-Sépulcre. C’est uniquement le patriarche orthodoxe grec qui reçoit le feu sacré et qui le transmet aux autres patriarches ainsi qu’à la foule de fidèles.

Le miracle du feu sacré par William Holman Hunt, 1892-1899 © JSTOR.

La cérémonie est très surveillée. Avant que le patriarche orthodoxe grec n’entre dans la chapelle, les autorités israéliennes vérifient qu’il n’y ait aucune source de chaleur permettant d’allumer un feu, que toutes les lampes sont éteintes et scellent le tombeau avec de la cire. Une fois la vérification effectuée, le patriarche grec, munis de deux grands cierges, pénètre seul à l’intérieur de l’édicule et, après avoir reçu la flamme, la distribue aux patriarches arménien et copte ainsi qu’à toutes les personnes qui sont restées à l’extérieur de la chapelle.

Devant le Saint-Sépulcre, beaucoup d’émotion se dégage lorsque les fidèles attendent que le patriarche grec sorte du tombeau avec les cierges allumés par la sainte flamme. De plus, une partie de la foule est très agité. En effet, des fidèles dansent, d’autres montent sur les épaules de leur coreligionnaire, chacun brandissant un cierge encore éteint. Certains, attendent quant à eux, tranquillement, mais impatients le feu sacré. La foule exulte lorsque les premiers cierges enflammés sortent de l’église. Nombreux sont les fidèles qui se précipitent pour allumer les leurs. Enfin, certains pèlerins venus de très loin ramènent dans leur foyer, grâce à des lanternes, la sainte flamme, propageant ainsi dans le monde entier le miracle du Saint-Sépulcre.

Symboles et affirmation des présences chrétiennes en Terre sainte

Au-delà de leur dimension spirituelle, les fêtes de Pâques à Jérusalem permettent aux communautés chrétiennes présentes sur place, d’une part de s’affirmer à côté des Juifs et des Musulmans, d’autre part de professer leurs singularités. Les rivalités entre les communautés chrétiennes, héritées depuis l’époque des croisades, subsistent encore de nos jours. Elles se sont cristallisées autour de la question de la gestion des lieux saints, si bien que la basilique du Saint-Sépulcre compte actuellement en son sein les Églises : catholique, apostolique et romaine ; orthodoxe grecque de Jérusalem ; apostolique arménienne ; syriaque orthodoxe ; copte orthodoxe et éthiopienne orthodoxe.

Les festivités pascales, et a fortiori la cérémonie du feu sacré célébrée uniquement par les orthodoxes, sont donc une occasion rare pour les différentes Églises d’affirmer leur présence en Terre sainte. Dès lors, on comprend l’importance que revêt, pour l’Église arménienne et ses fidèles, la procession menée par le drogman (chancelier du Patriarcat), dans les rues de la Vieille Ville jusqu’au Saint-Sépulcre (05:06), au cours de laquelle il brandit les clés de la basilique, remises le matin même par les gardiens musulmans, pour montrer qu’elle est, ce jour-là, sous leur autorité. Aussi, on imagine aisément le caractère hautement symbolique que représente, pour la population arabe de la ville, la présence de scouts palestiniens à ces festivités (03:50).

Les différences de rite et d’attitude personnelle et collective, sont cruciales puisqu’elles permettent également aux communautés chrétiennes de manifester leur singularité. En témoigne particulièrement bien les fidèles qui, juste avant la descente du feu sacré, arrivent sur les épaules de leur coreligionnaire en agitant des cierges, une canne et un morceau de tissu blanc (05:26). De même que ceux qui, une fois après avoir reçu le feu sacré, se mettent à courir à travers la foule en brandissant chacun leur cierge allumé (06:35).

Si les pèlerinages, au-delà de leur dimension spirituelle, permettent, eux aussi, d’affirmer les présences chrétiennes en Terre sainte, ils possèdent également une dimension plus commerciale. En effet, le tourisme religieux pèse de tout son poids dans l’économie hiérosolymitaine. Jérusalem se distingue des autres villes dites « saintes » par son multi-confessionnalisme amenant de fait, des pèlerins et touristes issus des trois grandes religions monothéistes à se rendre sur les lieux symboliques du judaïsme, du christianisme et de l’islam : le Mur des Lamentations, le Saint-Sépulcre et l’esplanade des Mosquées. La dimension commerciale des pèlerinages se traduit de manière très concrète dans l’enceinte de la Vieille Ville dans la mesure où les visiteurs peuvent acheter des objets à caractères religieux de toute sorte dans quasiment chaque échoppe présente à l’intérieur des murailles ou, directement, à des marchands de rue (05:00).

Identified persons


Yéghiché II Derderian; Diodore Ier; Chenouda III

Places and monuments


Israel; Jérusalem; Vieille Ville; Via Dolorosa; église du Saint-Sépulcre

Bibliography


ANDEZIAN Sossie, « Des pèlerins sédentaires. Formation d’une diaspora arménienne à Jérusalem », dans CHIFFOLEAU Sylvia et MADŒUF Anna (dir.), Les pèlerinages au Moyen-Orient. Espaces publics, espaces du public, Damas, Presses de l’Ifpo, 2005, p. 85-106.

BENVENISTI Meron, Jérusalem, une histoire politique, Arles, Actes Sud, 1996.

BULLE Sylvaine, Sociologie de Jérusalem, Paris, La Découverte, 2020.

CANARD Marius, « La destruction de l’église de la Résurrection par le calife Hakim et l’histoire de la descente du feu sacré », dans Byzantion, n°35, 1965/1, p. 16-43.

FÉRY Robert, Jours de fêtes. Histoire des célébrations chrétiennes, Paris, Seuil, 2008.

LEMIRE Vincent (dir.), Jérusalem. Histoire d’une ville monde des origines à nos jours, Paris, Flammarion, 2016.

LIDOV Alexei, « The Holy Fire and Visual Constructs of Jerusalem, East and West », dans KÜHNEL Bianca, NOGA-BANAI Galit et VORHOLT Hanna (ed.), Visual Constructs of Jerusalem, Turnhout, Brepols, 2014, p. 241-249.


Article written by

Nicolas Laugel, 06 October 2020


  1. As part of an amateur production, this sequence did not receive a title from its director. The title displayed on this sheet has been freely created by its author in order to best reflect its content.
  2. This film analysis is considered finished by its author. However, it has not yet been proofread by a scientific authority.