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Visite filmée de Jérusalem et du désert du Néguev[1]

Abstract


Visite filmée par Étienne Klein de Jérusalem et du désert du Néguev en 1962.

Description


Séquence sur la ménorah de Benno Elkan située devant la Knesset (Parlement israélien) à l’ouest de la ville. Plan sur le Consulat français de Jérusalem, à l’ouest de la ville. Des gens marchent dans la Vieille Ville qui se situe à l’est de Jérusalem. À nouveau la ménorah de la Knesset. Plan sur le désert du Néguev. Excursion en bus dans le désert, les passagers se pressent aux fenêtres pour voir un Bédouin sur sa monture le long de la route. Plan sur un panneau sur lequel il est écrit en français et en arabe : « Défense de passer territoire ennemi ».


Metadata

Reference / film number :  0016FH0016
Date :  1962
Coloration :  Color
Sound :  Mute
Running time :  00:00:51
Film-maker :  Klein, Etienne
Reel format :  8 mm
Thematics :  Heritage and tourism sites
Archive :  MIRA

Context and analysis


Au début de sa nouvelle histoire, Israël n’accorde que très peu d’importance au tourisme. En effet, durant les premières décennies de son existence l’État hébreu n’avait ni le temps, ni l’argent à consacrer au développement touristique du pays. Malgré le fait que le tourisme ne se développe réellement que dans les années 1990 et qu’Israël, durant les années 1950, n’accueille seulement 47 000 personnes par an, l’activité touristique israélienne n’était pas pour autant inexistante. Effectivement, le tourisme de mémoire se développe doucement dès la fin des années 1950, notamment avec l’ouverture au public de Yad Vashem en 1957. De plus, de nombreuses personnes, juives et non juives, se rendaient, le temps de séjours plus ou moins longs, dans les kiboutzim pour y travailler. D’autres se rendaient aussi en Israël afin d’y visiter de la famille qui s’y était déjà installée. Enfin, certains s’y rendaient simplement pour y découvrir le nouvel État Hébreu. Après 1967 et la réunification de Jérusalem, la ville sainte devient le principal centre d’attraction touristique du pays. À partir de ce moment, l’essentiel de l’activité touristique est, à cause de l’édification de complexes hôteliers, déplacée de Jérusalem est à Jérusalem ouest.

Du partage de Jérusalem…

La partition de la ville sainte

Durant dix-neuf ans, de la guerre d’Indépendance à la guerre des Six Jours, Jérusalem est divisée en deux entités géographiques distinctes scindées par une ligne de démarcation, des barbelés et des postes militaires. Pourtant, au cours des quatorze années qui suivent la guerre, la ligne de démarcation à l’intérieur du périmètre de la ville n’est ni matérialisée ni indiquée. Uniquement les zones localisées en dehors de la partie construite de la ville sont clôturées soit, à partir de 1949, la zone sud et la zone nord en 1956[2]. Ce n’est qu’en 1962, après plusieurs heurts mortels, qu’Israël et la Jordanie prennent la décision de matérialiser cette ligne de démarcation par une série de barrières accompagnées de blockhaus en béton[3].

La séparation entre l’ouest et l’est de Jérusalem s’est dessinée bien avant la guerre de 1948. Cette dernière n’a eu pour seule conséquence que de tracer le détail d’une ligne de démarcation déjà préexistante»[4]. Ainsi, les quartiers mixtes de l’ouest de la ville sont vidés de leur population arabe et les habitants juifs du quartier est de Sheikh Jarrah doivent fuir à la hâte. La Vieille Ville, à l’est de Jérusalem, étant intégralement sous contrôle jordanien voit disparaître entièrement sa population juive.

Jérusalem-Ouest, nouvelle capitale de l’État d’Israël

À part les zones proches de la ligne de démarcation qui, étant dangereuses et enclavées, sont abandonnées aux marginaux et le quartier de Mamilla qui, avant la guerre de 1948 constituait le cœur de la vie citadine, est déserté, l’ouest de la ville devient le centre de la nouvelle Jérusalem israélienne. La construction de quartiers résidentiels étend les limites municipales jusqu’à 38 km2 à l’ouest et le nombre d’habitants passe 90 000 à 190 000 de 1949 à 1967[5].

Dès janvier 1950, Jérusalem-Ouest est proclamée capital de l’État hébreu et, comme la plupart des ministères déplacés depuis Tel-Aviv, la Knesset s’y installe au courant de l’année[6]. Elle est d’abord installée de manière provisoire à Beit Froumine – résidence abritant le Parlement – au numéro vingt-quatre de la rue King George à Jérusalem. À partir des années 1950 est construit au sein même du quartier de Givat ram le « quartier du gouvernement ». La Knesset y siège depuis le 30 août 1966. Cette colline, qui surplombe le monastère orthodoxe de la Croix située à environ deux kilomètres à l’ouest de la Vieille Ville, accueille dès 1965 le musée d’Israël où sont gardés les manuscrits de la mer Morte. L’Université hébraïque de Jérusalem et l’hôpital Hadassah construits tous deux sur le mont Scopus se retrouvent, après 1948, en territoire jordanien. Dès lors, l’Université est transférée, en 1953, dans le quartier de Givat ram et la clinique Hadassah dans l’ancien village arabe d’Ein Kérem en 1961.

C’est sur une autre colline à l’ouest de la ville qu’est accueilli, en 1949, le tombeau de Theodor Herzl, fondateur du sionisme politique. Les Juifs de Jérusalem n’ayant plus accès aux lieux saints de la Vieille Ville, le mont Herzl, où reposent les tombes de certains personnages centraux de l’histoire contemporaine de l’État d’Israël, comme Theodor Herzl ou encore Yitzhak Rabin, constitue un pôle symbolique alternatif aux sanctuaires religieux de Jérusalem-Est[7] dont seul le tombeau de David, situé sur le mont Sion au sud des remparts de la Vieille Ville, est resté accessible après les combats de 1948. Enfin, c’est aussi sur le mont Herzl qu’est construit, en 1953, le mémorial de Yad Vashem. Dès lors, Jérusalem-Ouest devient le centre à la fois symbolique, politique, économique et social de l’État d’Israël.

… à sa réunification

La réunification de la ville après la guerre des Six Jours et l’alya des Juifs alsaciens

Une fois Jérusalem militairement conquise, les dirigeants juifs décident de construire, juste devant le mur des Lamentations, une esplanade pour y célébrer les cérémonies publiques. Ainsi, le gouvernement israélien souhaite souligner immédiatement le lien religieux exclusif entre le peuple juif et Jérusalem[8]. De plus, quatre jours après la prise de la ville par l’armée israélienne, le quartier des Maghrébins, en face du Mur occidental, est vidé de ses habitants et leurs habitations détruites au bulldozer. Désormais, Jérusalem fait solidement partie du projet de renaissance nationale juive. Elle, qui a longtemps été en « marge du corpus idéologique sioniste », devient à partir de 1967 « un des principaux pivots symboliques du nouveau sionisme religieux »[9].

Dès lors, à partir de 1969, suite à la réunification de la ville, de nombreux Juifs français font leur alya (montée) vers Jérusalem. Beaucoup de Juifs de Strasbourg dont une grande partie d’intellectuels font eux aussi, à ce moment-là, leur alya. En effet, si la guerre d'Indépendance de 1948 avait déjà entraîné le départ de membres de la communauté juive de Strasbourg vers Israël, la guerre de 1967 était le point de départ d'un véritable mouvement d’alya. Ainsi, à partir de la guerre des Six Jours et à cause du lien étroit entre l’Alsace et Israël, les séjours vers l’État hébreu sont plus de plus en plus fréquents et de longueur plus ou moins longue. À titre d’exemple, le premier voyage d’Étienne et Rolande Klein, dont les images de ce film sont tirées, remonte à 1962. Ils y retournent, avec leurs enfants, une deuxième fois en 1967. Mais à partir des années 1970, suite à l’alya de la quasi-totalité de leurs enfants et pour leur rendre visite ainsi qu’à leurs petits-enfants, Rolande et Étienne y séjournent peut-être une quinzaine de fois.

Places and monuments


Israël, Jérusalem, Parlement israélien, Consulat français, Vieille Ville, désert du Néguev.

Bibliography


ABITBOL Michel, Histoire d’Israël, Paris, Perrin, 2018.

BEN RAFAEL Eliezer et KONOPNICKI Maurice, Jérusalem, Paris, Presses Universitaires de France, 1997 [1987].

BENVENISTI Meron, Jérusalem, une histoire politique, Arles, Actes Sud, 1996.

DIECKHOFF Alain (dir.), L’État d’Israël, Paris, Fayard, 2008.

LEMIRE Vincent (dir.), Jérusalem. Histoire d’une ville monde des origines à nos jours, Paris, Flammarion 2016.


Article written by

Nicolas Laugel, 05 January 2020


  1. As part of an amateur production, this sequence did not receive a title from its director. The title displayed on this sheet has been freely created by its author in order to best reflect its content.
  2. BENVENISTI, Jérusalem, une histoire politique, Arles, Actes Sud, p. 64.
  3. Ibid., p. 64-65.
  4. LEMIRE Vincent (dir.), Jérusalem. Histoire d’une ville monde des origines à nos jours, Paris, Flammarion, p. 385.
  5. Id.
  6. Ibid., p. 394.
  7. Ibid., p. 396.
  8. Ibid., p. 401.
  9. Ibid., p. 401-402.