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La nécropole du Vieil Armand[1]

Abstract


Visite du champ de bataille du Hartmannswillerkopf dans les Vosges, devenu monument national de la Grande Guerre.

Description


Image floue : deux femmes et un homme tenant un appareil photo dans un cimetière militaire au milieu d’une forêt de sapins. Panoramique gauche rapide sur les tombes où apparaissent nettement les noms ; couronne de fleurs. Deux femmes remontent l’une des allées, coupe quand on revient au premier groupe qui regarde l’opérateur. Paysage de guerre : les arbres déchiquetés et brûlés, les fils barbelés ; dans la vallée en contrebas, des maisons (coupe). Les deux femmes et l’homme se promènent au milieu des arbres morts (coupe). Des visiteurs de dos parcourent un autre cimetière, le drapeau français ondoie sur un mât. Panoramique gauche qui retrouve au premier plan une femme lisant les noms. (coupe) Au second plan, un homme montre quelque chose à un autre éloigné de quelques pas. Le groupe repart du cimetière en croisant la caméra ; ils passent juste à droite de l’opérateur, regards caméra.


Metadata

Reference / film number :  0026FN0007
Date :  1929
Coloration :  Black and white
Sound :  Mute
Running time :  00:00:29
Film-maker :  Spindler, Paul
Reel format :  9,5 mm
Language :  French
Genre :  Amateur movie
Thematics :  Borders, War, First Wolrd War, Places, Heritage and tourism sites
Archive :  MIRA

Context and analysis


Objet d’un contentieux géopolitique depuis 1870, l’Alsace représente le premier champ de bataille de la Première Guerre mondiale. Alors que les troupes allemandes pénètrent en Belgique, l’état-major français fait le pari d’une incursion immédiate afin de libérer la « province perdue ». Conquise, Mulhouse est tout de suite reprise. Dès lors, le front se stabilise sans connaître aucune offensive d’envergure, mais de violents combats localisés embrasent les sommets de la ligne de front. Ce n’est qu’à la faveur de la révolution du 9 novembre et de l’armistice du 11 novembre 1918 que l’armée française peut faire son entrée en Alsace. La francisation à marche forcée (répression des autonomistes) s’accompagne d’une politique mémorielle précoce impulsée de Paris mais aussi à l’initiative de la société alsacienne. Le souvenir du sacrifice alsacien se mêle de l’espoir pacifiste rayonnant alors en Europe et de la préparation de la guerre symbolisée par la ligne Maginot fortifiant le Rhin dès 1931.

La bataille de l’Hartmannswillerkopf et sa mémorialisation

Le Vieil Armand, ou Hartmannswillerkopf, est un massif montagneux contrefort du Grand Ballon d’Alsace, qui culmine à 956 mètres. Il a été tout au long de la Première Guerre mondiale un objet de combats, surtout entre janvier 1915 et 1916 – période où il gagne son surnom de Mont de la Mort, Moloch ou Mangeur d’Hommes. Environ 300 000 soldats des deux armées y ont combattu, et au moins 25 000 y ont péri. Son site exceptionnel, la violence des combats et le nombre d’unités engagées favorisent sa classification comme monument protégé dès 1921 ; le Hartmannswillerkopf figure parmi les quatre monuments nationaux de la Grande Guerre, aux côtés de Douaumont (Meuse), Notre-Dame de Lorette (Artois) et Dormans (Marne). Signe de l’empressement officiel, alors que le monument se trouve encore en construction, il est inauguré le 1er octobre 1922 avec la nécropole du Silerloch ; de 1924 à 1929, on achève la crypte filmée par Paul Spindler l’année suivante (Au Vieil-Armand (1930)). Elle est inaugurée en grande pompe avec l’Autel de la patrie par le général d’Armau de Pouydraguin devant plusieurs centaines de Français et d’Allemands. Le complexe mémoriel prend sa forme définitive avec la croix sommitale élaborée par Danis baptisée le 21 septembre 1930 par le Général Tabouis, l’initiateur du classement du Hartmannswillerkopf en monument national, et bénie par l’évêque de Strasbourg Ruch. Enfin, le 9 octobre 1932, après dix ans de travaux, le président de la République Albert Lebrun et plusieurs ministres se déplacent pour l’inauguration officielle du mémorial central de la reconquête de l’Alsace.

Affiche de 1920 © La Contemporaine

Un paysage toujours en guerre

L’Alsace représente un cas singulier de la mémoire de la Grande Guerre : en effet, la « province perdue » représente un enjeu stratégique fixé de longue date, trop d’ailleurs pour surprendre une armée allemande bien organisée. Dès 1914, la reconquête d’une mince portion de ce territoire, autour de Thann, fait l’objet d’une ample propagande, notamment filmée [note]. Une fois la paix revenue deux mémoires entrent en collision : celle du retour à la France, forcément unanime et patriote ; et celle des combats proprement dits, partagés avec les anciens combattants d’en face, et ferment de pacifisme. Spindler ne filme pas en détail les ouvrages militaires impressionnants laissés par les deux armées, qui se visitent déjà, mais le paysage durablement ravagé contrastant avec la petite vallée en paix. En promenant sa caméra parmi les tombes, assez près pour que des noms apparaissent, en s’attardant aussi sur ses compagnons parcourant la nécropole, il s’affranchit de la monumentalité des lieux pour mieux relever la dimension humaine de la bataille. Les quelques secondes accordées au drapeau tricolore, flottant au vent, semblent interroger le coût de sa réimplantation sur le sol alsacien.

Bibliography


Annette Becker, Stéphane Tison (dir.), Un siècle de sites funéraires de la Grande guerre, Presses universitaires de Nanterre, 2018.

Karl Deuringer, The First Battle of the First World War : Alsace-Lorraine, Stroud, History Press, 2014.

Daniel J. Sherman, The Construction of Memory in Interwar France, University of Chicago Press, 1999.


Article written by

ALEXANDRE SUMPF, 13 November 2018


  1. As part of an amateur production, this sequence did not receive a title from its director. The title displayed on this sheet has been freely created by its author in order to best reflect its content.