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Pélerinage au mont Sainte-Odile[1]

Abstract


Procession religieuse vers le Mont-Saint-Odile.

Description


Dans la grande cour des Pèlerins (à droite entre le bâtiment d'entrée et la basilique), des visiteurs déambulent. Sur un chemin menant au monastère, une procession monte lentement. En tête, un prêtre porte une croix de procession (crucifix en haut d’une grande hampe), à côté de lui, deux laïcs portent chacun une bannière ornée de motifs religieux. Des prêtres les suivent, puis des femmes qui marchent sur deux rangées. Le plan suivant montre une douzaine de religieuses précédant une grande bannière. Dans la forêt (images sombres), les religieuses immobiles, en prière. Plan en contre-plongée sur la procession, montrant un prêtre vêtu d’une chasuble chamarrée qui suit un dais entouré de bannières.


Metadata

Reference / film number :  0026FN0002
Date :  1928
Coloration :  Black and white
Sound :  Mute
Running time :  00:01:00
Film-maker :  Spindler, Paul
Reel format :  9,5 mm
Genre :  Amateur movie
Thematics :  Traditions, Religious feasts and events, Places, Heritage and tourism sites
Archive :  MIRA

Context and analysis


Un haut lieu religieux

Culminant à 764 mètres, situé sur la commune d’Otrott (Bas-Rhin), à une cinquantaine de kilomètres de Strasbourg, le Mont Sainte-Odile est depuis longtemps un haut lieu de la religion catholique.


L’histoire de Sainte Odile

Elle symbolise la victoire du christianisme sur le paganisme, de la piété sur la barbarie, de la lumière sur l’obscurantisme. Odile est fille du duc d’Alsace Etichon-Adalric. Née aveugle dans la 2è moitié du VIIe siècle, elle est condamnée à mort par son père. Mais sa pieuse mère, nièce de Saint-Léger, évêque d’Autun, la confie à une de ses sœurs, abbesse près de Baume-les-Dames. Miraculeusement, la jeune fille recouvre la vue à l’âge de treize ans, lors de son baptême par l’évêque de Ratisbonne. Plus tard, elle fut reconnue par son père mais s’enfuit en Forêt-Noire pour échapper à sa volonté de la marier à un prince. Odile, voulant se consacrer à Dieu, vécut alors d’aumônes. Vaincu par tant de foi, son père lui donna le château de Hohenbourg pour y créer un couvent dont elle devint la première abbesse. Elle fit des miracles, guérissant des aveugles et des lépreux. Elle mourut le 13 décembre 720. Le Pape Léon IX (1002 – 1054) la canonisera en 1049. Ses reliques se trouvent toujours au Mont Sainte-Odile dans un tombeau du XVIIIème siècle abritant un sarcophage du VIIIème siècle.


Odile, patronne de l’Alsace[2]

Pourquoi est-elle devenue la patronne de l’Alsace alors qu’au Moyen-Age, son culte était beaucoup plus développé à l’Est du Rhin ? Pour Malou Schneider, le Mont-Sainte-Odile bénéficia de la confiscation de la cathédrale de Strasbourg par les protestants : il devint au XVIè et au XVIIè le haut lieu du culte catholique alsacien. Mais c’est seulement en 1807 qu’on lit une première mention du titre officiel de Sainte-Odile comme patronne de l’Alsace. En 1853 le site du Mont-Sainte-Odile appartenait à des propriétaires privés, les frères Baillard, qui possédaient aussi la colline de Sion en Lorraine, autre « lieu où souffle l’esprit » (Maurice Barrès). Il fut alors racheté par l’Evêché de Strasbourg. Sainte Odile devint après la défaite de 1870 un des grands symboles de l’Alsace, importés en « vieille France » par les « optants » (Alsaciens ayant choisi de quitter l’Alsace devenue allemande après le Traité de Francfort en 1871) et est dès lors associée à la France. Le pape Pie XII la nommera en 1946 Sainte Patronne de l’Alsace.

Le pèlerinage par Hansi en 1924 © BNUS

La pratique religieuse au Mont Sainte-Odile

L’église du monastère attire de nombreux catholiques qui (comme la famille Spindler, bien souvent), viennent le dimanche y assister à la messe. Le Mont est en outre le but de nombreux pèlerinages (aujourd’hui environ 150 pèlerinages par an[3]) et abrite aussi des croyants participant à l’adoration perpétuelle [4] : 24 heures sur 24, des hommes et des femmes y sont en prière (culte organisé en 1931).


Une source d'inspiration artistique


Charles Spindler

L’artiste habitait le prieuré de Saint-Léonard à Boersch, au pied du Mont Sainte-Odile. Il s’y rendait souvent, comme il le rapporte dans son journal « L’Alsace pendant la guerre 1914-1918 », et comme en témoignent plusieurs séquences tournées par son fils Paul. Charles Spindler a réalisé plusieurs marqueteries sur le thème de Sainte-Odile : passionné par le Moyen-Age, il est inspiré par les peintres préraphaélites et symbolistes[5], alors très en vogue. Il réalise par exemple des panneaux de marqueterie illustrant les légendes d’Alsace pour l’Exposition Universelle de 1900 à Paris, dont un représente « Sainte Odile bénissant l’Alsace ». Sa marqueterie « Sainte Odile sur son lit de mort » est conservée au MAMCS.

Sainte Odile, Dessin de Charles Spindler. Marqueterie, 1930 environ. Collection particulière.

Quelques autres œuvres

"Au pied du Mont Sainte-Odile", atelier Jean-Charles Spindler. Création contemporaine.

- Gustave Brion : Les Pèlerins de Sainte-Odile, huile sur toile 1853, Colmar, Musée d’Unterlinden.

- Gustave Doré : Le Mont Sainte-Odile avec le mur païen, huile sur toile, s.d., MAMCS.

- Léon Elchinger : diverses céramiques (XXè).

- Robert Forrer : gravures et dessins en particulier pour son guide du Mont Sainte-Odile, Der Odilienberg, 1899.

- Hortus deliciarum de Herrade de Landsberg. Manuscrit, encyclopédie chrétienne réalisée entre 1159 et 1175 par Herrade de Landsberg, et ses moniales au couvent de Hohenbourg, et dont l'original a été détruit. C'est la première encyclopédie connue qui ait été réalisée par une femme. Certaines pages concernent Sainte Odile.

- Paul Kauffmann (1849-1940) : aquarelles : Cycle de la vie de Sainte Odile, s.d., MAMCS ; Les Pèlerins retournant à Meistratsheim, s.d., coll. particulière.

- Frédéric Lix : Les pèlerins de Sainte-Odile, tableau exposé au Salon de 1888.

- Tapisserie de Sainte Odile, Strasbourg, Musée de l’œuvre Notre Dame, vers 1425.

- Charles Spindler : gravures et marqueteries (XIXè -XXè).

- Alfred Touchemolin : nombreuses gravures (XIXè).

Sainte-Odile a aussi inspiré de nombreux publicistes qui ont associé la sainte à divers objets liés au bien-être : le vin (Clos Sainte-Odile à Obernai, des produits de soin…), et bien sûr un grand nombre de dessinateurs d’images pieuses.

Bibliography


Le Mont Sainte-Odile, haut lieu de l’Alsace. Archéologie, histoire, traditions. Ed Musées de Strasbourg Conseil général du Bas-Rhin, 2002.

FISCHER Marie-Thérèse : Treize siècles d’histoire au Mont Sainte-Odile, Strasbourg 2001.


Article written by

Odile Gozillon-Fronsacq, 02 March 2019


  1. As part of an amateur production, this sequence did not receive a title from its director. The title displayed on this sheet has been freely created by its author in order to best reflect its content.
  2. Malou SCHNEIDER : « La patronne de l’Alsace », in Le Mont Sainte-Odile, haut lieu de l’Alsace. Archéologie, histoire, traditions. Ed Musées de Strasbourg Conseil général du Bas-Rhin, 2002.
  3. M. le chanoine François GEISSLER, Recteur du Mont Sainte-Odile, précise : "Quand nous parlons de « pèlerinage », nous évoquons les démarches des doyennés [regroupement de paroisses] qui rejoignent hebdomadairement les Adorateurs : une cinquantaine par an regroupant entre 50 et 200 personnes environ. Ensuite il y a les pèlerinages paroissiaux ou diocésains français, allemands, suisses, belges... une cinquantaine également. S’ajoutent les pèlerinages de mouvements, groupes divers de spiritualité, de communautés religieuses, d’étudiants, de scouts... soit une cinquantaine aussi sans doute. Le chiffre de 150 est donc plausible et peut-être même sous-estimé. Évidemment qui dit pèlerinage dit démarche spirituelle, célébrations, rites divers... » (4 mars 2019).
  4. Charles DISS : « L’Adoration perpétuelle », in Le Mont Sainte-Odile, haut lieu de l’Alsace. Archéologie, histoire, traditions. Ed Musées de Strasbourg Conseil général du Bas-Rhin, 2002
  5. Etienne MARTIN : « Odile, une sainte du Moyen-Age alsacien, source d’inspiration pour Charles Spindler », in Le Mont Sainte-Odile, haut lieu de l’Alsace. Archéologie, histoire, traditions. Ed Musées de Strasbourg Conseil général du Bas-Rhin, 2002, p. 203-205.