Difference between revisions of "Cortège du carnaval à Strasbourg (0021FN0004)"

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[01:30] Un char orné d'un lion et d'un personnage portant un ''ghutrah'', tenu par l'''agal'', à savoir une coiffe traditionnelle portée par les hommes en Arabie Saoudite, en Irak ou encore en Syrie. Sur le char, des hommes et des femmes portent eux aussi des vêtements d'inspiration moyen-orientale.
 
[01:30] Un char orné d'un lion et d'un personnage portant un ''ghutrah'', tenu par l'''agal'', à savoir une coiffe traditionnelle portée par les hommes en Arabie Saoudite, en Irak ou encore en Syrie. Sur le char, des hommes et des femmes portent eux aussi des vêtements d'inspiration moyen-orientale.
 
|Contexte_et_analyse_fr=Se déroulant au cours d'une période comprise entre le milieu de l'hiver et le début de l'été, le carnaval est une fête rurale et urbaine caractérisée par le travestissement et la transgression ritualisée d'interdits et autres tabous. Dès le Moyen-Âge, cette pratique est encadrée par l’Église. Associée à des fêtes chrétiennes et s'insérant dans le cycle précédant le Carême, elle reprend les thèmes religieux de la mort et de la renaissance, du chaos et de l'ordre, au centre desquels l'exaltation de l'homme sauvage fait office de médiation. La procession burlesque se clôt généralement par le sacrifice de l'homme sauvage, symbole du retour au calme, du triomphe de la société sur le chaos. Derrière un certain aspect anarchique, le carnaval tient en réalité un rôle social important permettant à chacun, sous les traits d'êtres monstrueux ou grotesques, l'excès et la subversion ; le carnaval s'apparente ainsi à une sorte de catharsis populaire.  
 
|Contexte_et_analyse_fr=Se déroulant au cours d'une période comprise entre le milieu de l'hiver et le début de l'été, le carnaval est une fête rurale et urbaine caractérisée par le travestissement et la transgression ritualisée d'interdits et autres tabous. Dès le Moyen-Âge, cette pratique est encadrée par l’Église. Associée à des fêtes chrétiennes et s'insérant dans le cycle précédant le Carême, elle reprend les thèmes religieux de la mort et de la renaissance, du chaos et de l'ordre, au centre desquels l'exaltation de l'homme sauvage fait office de médiation. La procession burlesque se clôt généralement par le sacrifice de l'homme sauvage, symbole du retour au calme, du triomphe de la société sur le chaos. Derrière un certain aspect anarchique, le carnaval tient en réalité un rôle social important permettant à chacun, sous les traits d'êtres monstrueux ou grotesques, l'excès et la subversion ; le carnaval s'apparente ainsi à une sorte de catharsis populaire.  
A Strasbourg, cette tradition se perd néanmoins à l'époque du Reichsland et finit par disparaître complètement après que l'administration allemande a vainement tenté de la relancer. En effet, d'abord encouragé par l'occupant, le « Carnaval des Allemands »<ref>Eve Cerf, « Carnavals en Alsace : tradition, évolution, manipulation », ''Revue des Sciences Sociales de la France et de l'Est'', n°7, 1978, p. 27</ref> est finalement supprimé en 1902 lorsque les Alsaciens décident d'intégrer cette tradition à la valorisation d'une culture régionale et donc au rejet de la culture et de l'autorité allemandes.
 
  
En 1957 cependant, ce sont les commerçants strasbourgeois qui décident de remettre aux goûts du jour la tradition du carnaval afin d'animer le centre-ville et d'attirer les touristes. Le « Carnaval des Marchands »<ref>Eve Cerf, « Carnavals en Alsace : tradition, évolution, manipulation », ''Revue des Sciences Sociales de la France et de l'Est'', n°7, 1978, p.30</ref> fait figure d'opération de prestige visant à offrir à Strasbourg le rayonnement d'une ville rhénane prospère. Le dimanche 3 mars 1957 se tient ainsi un carnaval est entièrement financé par les commerçants eux-mêmes, en atteste les chars « sponsorisés », arborant le nom d'enseignes et d'entreprises strasbourgeoises. [[Fichier:Carnaval - 1957 - char sponsorisé.png|vignette|droite| Un char parrainé par la "Bijouterie Roger" et le "Restaurant Stadtwappe".]]
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A Strasbourg, cette tradition se perd néanmoins à l'époque du Reichsland et finit par disparaître complètement après que l'administration allemande a vainement tenté de la relancer. En effet, d'abord encouragé par l'occupant, le « Carnaval des Allemands »<ref>Eve Cerf, « Carnavals en Alsace : tradition, évolution, manipulation », ''Revue des Sciences Sociales de la France et de l'Est'', n°7, 1978, p. 27</ref> est finalement supprimé en 1902 lorsque les Alsaciens décident d'intégrer cette tradition à la valorisation d'une culture régionale et donc au rejet de la culture et de l'autorité allemandes.  
  
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En 1957 cependant, ce sont les commerçants strasbourgeois qui décident de remettre aux goûts du jour la tradition du carnaval afin d'animer le centre-ville et d'attirer les touristes. Le « Carnaval des Marchands »<ref>Eve Cerf, « Carnavals en Alsace : tradition, évolution, manipulation », ''Revue des Sciences Sociales de la France et de l'Est'', n°7, 1978, p.30</ref> fait figure d'opération de prestige visant à offrir à Strasbourg le rayonnement d'une ville rhénane prospère. Le dimanche 3 mars 1957 se tient ainsi un carnaval est entièrement financé par les commerçants eux-mêmes, en atteste les nombreux chars « sponsorisés », arborant le nom d'enseignes et d'entreprises strasbourgeoises. [[Fichier:Carnaval - 1957 - char sponsorisé.png|vignette|droite| Un char parrainé par la "Bijouterie Roger" et le "Restaurant Stadtwappe".]] De même, les ponts qui mènent à l'hyper-centre sont coupés et chacun doit s'acquitter d'un droit d'entrer pour assister à la procession grotesque<ref>Eve Cerf, "Wackes Fasenacht : le Carnaval des Voyous à Strasbourg", Revue des Sciences Sociales de la France et de l'Est, n°21, 1994, p.42</ref>.
  
On honore Bim-Bam, le Roi du Carnaval, [avant de le brûler sur la Place Broglie]. Ce 3 mars 1957, c'est ainsi le tout jeune Bim-Bam Ier, une couronne sur la tête, un biberon dans la main et une tétine autour du cou, qui défile, tiré par un petit cheval à roulette. <ref>B.V., "Le triomphe de Bim Bam 1er", Dernières Nouvelles d'Alsace, 7 mars 2007</ref>. [[Fichier:Carnaval - 1957 - Bim Bam.png|vignette|gauche|Le char de Bim Bam Ier.]]
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On honore Bim-Bam, le roi du carnaval, [avant de le brûler sur la Place Broglie]. Ce 3 mars 1957, c'est ainsi le tout jeune Bim-Bam Ier, une couronne sur la tête, un biberon dans la main et une tétine autour du cou, qui défile, tiré par un petit cheval à roulette. <ref>B.V., "Le triomphe de Bim Bam 1er", Dernières Nouvelles d'Alsace, 7 mars 2007</ref>. [[Fichier:Carnaval - 1957 - Bim Bam.png|vignette|gauche|Le char de Bim Bam Ier.]] Le carnaval de Strasbourg n'est ainsi pas totalement dépourvu de son sens de l'absurde et du grotesque, même s'il est amplement policé. Toutefois, il ne laisse pas vraiment la place au monstrueux et au subversif comme le faisait la tradition, conférant ainsi à la cavalcade un caractère bon enfant à destination des petits et des grands, faisant du carnaval une fête folklorique et familiale.
 
|Bibliographie=Eve Cerf, « Carnavals en Alsace : tradition, évolution, manipulation », ''Revue des Sciences Sociales de la France et de l'Est'', n°7, 1978, pp.24-37
 
|Bibliographie=Eve Cerf, « Carnavals en Alsace : tradition, évolution, manipulation », ''Revue des Sciences Sociales de la France et de l'Est'', n°7, 1978, pp.24-37
  

Revision as of 18:07, 6 January 2019


Cortège du carnaval à Strasbourg

Events filmed or related


Carnaval de Strasbourg

Abstract


Il s'agit d'un court film amateur sur le Carnaval de Strasbourg du dimanche 3 mars 1957. La caméra se situe à hauteur d'homme, à l'angle de l'Avenue de la Paix et de l'Avenue des Vosges, et suit le cortège qui défile parmi la foule.

Description


Le film veut rendre compte de l'ambiance générale du Carnaval de Strasbourg de 1957 : les plans sont courts - entre 2 et 5 secondes - et il ne s'agit que de plans d'ensemble (sauf cas mentionné).

[00:01] Parade de la fanfare d'un corps militaire.

[00:06] Trois personnes déguisées dont une qui arbore une énorme tête ronde et orange en papier mâché. Elles sont suivies par un petit char sur lequel est peinte une tête de clown.

[00:10] Un char sur lequel on distingue le nom de plusieurs enseignes strasbourgeoises : "Bijouterie Roger", "Restaurant Stadtwappe" - situé place Gutenberg - ou encore la "bière Gruber". Au moins sept personnes prennent place dessus.

[00:13] Un second char duquel pendent des bandelettes de papiers et sur lequel est posé un lampadaire [la qualité de l'image ne permet pas de distinguer ce qui est écrit dessus]

[00:16] Une voiture ancienne, de type Citroën C4 des années 1930, chargée de valises et paniers accrochés sur le toit. Des hommes portant le chapeau melon et d'autres le haut-de-forme sont assis dessus ou marchent à côté.

[00:20] Un char de la boutique de jouets "Les joujoux Werl" avec des jouets en papier mâché très colorés.

[00:23] Deux hommes en armure. En arrière-plan, on distingue un agent de circulation qui arrête de passage de quelques voitures venant de l'Avenue des Vosges. La foule se masse sur le trottoir et regarde le défilé.

[00:27] Un char sur lequel est inscrit "Martine Carol Galeries". Une poupée géante et articulée est assise sur une maison de carton pâte.

[00:30] Un char en forme de paquebot, nommé Gambrinus - du nom du roi mythique de Flandres et de Brabant, symbole des amateurs de bières ; c'est aussi le nom d'une brasserie de Mulhouse - sur lequel plusieurs hommes déguisés en marin prennent place.

[00:32] Le char de la "Délégation chinoise", représentant un temple à l'architecture semblable à celle des pagodes bouddhistes. Le char semble être sponsorisé par la "Brasserie République".

[00:36] Un petit char composé de deux personnes déguisées en une bête de somme tirant un chariot plein de bouteilles de lait. Un homme vêtu de noir les suit.

[00:39] Un char nommé "L'été à Strasbourg" décoré de dés sur lequel on trouve des personnes portant des masques grotesques.

[00:42] Un char très coloré transportant une fanfare et pourvu de l'inscription "Couic". Sur le char également, un homme porte un haut-de-forme au couleur des Etats-Unis.

[00:46] Un char en forme de ponts qu'on ne voit que partiellement. A bord, des femmes et des hommes déguisés saluent la foule.

[00:49] Un char - une remorque tirée par un tracteur - ornée de deux personnages de papier mâché.

[00:52] Trois hommes défilent : ils portent d'énormes sacs de randonneurs, avec gourdes et raquettes, et des masques de clown.

[00:56] Un camion rempli de personnes déguisées qui saluent la foule.

[A partir de ce moment, le film est en noir et blanc ; l'image est de moins bonne qualité]

[00:58] Des chars en forme de petits bateaux posés sur des roues ; au dessus, des fanions en guise de voiles.

[01:03] Plan rapproché sur l'un des bateaux, nommé Maboul.

[01:05] Fanfare et majorettes défilent.

[01:12] Des personnes défilent, arborant d'énormes têtes de papier mâché.

[01:15] Un char, arborant le nom de "Bim Bam" et représentant un tout jeune enfant - il porte une tétine autour du cou -, couronné, en train de boire un biberon d'"orangeade".

[01:19] Un char en forme de cheval entouré de personnes déguisées avec d'énormes têtes en papier mâché.

[01:23] Un char dont la base est décorée avec des masques de carnaval de type vénitien ; sur le char, des hommes et des femmes déguisées à la façon des courtisans au XVIIIe siècle.

[01:30] Un char orné d'un lion et d'un personnage portant un ghutrah, tenu par l'agal, à savoir une coiffe traditionnelle portée par les hommes en Arabie Saoudite, en Irak ou encore en Syrie. Sur le char, des hommes et des femmes portent eux aussi des vêtements d'inspiration moyen-orientale.


Metadata

Reference / film number :  0021FN0004
Date :  03 March 1957
Coloration :  Color
Sound :  Mute
Running time :  00:01:38
Film-maker :  Breesé, Gilbert
Reel format :  9,5 mm
Genre :  Amateur movie
Thematics :  Outdoor activities, Carnival, Traditionnal dress
Archive :  MIRA

Context and analysis


Se déroulant au cours d'une période comprise entre le milieu de l'hiver et le début de l'été, le carnaval est une fête rurale et urbaine caractérisée par le travestissement et la transgression ritualisée d'interdits et autres tabous. Dès le Moyen-Âge, cette pratique est encadrée par l’Église. Associée à des fêtes chrétiennes et s'insérant dans le cycle précédant le Carême, elle reprend les thèmes religieux de la mort et de la renaissance, du chaos et de l'ordre, au centre desquels l'exaltation de l'homme sauvage fait office de médiation. La procession burlesque se clôt généralement par le sacrifice de l'homme sauvage, symbole du retour au calme, du triomphe de la société sur le chaos. Derrière un certain aspect anarchique, le carnaval tient en réalité un rôle social important permettant à chacun, sous les traits d'êtres monstrueux ou grotesques, l'excès et la subversion ; le carnaval s'apparente ainsi à une sorte de catharsis populaire.

A Strasbourg, cette tradition se perd néanmoins à l'époque du Reichsland et finit par disparaître complètement après que l'administration allemande a vainement tenté de la relancer. En effet, d'abord encouragé par l'occupant, le « Carnaval des Allemands »[1] est finalement supprimé en 1902 lorsque les Alsaciens décident d'intégrer cette tradition à la valorisation d'une culture régionale et donc au rejet de la culture et de l'autorité allemandes.

En 1957 cependant, ce sont les commerçants strasbourgeois qui décident de remettre aux goûts du jour la tradition du carnaval afin d'animer le centre-ville et d'attirer les touristes. Le « Carnaval des Marchands »[2] fait figure d'opération de prestige visant à offrir à Strasbourg le rayonnement d'une ville rhénane prospère. Le dimanche 3 mars 1957 se tient ainsi un carnaval est entièrement financé par les commerçants eux-mêmes, en atteste les nombreux chars « sponsorisés », arborant le nom d'enseignes et d'entreprises strasbourgeoises.

Un char parrainé par la "Bijouterie Roger" et le "Restaurant Stadtwappe".

De même, les ponts qui mènent à l'hyper-centre sont coupés et chacun doit s'acquitter d'un droit d'entrer pour assister à la procession grotesque[3].


On honore Bim-Bam, le roi du carnaval, [avant de le brûler sur la Place Broglie]. Ce 3 mars 1957, c'est ainsi le tout jeune Bim-Bam Ier, une couronne sur la tête, un biberon dans la main et une tétine autour du cou, qui défile, tiré par un petit cheval à roulette. [4].

Le char de Bim Bam Ier.

Le carnaval de Strasbourg n'est ainsi pas totalement dépourvu de son sens de l'absurde et du grotesque, même s'il est amplement policé. Toutefois, il ne laisse pas vraiment la place au monstrueux et au subversif comme le faisait la tradition, conférant ainsi à la cavalcade un caractère bon enfant à destination des petits et des grands, faisant du carnaval une fête folklorique et familiale.

Places and monuments


Avenue de la Paix, Strasbourg; Avenue des Vosges, Strasbourg

Bibliography


Eve Cerf, « Carnavals en Alsace : tradition, évolution, manipulation », Revue des Sciences Sociales de la France et de l'Est, n°7, 1978, pp.24-37

Eve Cerf, « Wackes Fasenacht : le Carnaval des Voyous à Strasbourg », Revue des Sciences Sociales de la France et de l'Est, n°21, 1994, pp.40-47

Freddy Raphaël et Geneviève Herberich-Marx, « Éléments pour une sociologie du rire et du blasphème », Revue des Sciences Sociales de la France et de l'Est, n°21, 1994, pp. 4-10


Article written by

Valentine Vis, 02 January 2019


  1. Eve Cerf, « Carnavals en Alsace : tradition, évolution, manipulation », Revue des Sciences Sociales de la France et de l'Est, n°7, 1978, p. 27
  2. Eve Cerf, « Carnavals en Alsace : tradition, évolution, manipulation », Revue des Sciences Sociales de la France et de l'Est, n°7, 1978, p.30
  3. Eve Cerf, "Wackes Fasenacht : le Carnaval des Voyous à Strasbourg", Revue des Sciences Sociales de la France et de l'Est, n°21, 1994, p.42
  4. B.V., "Le triomphe de Bim Bam 1er", Dernières Nouvelles d'Alsace, 7 mars 2007