Schwobthaler, Alex (1914 - 2002)




Professions :  Photographe
Lieux de vie :  Thann ; Mulhouse ; Zillisheim
Caméras :  caméra Pathé ?
Formats :  9,5 mm
Période d'activité cinéaste :  1930 - 1950
Bobines conservées par MIRA :  15
Alex Schwobthaler


L’enfance

Il naît le 28 janvier 1914 à Thann, dans le Haut-Rhin. Son père est un Allemand originaire de Fribourg venu s’établir comme boucher à Thann, en Alsace allemande. Trois mois après la naissance d’Alex, sa grand-mère l’emmène en Alsace du Nord, dans son village de Hatten. Mais Thann redevient française dès la fin 1914 : l’enfant est en Allemagne, ses parents en France. Ils seront séparés toute la durée de la guerre. Son père est considéré par les autorités françaises comme un ennemi. Il est interné dans un camp à Belfort, puis envoyé à l’île Sainte Marguerite, en face de Cannes. Pendant ce temps, sa mère doit s’occuper de cinq enfants ; comble de malheur, sa maison est détruite par une bombe. Elle réussit pourtant à faire vivre toute sa famille en ouvrant un magasin de photo. Mais Alexandre Schwobthaler gardera de cette petite enfance bouleversée une totale horreur des guerres.


La jeunesse

A 14 ans, Alex entre comme apprenti chez Scheurer-Lauth, la grande fabrique de tissu de Thann. Il sera dessinateur, comme le père de la star alsacienne Jeanne Helbling, née à Thann elle aussi. A 17 ans, on l’envoie se perfectionner à l’école des Beaux-Arts de Mulhouse. Il apprend à dessiner, à composer, à cadrer, déjà. A 18 ans il est embauché chez Braun, la grande maison de photo de Mulhouse-Dornach. Toute la journée il retouche des photos, « mettre des nuages sur les clichés, des choses comme ça ». Il se familiarise complètement avec l’art du négatif et gardera toute sa vie l’amour du labo photo.


La guerre

En octobre 39, Alex a 25 ans : il est bon pour la guerre. Enrôlé dans l’armée française, il est pris dans la débâcle et regagne Thann. Il se marie en 1942 avec Gilberte Schratz à Zillisheim, et sa petite fille Lilli naîtra en 1943. Mais il est incorporé de force dans l’armée allemande cette même année 1943, sur le front russe. Puis il est envoyé en France en avril 1944 en Normandie. Il est fait prisonnier par les Américains avec d’autres soldats allemands, puis détenu dans un camp de prisonniers en Ecosse. Il répond à la demande du 2è bureau français à Londres et rejoint les Alsaciens-Lorrains engagés dans l’armée britannique. A 31 ans, il est démobilisé du fait de son âge et regagne Zillisheim en janvier 1945.


« Ma vraie patrie, c’est les images »

Il devient photographe free-lance. Il travaille pour le journal L’Alsace, et des commanditaires très divers, comme le Théâtre de Bussang.


Un contexte familial favorable

Un atavisme ? Son cousin Schwobthaler dirigeait une grande maison de production d’actualités filmées au début du siècle, la Urban. Et il eut grâce à sa famille des rencontres précoces avec les images. Découverte tumultueuse du cinéma à 4 ans : sa grand-mère d’Hatten aimait déjà le cinéma. Elle l’emmène dans une salle obscure. Et ressort cinq minutes plus tard, tirant derrière elle un gamin hurlant de terreur : il avait vu, là-bas, un blessé qu’on sortait d’une maison en flammes. Revenu à Thann, il habite à 200 mètres de La Cigale, cinéma des frères Holveck, qui devient en 1930 « Théâtre de films parlants ». Et puis il y a le cinéma du patronage, tellement fascinant avec son pianiste aveugle.

C’est aussi dans sa famille qu’il découvrit précocement la photographie : sa mère avait pendant la Première Guerre ouvert un magasin de photo. C’était l’époque où Alex était à Hatten. Mais le virus est passé dans la famille, et un de ses frères a pris le relais. Il lui offrira son premier appareil. Alex n’avait que 12 ans, mais il s’en souvient très bien : « C’était un Vestpocket, un automatique minuscule, fabriqué exprès pour les soldats américains. Il faisait de bonnes photos ».


Une passion

Jeune homme, il organise le soir avec un copain des projections de films – muets, bien sûr. Un drap pris discrètement dans l’armoire de sa mère, un projecteur sur son vélo, un copain avec un phonographe. Le voilà animateur de ciné-club improvisé dans les bistrots et les écoles du canton, en particulier à l’auberge Mohn à Zillisheim. Il commande ses films à la Cinémathèque Sainte Thérèse, à Angers. Il lui fallait une heure et demie de spectacle familial. Il s’occupait de tout, poinçonner les billets, projeter les films. Plus tard, sa femme se chargera du son. Et le clou de la soirée, c’était les Actualités zillisheimoises, chefs d’œuvre d’Alex, où ses concitoyens pouvaient s’admirer à la Kilb (la fête paroissiale), au concours de pêche, voir les gamins dévaler en luge ce qui sera plus tard la rue Bellevue, et qui n’est encore qu’un champ en pente. L’auberge était pleine : cinquante personnes. De bons souvenirs.


Ses images


Ses photos

Alex Schwobthaler a commencé à faire des photos en 1917, avec l’appareil offert par son frère. Il a ensuite pris de nombreuses photos professionnelles, pour des journaux ou divers commanditaires, mais toujours avec une grande exigence, quel que soit le sujet : « Je fais un peu les chiens écrasés, bien sûr. Mais je veux que ce soit des chiens de race », dit-il. Hélas une grande partie de ces photos semble avoir disparu.


Ses films

Il a tourné en 9.5 mm à partir des années 30. Il a filmé en Alsace, et en particulier sa famille, à Rangen, où habitent ses parents (Szenen aus dem Familienleben, 1938-1939), à Thann (Thann sous la neige, 1939), à Zillisheim (Film de famille Zillisheim, 1942-1943) et Actualités zillisheimoises, 1946) exemplaire de ces excellentes actualités locales. Ses vedettes préférées sont sa femme et sa fille (Petite fille en vadrouille, 1948) Il a filmé aussi ses vacances, toujours passées avec sa femme bien-aimée, qui adorait voyager : « Elle avait l’esprit gitan ». Chaque année, ils partaient tous deux à l’aventure. A la recherche de beaux paysages, mais surtout à la rencontre des gens. En 4 chevaux puis en Dauphine, ils exploraient le bassin méditerranéen (Au beau pays de Provence, Corse), ou des régions françaises (Auvergne) (s.d.).


Sa collection de chefs d’œuvre

Le cinéma lui permet de belles évasions. Vers les grands, les pionniers, les purs, les vieux classiques du muet : Edwin S. Porter, dont il aimait The Great Train Robbery (considéré comme le premier western de l’histoire du cinéma), mais aussi Thomas Ince, Max Linder, Buster Keaton, Chaplin, les premiers Stroheim, Fritz Lang… Ce sont les trésors de sa collection personnelle. Mais il adore aussi aller au cinéma à Mulhouse, au Bel-Air exclusivement, où il rencontre des gens comme lui : fous de cinéma, désintéressés, sans prétention et généreux. Sa dernière passion : Yuha, le dernier Kaurismäki. Un noir et blanc. Muet. Non, pas muet : il y a une bande son, mais avec juste des bruits et des chansons. Pour le reste, tout est dit par l’image. « Ça, c’est du cinéma. Celui-là a compris l’héritage du muet. Tant qu’il y aura des gens comme ça, ça vaudra la peine de vivre ».

Le premier appareil photo d'Alex Schwobthaler

Ses appareils photo

  • Le Vest Pocket KODAK, premier appareil photo d’Alex Schwobthaler. Format 4x6 et demi, introduit par les troupes américaines en 1917
« Illustrez vos impressions personnelles de la grande guerre à l'aide de votre Vest Pocket Kodak. Chaque soldat désire garder des souvenirs durables du rôle joué par lui et son régiment dans la grande guerre et il lui est facile d'en obtenir d'excellents avec le petit Vest Pocket Kodak. Pour le soldat, qu'il soit au front ou dans un dépôt, rien n'est comparable au Vest Pocket Kodak. En un mot le Vest Pocket Kodak est le Kodak du soldat. Il possède toutes les qualités pour jouer ce rôle. »
Publicité du Magazine Général Photo-Plait de 1917.
  • Juste après la guerre il a acheté son premier FOCA, puis dans les années 50 il a beaucoup utilisé des LEICA. Dans les années 80 il a eu des CANON AEF1 – PENTAX.


Sa caméra

Alex Schwobthaler a filmé exclusivement en 9.5, sans doute avec une caméra PATHE (non retrouvée à ce jour).

Filmographie

Film de Lili (1945)

La Kilbe (1946)